Spécial Avignon par Patrick Adler
L’autre
Au Buffon, à 13h
Bonne nouvelle ! Didier Caron sort un nouvel Opus, franchement réussi, une pièce sur la religion, le pardon, la réconciliation en pleine période de l'Occupation. C'est osé, ce pourrait être une fable et c'est surtout une ode aux Justes. Les dialogues sont finement ciselés, le casting idéal et la mise en scène de ce huis clos habile car on oscille entre drame, comédie et... thriller ! Pépite !
Le décor est sobre : un buffet de campagne, une table rectangulaire, trois chaises, une porte. Ça va, ça vient, ça rentre, ça sort. Souvent par surprise. Comme ce jeune milicien (français donc) au physique avenant de bel aryen qui débarque régulièrement avec fracas et ajoute par sa seule présence une tension dramatique. Sa mission : traquer les juifs et lui a l'intuition que le curé du village pourrait en cacher un. Triste personnage ! De lui, le prêtre dira qu' « il lui faut de bons boucs émissaires pour alimenter sa bêtise ». Mais c'est la guerre et tout est permis, ou presque, dès lors qu'on est armé. Les premières victimes seront les poules. En guise d'avertissement. Le milicien a tiré. A qui le tour ? Malgré sa foi inébranlable, le prêtre devra aussi affronter Marceline, une caricature vivante de « la bonne du curé », engagée corps et âme à Dieu et à son représentant sur terre mais... sans les aléas. Donc, pas de vagues dans son quotidien prosaïque, rythmé par ses allers-retours au cimetière où elle parle à sa fille défunte et son combat pour sauver son fils, atteint de diphtérie. Aussi, apprenant que l'abbé entend couvrir le fuyard, dont on apprend vite que sa femme et ses enfants, dénoncés par des gens peu recommandables, viennent d'être déportés, elle ne sera pas d'un grand secours, ni d'une grande fiabilité, accumulant les gaffes et s'en excusant aussitôt. Et ce, malgré les gages donnés, puisque Samuel Rosenthal - dont les papiers ont été falsifiés et le nom « francisé » - avoue être médecin et prend l'engagement de sauver son fils. Promesse tenue. Las, la bêtise - ou l'ingénuité crasse - de la bonne est en marche.
Comme dans une souricière, tout se resserre autour du trio et l'habile stratagème qui consistait pour le prêtre à faire passer Samuel pour le vicaire remplaçant, (d'autant qu'il a fait ses classes chez les cathos, sait le latin et parle quatre langues,) eût pu fonctionner sans l'opiniâtreté du milicien méfiant et les bourdes répétées de Marceline. Samuel a mis longtemps à accepter la proposition du curé, s'est acquis de l'office avec brio - une demande express du milicien qui entend ainsi le démasquer - mais...
Vous aimeriez connaître la suite ? D'autant que l'histoire est rondement menée et que le public n'en perd pas une miette. Christophe Corsant, en curé las mais courageux qui fend peu à peu l'armure en dévoilant son intimité passée (l'amour d'une femme), est très convaincant et surtout très émouvant, Didier Caron, roide, réfléchi et sérieux, est d'une remarquable justesse, tout comme Miguel Vander-Linden dont la fougue de la jeunesse - et le talent - donne de l'éclat à son rôle de jeune « salaud ». Quant à la divine et truculente Marceline (formidable Juliette Galoisy, qui excelle dans ce rôle de servante de comédie ), elle apporte humour et fraîcheur et ... déclenche des rafales de rires dans ce qu'il est tout de même convenu d'appeler un drame !
C'est un petit bijou d'humanité que cet « Autre », véritable ode à la fraternité, au vivre ensemble, qui pose aussi la question de la foi en temps de guerre. Quel impact a-t-elle ? Vous avez sûrement la réponse...
Comme dans une souricière, tout se resserre autour du trio et l'habile stratagème qui consistait pour le prêtre à faire passer Samuel pour le vicaire remplaçant, (d'autant qu'il a fait ses classes chez les cathos, sait le latin et parle quatre langues,) eût pu fonctionner sans l'opiniâtreté du milicien méfiant et les bourdes répétées de Marceline. Samuel a mis longtemps à accepter la proposition du curé, s'est acquis de l'office avec brio - une demande express du milicien qui entend ainsi le démasquer - mais...
Vous aimeriez connaître la suite ? D'autant que l'histoire est rondement menée et que le public n'en perd pas une miette. Christophe Corsant, en curé las mais courageux qui fend peu à peu l'armure en dévoilant son intimité passée (l'amour d'une femme), est très convaincant et surtout très émouvant, Didier Caron, roide, réfléchi et sérieux, est d'une remarquable justesse, tout comme Miguel Vander-Linden dont la fougue de la jeunesse - et le talent - donne de l'éclat à son rôle de jeune « salaud ». Quant à la divine et truculente Marceline (formidable Juliette Galoisy, qui excelle dans ce rôle de servante de comédie ), elle apporte humour et fraîcheur et ... déclenche des rafales de rires dans ce qu'il est tout de même convenu d'appeler un drame !
C'est un petit bijou d'humanité que cet « Autre », véritable ode à la fraternité, au vivre ensemble, qui pose aussi la question de la foi en temps de guerre. Quel impact a-t-elle ? Vous avez sûrement la réponse...
Plus d'informations : www.luna-theatres.fr/spectacle/l-autre
Paru le 20/07/2026




