Zoom par Patrick Adler
Une femme à la mer
Gémeaux Parisiens
Tels Médée et Chronos, la mer, l'océan sont des monstres qui vous happent. Florence Arthaud - la "Flo" de Pierre Bachelet - (les lacaniens y verront sûrement une explication) connait bien la mer et son lot de solitude, les dangers qu'elle engendre. C'est son quotidien. Mais on n'arrête pas une guerrière devenue iconique jusque chez la gent masculine. Aussi, quand l'impensable se produit au coeur d'une nuit idéale, qu'elle trébuche bêtement et se retrouve seule au milieu des flots, sans gilet de sauvetage, à des miles des côtes, on pense inévitablement à Tabarly, Colas et tant d'autres. Jean-Benoit Patricot va retranscrire dans les moindres détails ces heures interminables où elle se bat contre les éléments et Nathalie Lucas, dirigée avec brio par Stéphane Cottin, metteur en scène, avec les lumières de Moïse Hill et la bande-son de Cyril Giroux, va donner force et émotion à son récit, devenu une heure durant une prodigieuse leçon de vie. Retenez votre souffle ! Vous allez vivre des moments prodigieux.
Comédienne, Nathalie Lucas va devoir ici se muer en acrobate dans l'ingénieuse scénographie - aérienne - de Stéphane Cottin. À l'avant du bateau, à cour, le mât comme les flèches métalliques figureraient presque un cerf-volant. On a donc l'air et la mer réunis. En fond de scène, en vidéo, il y a justement la mer, tantôt calme, tantôt déchaînée. Et au milieu, perdue dans cette immensité bleue-noire, puisqu'il fait nuit, comme suspendue par un filin - en fait, une très longue longe que dirige avec précision et talent Jean-Lou Roussin -, il y a Flo, campée par Nathalie, qui semble tout à la fois voler et nager. Elle va se débattre plus d'une heure durant. Elle s'interroge, s'inquiète même de ce qui pourrait paraître futile mais qui, dès lors qu'on touche au vivant, revêt une importance particulière : ainsi, ce petit chat roux - dont on dit qu'il porte bonheur - qu'elle vient de baptiser Bylka (Kabyle en verlan), qui est resté sur le bateau. Va-t-il en réchapper ? Quid également de sa fille Marie, qu'elle voit déjà orpheline ? Elle refait le film de sa vie à un moment tragique où elle sait qu'elle a peu de chances de s'en sortir puisqu'elle doit lutter sur tous les fronts : contre le sommeil, la faim, le froid, le silence, ce fameux "Silence de la mer" (qui nous rappelle le roman de Vercors) et surtout contre les défaillances du corps. Elle se débarrasse peu à peu de ses bottes en caoutchouc, de son petit haut où elle retrouve - miracle - son portable qui, d'ordinaire, est dans la cabine. Signe du destin ? Elle veut y croire, d'autant que ses appels réitérés vont être entendus par sa mère, son frère, qui alertent les secours. Mais le temps est compté et c'est cette angoisse que nous vivons, minute par minute, avec elle, d'autant que la fatigue aidant, elle commence à être saisie par l'ivresse des profondeurs. À cette mer qui lui a tout appris, cette mer qui pourrait devenir son tombeau, elle reste néanmoins fidèle et reconnaissante puisqu'une fois sauvée, elle retourne naviguer pour retrouver son bateau et... Bylka qui est, comme dirait Renaud
"Toujours vivant, toujours debout, toujours dans le coup...". Oui, les chats roux portent bonheur puisque tous deux ont réchappé à la tragédie. Se dire qu'elle finira quelques années plus tard non pas en mer mais dans les airs, dans un accident d'hélicoptère...
Nathalie Lucas est poignante de bout en bout. À la fois fragile et forte, simple, sans artifices de jeu, elle nous fait vibrer, sourire et même rire (comme Flo, qui avait, parait-il, beaucoup d'humour). Ce rythme, haletant, est un océan d'émotions.
Alors, vous aussi, jetez-vous à l'eau et, si vous aimez la tempête des sentiments sans pour autant vous munir d'un ciré, courez vous offrir ce grand bain aux Gémeaux Parisiens !
"Toujours vivant, toujours debout, toujours dans le coup...". Oui, les chats roux portent bonheur puisque tous deux ont réchappé à la tragédie. Se dire qu'elle finira quelques années plus tard non pas en mer mais dans les airs, dans un accident d'hélicoptère...
Nathalie Lucas est poignante de bout en bout. À la fois fragile et forte, simple, sans artifices de jeu, elle nous fait vibrer, sourire et même rire (comme Flo, qui avait, parait-il, beaucoup d'humour). Ce rythme, haletant, est un océan d'émotions.
Alors, vous aussi, jetez-vous à l'eau et, si vous aimez la tempête des sentiments sans pour autant vous munir d'un ciré, courez vous offrir ce grand bain aux Gémeaux Parisiens !
Paru le 05/05/2026
(29 notes) THÉÂTRE DES GEMEAUX PARISIENS Jusqu'au mercredi 27 mai
SEUL(E) EN SCÈNE à partir de 12 ans. Octobre 2011. Alors qu’elle n’est même pas en course, Florence Arthaud fait une chute, aussi absurde que brutale, du bateau sur lequel elle navigue tranquillement en solitaire. Précipitée au milieu de la nuit dans une eau à douze degrés, à quinze milles marins de la côte la plus proche et sans auc...
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