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© Jean-Louis Fernandez
Zoom par Jeanne Hoffstetter
Tout est calme dans les hauteurs, (Maître) de Thomas Bernhardt
Mise en scène par Jean-François Sivadier, au théâtre du Rond-point

La pièce nous invite à suivre la journée d'un écrivain Allemand imbu de lui-même, grotesque, et considéré comme l'un des plus grands auteurs vivants des années 80. Journée importante au demeurant puisqu'il doit présenter à son éditeur, sa fameuse Tétralogie, une œuvre colossale sur laquelle il s'est penché durant 22 ans. Entouré d'une petite cour admirative et empressée, dont son épouse, la bêtise ici va bon train.
Mais nous sommes chez Thomas Bernhardt dont le regard sur la société Autrichienne qui l'entoure et l'humour sont féroces. Thomas Bernhardt qui n'a de cesse de chercher à comprendre ce qui a pu à ce point gangrener une culture considérée comme l'une des plus riche d'Europe avant l'arrivée au pouvoir du parti nazi. Alors, pas si clean l'écrivain, nous l'apprendrons peu à peu...

J'étais donc hier soir au théâtre du Rond-point pour découvrir la mise en pièce de ce petit monde intellectuel et artistique par un véritable vautour -je parle de l'auteur- qui n'oubliait d'ailleurs pas qu'il faisait aussi partie de ce monde-là. Mais lorsque Nicolas Bouchaud* et son vieux complice Jean-François Sivadier s'emparent de cette histoire c'est le pompon ! C'est jouissif à un point tel que ce matin j'y pense et repense encore.

Dans leur grande et belle maison isolée sur les hauteurs des Alpes bavaroises, entre ses ruches, et ses lectures de Goethe, entre les aphorismes et pensées qui se voudraient profondes qu'il profère à tout bout de champs, il n'est question que de la tétralogie, son dernier et colossal ouvrage à paraître qui lui a coûté 22 ans d'efforts et au centre duquel un dénommé Stieglitz, n'est autre que lui-même et porte sans cesse sa parole.
Cette comédie grinçante, la dernière œuvre de Thomas Bernhard, est extraordinaire de bout en bout. Grâce en soit rendue à l'auteur, bien sûr, mais aussi au metteur en scène et à Nicolas Bouchaud fantastique acteur qui donne vie de manière fascinante à Moritz Meister. Norah Krief lui emboîte le pas avec maestria suivie par trois comédiens à la hauteur.

Eh bien figurez-vous que ce matin encore, cette journée me poursuit. J'y pense, j'y repense, je savoure encore chaque moment, chaque parole, chaque geste de ce récit.
Et je ne résiste pas à l'envie de vous citer pour terminer Thomas Bernhardt :
« J'ai écrit de temps en temps des phrases sérieuses pour faire tenir ensemble des phrases comiques. C'est le ciment. Le sérieux cimente le programme comique ».
Paru le 22/06/2026