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D.R.
Spécial Avignon par Patrick Adler
On ne badine pas avec l’amour
Aux 3T/10ème Avenue, à 13h30

On ne badine pas avec l'amour. En revanche, en 2026, on peut badiner avec la mise en scène de la pièce. C'est donc une nouvelle lecture que nous propose Manon Giraudon-Nicolaï qui a choisi d'explorer tous les possibles : du burlesque à la chorégraphie en passant par les inserts vidéo et un jeu en plateau plus « classique ». Les puristes crieront sûrement au sacrilège, les avant-gardistes verront dans cette variation une nouveauté. L'ensemble, en tout cas, est plaisant à voir, même si la cohérence n'est pas flagrante.
En investissant plateau et salle, la metteuse en scène provoque d'emblée une proximité avec le public, ce qui est plutôt habile car l'attention est soutenue de bout en bout. Elle a une grille de lecture de Musset qui mêle comédie burlesque et drame. Pourquoi pas. Pour autant, si les deux amants sont à leur place dans la partition qu'ils ont à jouer, le personnage du baron, dont le jeu est très appuyé, presque « surjoué » - comme, d'ailleurs, celui du précepteur et du curé - ne manqueront pas d'étonner. De là à convaincre... Laissons de côté nos pudeurs de gazelle et retenons ce qui est intéressant au sens littéral du terme. Saluons d'emblée le rythme qui ne nous voit jamais décrocher, saluons ensuite les chorégraphies élégantes sur les musiques pop envoutantes de London Grammar, comme le jeu puissant de Lara Raymond (Camille) - qui, hélas, éclipse un peu celui de Robin Manella (Perdican) - et un final majestueux. Le décor, réduit à sa plus simple expression (un canapé, des voilages, un écran...) permet une belle fluidité dans les déplacements. On découvre Musset 2026 avec le vapotage, les sms, des vidéos en bas des barres de cité, un "date" dans un bar, tout cela lui confère une modernité et une universalité inattendues mais crédibles. Cette version a le mérite en tout cas d'enchanter le public. On ne retiendra que les derniers mots dans la formule de Musset restée désormais célèbre « j'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois mais j'ai aimé ». Le public a aimé. C'est l'essentiel !
Paru le 20/07/2026