Zoom par Patrick Adler
La sœur de Shakespeare
Studio Hébertot
"C'est fini la sourdine, je rue dans les brancards
je suis Léopoldine, la sœur de Mozart
Et comme la renommée n'est pas un boomerang
Je n'aurais pas dû le laisser signer Wolfgang"
Ces paroles, ça ne vous rappelle rien ?
Françoise Mallet-Joris, parolière fétiche de Marie-Paule Belle, en écrivant "Wolfgang et moi", a sûrement été inspirée par Virginie Woolf et son célèbre "Une chambre à soi" que Juliette Marie, autrice et metteure en scène, a choisi d'adapter pour la scène. Pour notre plus grand bonheur car tout ici est subtil, délicat et pertinent.
je suis Léopoldine, la sœur de Mozart
Et comme la renommée n'est pas un boomerang
Je n'aurais pas dû le laisser signer Wolfgang"
Ces paroles, ça ne vous rappelle rien ?
Françoise Mallet-Joris, parolière fétiche de Marie-Paule Belle, en écrivant "Wolfgang et moi", a sûrement été inspirée par Virginie Woolf et son célèbre "Une chambre à soi" que Juliette Marie, autrice et metteure en scène, a choisi d'adapter pour la scène. Pour notre plus grand bonheur car tout ici est subtil, délicat et pertinent.
Apparaît une conférencière spécialiste de la littérature Élisabéthaine, campée par la formidable Inès Amoura, Elle va déambuler entre son écritoire et un mur de lettres de livres anciens où elle cherche en vain des écrits de femmes. Comble de tout, elle y découvre des livres sur les femmes écrits... par des hommes ! Que revêt cet oubli ? Quid des femmes ?
En interrogeant les conditions nécessaires à la création d'une œuvre littéraire, on comprend vite l'absence des femmes, reléguées alors au rôle de potiche et, pis encore, propriété de leur père avant de devenir celle de leur époux, qu'elles n'auront évidemment pas choisi. C'est au milieu de ces interrogations qu'un petit bout de femme surgit, comme un passe-muraille. Délicate, fragile, elle est au bord du suicide. Sauvée in extremis, elle se ressaisit peu à peu et, par une sororité évidente, devient Virginia Woolf dans le discours en se muant physiquement en Judith, la sœur imaginaire de Shakespeare. La conférencière devient alors la cheffe d'orchestre d'une émancipation heureuse. Judith - touchante Solenn Goix - se "désinvisibilise" peu à peu, s'affranchit du patriarcat omniprésent et crée par sa sensibilité, son intelligence et son opiniâtreté une formidable empathie. Et c'est là toute la force et l'intelligence de la mise en scène de Juliette Marie qui, en enchevêtrant ces deux destins de femmes et en chevauchant les siècles, donne à ce manifeste politique féministe une coloration aussi délicate que ferme. Les deux héroïnes, dont la tendre complicité émeut, vouent aux gémonies le "Look nice and please your man" machiste. En pointant du doigt le pouvoir, l'argent, l'influence qui sont encore et toujours aux mains des hommes, le propos n'est que plus actuel et, si le propos est évidemment romancé, il résonne fortement car il est documenté et pose la question, originale d'ailleurs, de "l'esprit androgyne" qui stipule que le processus de création ne saurait être "genré". Autrement dit, il peut être masculin ET féminin. Entre slams et autres chants, les corps se délient sur scène et la connivence atteint son paroxysme quand les deux femmes laissent leur emprunte sur le mur de livres. Ce qui nous renvoie à un autre air : "Résiste, signe et persiste". Le public, lui, ne saurait résister à une standing-ovation, amplement méritée. Pépite !
En interrogeant les conditions nécessaires à la création d'une œuvre littéraire, on comprend vite l'absence des femmes, reléguées alors au rôle de potiche et, pis encore, propriété de leur père avant de devenir celle de leur époux, qu'elles n'auront évidemment pas choisi. C'est au milieu de ces interrogations qu'un petit bout de femme surgit, comme un passe-muraille. Délicate, fragile, elle est au bord du suicide. Sauvée in extremis, elle se ressaisit peu à peu et, par une sororité évidente, devient Virginia Woolf dans le discours en se muant physiquement en Judith, la sœur imaginaire de Shakespeare. La conférencière devient alors la cheffe d'orchestre d'une émancipation heureuse. Judith - touchante Solenn Goix - se "désinvisibilise" peu à peu, s'affranchit du patriarcat omniprésent et crée par sa sensibilité, son intelligence et son opiniâtreté une formidable empathie. Et c'est là toute la force et l'intelligence de la mise en scène de Juliette Marie qui, en enchevêtrant ces deux destins de femmes et en chevauchant les siècles, donne à ce manifeste politique féministe une coloration aussi délicate que ferme. Les deux héroïnes, dont la tendre complicité émeut, vouent aux gémonies le "Look nice and please your man" machiste. En pointant du doigt le pouvoir, l'argent, l'influence qui sont encore et toujours aux mains des hommes, le propos n'est que plus actuel et, si le propos est évidemment romancé, il résonne fortement car il est documenté et pose la question, originale d'ailleurs, de "l'esprit androgyne" qui stipule que le processus de création ne saurait être "genré". Autrement dit, il peut être masculin ET féminin. Entre slams et autres chants, les corps se délient sur scène et la connivence atteint son paroxysme quand les deux femmes laissent leur emprunte sur le mur de livres. Ce qui nous renvoie à un autre air : "Résiste, signe et persiste". Le public, lui, ne saurait résister à une standing-ovation, amplement méritée. Pépite !
Paru le 28/04/2026
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SŒUR DE SHAKESPEARE (LA) STUDIO HÉBERTOT Jusqu'au dimanche 31 mai
THÉÂTRE CONTEMPORAIN. Connaissez-vous Judith Shakespeare ? Virginia Woolf l’a rencontrée, la sœur oubliée de l’immense dramaturge, merveilleusement douée et aventureuse comme lui. Virginia et Judith se juxtaposent et se télescopent, comme des voix dans le noir, discutant avec nous à travers les siècles.
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