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D.R.


“La Dette”
d’après Stefan Zweig
Un acteur autrefois adulé, une femme à la croisée des chemins, deux valises de souvenirs... Le destin. Dans une adaptation de Didier Long, qui signe également la mise en scène, la nouvelle de Stefan Zweig trouve un écho en chacun de nous, sublimé par le talent de Magali Noël et Jean-Pierre Bernard.
Jean-Pierre Bernard

Sorti du Conservatoire d'Art dramatique de Paris deux prix sous le bras, ce comédien atypique n'en fera par la suite qu'à sa tête...

L'essentiel étant pour lui de faire les choses avec passion et densité. Un original pour le moins, capable de tourner le dos à Jean Vilar (avec lequel il travailla cependant), Maria Casarès et Alain Cuny, car il est engagé avec "sa troupe d'anonymes" pour le concours des jeunes compagnies... Un passionné de foot capable de tant de choses du même ordre parce qu'il prend en charge les matchs du Club sportif de l'Union des artistes, et cela vingt-cinq années durant ! Ce qui ne l'empêche pas d'engranger des souvenirs impérissables d'acteur. "Je ne suis pas carriériste, je ne marche qu'aux coups de cœur. Plutôt que d'entrer à la Comédie-Française, j'ai préféré suivre Planchon qui débutait, participer avec lui à la naissance du Théâtre de la Cité." Même topo avec Guy Rétoré, ils fondent ensemble La Guilde, devenue TEP, puis Théâtre de la Colline. "J'aime être au tout départ des choses." La voix est douce et veloutée, posée, belle. Nous voici embarqués, le voyage est cocasse et passionnant, les coups de cœur nombreux finalement.

La fidélité, la générosité,
deux qualités maîtresses

Jean-Louis Barrault fut l'un d'eux (Le Soulier de satin, Les Paravents... au Théâtre de France. Rabelais à l'Élysée-Montmartre). Robert Hossein qu'il retrouve régulièrement, Francis Huster (Le Cid avec Jean Marais), Maurice Béjart (La Tentation de saint Antoine). "Je m'attache à deux qualités maîtresses chez l'homme : la fidélité et la générosité. Ils les possèdent, ce sont des grands qui ne sont pas forcément dirigés par le paraître. C'est un choix, je crois beaucoup à ça." Bien des rôles au théâtre, deux ou trois mises en scène (La Musica, Les Cellulaires), l'adaptation d'une pièce américaine étonnante, et maintenant La Dette, l'attente des répétitions. "Pour l'instant je lis. Il serait facile de théâtraliser ce rôle pour moi qui ai le sens de la démesure, de l'expressionnisme. Mais l'émotion est là, sous-jacente, et je pense qu'il faut être le plus discret possible. Nous verrons avec Didier Long... Il y a eu sur ce projet une telle alchimie entre nous tous et le Théâtre 14, c'est formidable !" Le rire de la fin, car télé ou cinéma, il a tourné une centaine de films dont La Sanction : "Je suis le seul acteur français à avoir tourné avec Clint Eastwood. C'est ma Légion d'honneur à moi !"


Magali Noël

Silhouette de jeune fille, teint de rose et regard bleuté, elle est accueillante et volubile. Elle aime
le cirque, joue du violon, la comédie, la tragédie, elle peint, danse et chante, elle est tout bonnement sidérante !

Fellini, son ami, l'appelait Magalotta... Pour Renoir, Jules Dassin, René Clair, Zulawski et tant d'autres, elle joue sur tous les registres. "Mais j'ai aussi travaillé avec des types moins connus qui étaient merveilleux !" À la télé, au cinéma et sur les planches, on la demande tant et si bien qu'elle compte dans ses souvenirs 90 films, 15 pièces de théâtre, 5 comédies musicales et 2 spectacles de chansons. Le caractère bien trempé, elle est à l'aise partout, a-t-on déjà vu un tel phénomène ? "Mais c'est parce que j'aime ça tout simplement ! Je ne suis pas exceptionnelle. Ma tête a toujours été bien en place, j'avais des idées très précises, Je pensais qu'il fallait savoir tout faire, à l'américaine, vous voyez..." Chemin faisant elle est pour Bob Fosse Sweet Charity, fait incursion chez Jérôme Savary, chante Boris Vian et Prévert... Dernièrement elle a fait un tabac avec Chansons volent, son dernier spectacle tout juste sorti en DVD. Tant de vies en une seule ! "Vous voulez que je vous raconte comment Renoir m'a engagée ? Vous allez rire !" Et la voilà qui mime la scène et l'imite : "Il voulait que je lui parle en anglais, alors je me suis assise sur un coin du bureau et j'ai chanté "I Can Give You Anything But Love" !" Elle en rit encore. "Je vais vous montrer des photos, ça va vous amuser." Et l'on resterait là des heures, au creux du canapé à l'écouter...


"Je vais porter le tailleur que j'avais dans Les Grandes Manœuvres"

Elle est heureuse et ça se voit. "J'ai toujours aimé Stefan Zweig, il a le don extraordinaire de mettre en valeur ses personnages, il défend toujours de belles idées, et moi, j'aime les beaux sentiments. Ce qui m'a plu dans La Dette, c'est que cette femme redonne sa dignité à un type qui, après avoir été un immense comédien, est devenu une épave. Cette pièce nous envoie de grandes bouffées d'air frais ! Et puis, c'est drôle, toute ma vie a été faite de croisements, le théâtre d'Emmanuel Dechartre et de sa merveilleuse équipe s'appelle Théâtre 14 Jean-Marie-Serreau... J'ai débuté avec lui ! Et l'autre jour, j'ai retrouvé le tailleur que j'avais dans Les Grandes Manœuvres, Didier Long en est ravi. Oh oui, nous allons tous être très heureux, je crois !"

3 questions à
Didier Long

Devenu en dix ans l'un des metteurs en scène phares du théâtre, sa curiosité humaine et intellectuelle, sa gentillesse, ont de quoi ébranler les convictions des plus grincheux. L'imaginaire en perpétuel mouvement, aussi à l'aise sur les petites scènes que sur les grandes, il passera de Zweig à Shakespeare avec "Richard III", dont il signe également l'adaptation, avec Bernard Giraudeau dans le rôle-titre.

Dramaturge et poète, Zweig était très imprégné de son époque, mais aussi des nombreux échanges qu'il eut avec son ami Freud. D'où vient votre envie de l'adapter et de le mettre en scène ?

Ce fut un grand plaisir pour moi que Magali, à l'origine du projet, me propose de le réaliser. Je m'étais déjà beaucoup penché sur les multiples écrits de Zweig. Il me passionne lorsqu'il met en exergue ce va-et-vient entre idéal et déchéance, ces quarts de seconde qui nous sont offerts et qui modifient radicalement le cours de notre existence, selon qu'on les saisisse ou pas. Zweig flirte avec les prémices de la psychanalyse.

Comme nombre de gamins qui rêvent de ce métier, vous envisagiez, dites-vous, une carrière de comédien...

En jouant, je me suis rendu compte que ce qui m'intéressait c'était la globalisation du projet : pourquoi tel comédien plutôt qu'un autre ? Pourquoi donner telle direction à cette pièce ? Comment en dégager tous les rouages ? Comment dresser les ponts entre le comédien et le rôle ?... Je laisse venir les images et se construire les rapports entre les personnages pour qu'ils soient le plus complexe possible durant la période de réflexion. Ensuite, en travaillant cette complexité, je dois parvenir à une limpidité absolue et faire en sorte que ce travail ne soit pas perceptible. C'est de cette alchimie extrêmement sensible et intuitive que s'affirme la vérité subjective d'un spectacle.

Vous faites partie d'un comité de lecture. Souffrons-nous d'un cruel manque de jeunes auteurs, comme certains le disent ?

Je m'insurge contre cette idée. Je pense notamment à ceux, déjà confirmés, qui ne sont pas assez joués : Christian Siméon, Laurent Sillan, Christophe Pellet, Alain Teulié... La vraie difficulté pour eux est d'entrer dans les "circuits", de susciter la curiosité. Plus on multipliera les rencontres, plus on donnera aux auteurs
débutants l'occasion d'être lus, moins ils se sentiront obligés d'appliquer des critères
illusoires de réussite pour simplement écrire ce qu'ils ont dans le bide !
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 21/03/2005

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