Zoom par Patrick Adler
Raphaël Sanzio
Théâtre du Nord-Ouest
Savait-elle, Monique Lancel quand elle commença l'écriture de "Raphaël Sanzio", qu'elle accoucherait d'un petit bijou théâtral ? S'appuyant sur une histoire vraie, elle a construit une pièce autour de trois personnages : Atalante, richissime mécène, mère de Griffon, assassiné, Zénobie, sa veuve éplorée et Raphaël Sanzio qui éclabousse le palais de son talent. Ce plaidoyer pour la création artistique est remarquable et servi par un trio de haute volée : Samantha Sanson, Edith Garraud et Joseph Gabison qui démontre, après "Le poids de l'eau", une certaine virtuosité à endosser des rôles aussi éloignés.
Comment peindre la mort quand on est jeune, quand on n'a jamais eu l'expérience de la mort ? Atalante, en mécène avisée, sait le potentiel inouï du jeune peintre mais la résistance de ce dernier à accepter de peindre un retable va s'estomper à la vue de la bru. Il est jeune, fougueux, audacieux mais sa fraîcheur est mâtinée de gravité. Comme s'il avait gagné à la naissance le pouvoir de la maïeutique, cette capacité à accoucher les âmes, il émeut et convainc par son seul coup de crayon. A la noirceur de la veuve qui n'en peut plus de sa vie et est irascible en tous points, il voit en elle une Marie-Madeleine triste, certes, mais nimbée de lumière. Ainsi assiste-t-on peu à peu à l'éclosion de la chrysalide qui devient à son contact papillon, reprend confiance et va jusqu'à s'émanciper. Car dans ce palais dont on devine l'ampleur par cet immense plateau nu, traversé d'ouvertures et d'escaliers, c'est toute une histoire de sang qui le traverse. La jalousie qui amènera Griffon à commettre l'irréparable - tuer une famille - et la vendetta qui s'ensuivra ajoute à l'aspect ténébreux du lieu où personne ne trouve sa place, où Atalante, bien qu'entourée de sa bru et ses trois petits-enfants, se sent infiniment seule et mal aimée, où Zénobie avance comme un fantôme dans une situation irréparable, que résume l'affrontement verbal de ces deux femmes : "Ce qui est fait est fait (Atalante)" vs "Ce qui est brisé est brisé" (Zénobie). Difficile de s'affranchir quand on vit chez sa belle-mère, qu'on échappe à toute sollicitation. Il en faudra du courage, de la persuasion à Raphaël pour apprivoiser un regard qui ne se laisse pas dompter. Difficile aussi de concilier la liberté de l'artiste et celle du modèle. Et pourtant, peu à peu, ils vont s'apprivoiser jusqu'à co-créer (dixit Zénobie).
Dans ce long travail de réhabilitation qui va jusqu'à représenter Griffon dans le retable et ainsi redonner vie à celui qui était mort, dans cette représentation digne et somptueuse de Marie-Madeleine-Zénobie, sans oublier Atalante, Raphaël a su réunifier les êtres et peut-être donner raison à la formule qui dit que l'art a la vertu de baume cicatrisant.
Finis la claustration, la mortification, les fantômes du passé !
Raphaël, par le génie de son trait, le choix de ses couleurs, a su traduire en image et trouver la lumière.
Si l'histoire est passionnante de bout en bout, malgré quelques petites longueurs et une mise en scène assez bancale (il eût peut-être fallu des effets sonores et un travail plus léché sur les lumières), la direction d'acteurs est bonne. Il faut dire que le casting est au cordeau : Edith Garraud, avec son port hiératique et sa voix grave, est majestueuse en Atalante. Samantha Sanson a une variété de jeu très intéressante qui la fait passer de la douceur à l'hystérie en un tournemain. Quant à Joseph Gabison, il est on ne peut plus convaincant. A la fois sobre et fébrile, rationnel et passionné, il surprend, renverse, émeut.
La beauté du texte et la prouesse de jeu des acteurs devraient vous conduire à découvrir cette pépite.
Dans ce long travail de réhabilitation qui va jusqu'à représenter Griffon dans le retable et ainsi redonner vie à celui qui était mort, dans cette représentation digne et somptueuse de Marie-Madeleine-Zénobie, sans oublier Atalante, Raphaël a su réunifier les êtres et peut-être donner raison à la formule qui dit que l'art a la vertu de baume cicatrisant.
Finis la claustration, la mortification, les fantômes du passé !
Raphaël, par le génie de son trait, le choix de ses couleurs, a su traduire en image et trouver la lumière.
Si l'histoire est passionnante de bout en bout, malgré quelques petites longueurs et une mise en scène assez bancale (il eût peut-être fallu des effets sonores et un travail plus léché sur les lumières), la direction d'acteurs est bonne. Il faut dire que le casting est au cordeau : Edith Garraud, avec son port hiératique et sa voix grave, est majestueuse en Atalante. Samantha Sanson a une variété de jeu très intéressante qui la fait passer de la douceur à l'hystérie en un tournemain. Quant à Joseph Gabison, il est on ne peut plus convaincant. A la fois sobre et fébrile, rationnel et passionné, il surprend, renverse, émeut.
La beauté du texte et la prouesse de jeu des acteurs devraient vous conduire à découvrir cette pépite.
Paru le 11/06/2026
(17 notes) THÉÂTRE DU NORD-OUEST Jusqu'au dimanche 28 juin
COMÉDIE DRAMATIQUE. 1507. Raphaël, le peintre, le "Divin Raphaël", a vingt quatre ans. La noble Atalante Baglioni, qui fut sa protectrice sept ans plus tôt, l’invite à Pérouse et lui commande un tableau, une Déposition, en mémoire de son fils Griffon. Raphaël hésite. Griffon était un assassin, un monstre. Pourtant, c...
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