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D.R.


"Shopping and fucking"
La possession, c’est la civilisation
Provocant et violent, le texte de Mark Ravenhill dénonce une société basée sur la drogue et l'argent. A l'Akteon, s'appuyant sur une distribution exemplaire, la mise en scène signée Bénédicte Budan et Franck Victor évite de tomber dans la facilité et donne à la pièce toute son ampleur.
Gary est un jeune ado déboussolé qui gagne sa vie en se prostituant. C'est ainsi qu'il rencontre Mark. Ce trentenaire toujours accro à la coke, incapable d'exprimer ses sentiments, se réfugie derrière ce "rapport marchand" Il ramène pourtant le gosse dans sa tanière ou vit un jeune couple, d'un âge mental peu élevé. Lulu est très amoureuse de Robbie, qui lui, lorgne plutôt du côté de Mark, à la fois grand frère et amant. Tous les trois sont immatures, instables, instinctifs. Pour gagner leur vie, ils ont recours à des moyens foireux comme la vente d'ecstasy que Robbie, allumé, distribue un soir gratuitement, provoquant la fureur de son fournisseur qui entend leur donner une bonne leçon. L'arrivée soudaine de Gary les met en présence de plus perturbé qu'eux ! Le jeune homme, abusé sexuellement par son beau-père, jette sur la vie un regard morbide et destructeur.

Le monde éclaté de Ravenhill, soumis à la seule loi du fric, n'est pas du genre policé. Quand le malaise social et le mal de vivre rencontrent l'homosexualité, cela donne un mélange détonant qui ne manque pas de troubler le spectateur, habitué à des spectacles souvent "rose bonbon". Si l'humour n'est pas absent, quelques scènes très crues peuvent surprendre et parfois, l'on entend dans la salle des rires déplacés, venant exprimer un certain malaise. Pourtant, cette provocation n'a rien de gratuit, elle permet de décrire une jungle qui, incontestablement, gagne du terrain. Le jeu des comédiens, expressif et intériorisé, contribue à rendre dramatique et humaine cette ambiance délétère. Parfait dans le rôle si difficile de Gary, Benjamin Cohen, fraîchement arrivé de Marseille, fait des débuts remarquables. Face à lui, Clément Rouault étonne par la richesse qu'il apporte à Mark, ce paumé, séducteur malgré lui. Cybèle Villemagne et Franck Victor sont d'une grande vérité, capables de faire passer tant de choses dans un seul regard. Enfin, Laurent Hugny s'approche de l'exploit, en incarnant, sans une fausse note, un donneur de leçons, sentencieux et primaire. Ensemble, ils font en sorte qu'il se passe vraiment quelque chose sur la petite scène de l'Akteon.
Zoom par Philippe Escalier
Paru le 25/03/2005

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