Zoom par Patrick Adler
Double fracture
Comédie des Trois Bornes
C'est un témoignage bouleversant, authentique, sincère que nous livre Jean-Baptiste Darosey dans cette "Double fracture". Comme elle est aussi bien physique que psychologique et... sociale, les attelles se multiplient pour le mettre d'aplomb, pour le faire tenir dans ce monde - rural - qu'il n'a pas choisi. Il doit très tôt tout assumer : le deuil de sa mère, les quolibets de ses pairs sur sa différence, le chantage affectif d'une copine qui a deviné son orientation sexuelle. L'émancipation passera par la rencontre d'une prof de théâtre, le départ du foyer familial, l'arrivée à Paris et la découverte de la comédie musicale. Dans cette "moderne solitude" à la Souchon, va se dérouler devant nous l'existence de Jean-Bastien, fils de fermier dans un village paumé de la Haute-Saône. Le monde de Jean-Baptiste Darosey est magique : les personnages apparaissent, disparaissent, les voix changent. Le récit est tour à tour parlé, chanté, dansé. Quand la virtuosité côtoie l'émotion, c'est quatre-vingt minutes d'un bonheur intense qui laisse le public ébahi.
"Être né quelque part", chantait Le Forestier... Jean-Baptiste est né dans un monde qu'il ne comprend pas. Il est à côté. Comme le dit en boucle son père : "C'est comme ça". Il faut dire que les fées qui se sont penchées sur son berceau ont dû avoir un lumbago. Première bourde à la naissance : on le dirige vers l'abattoir avant de faire demi-tour vers... la maternité ! Puis, la Grande Faucheuse l'arrache très tôt aux jupons de sa maman ô combien chérie. Comment se reconstruire, échapper à la grisaille, au prosaïque de la vie ? Peut-être en se réfugiant dans un imaginaire fait de poupées, de strass, de chansons, de danses. Comme dans "Les garçons et Guillaume, à table", ce Billy Eliott rural est seul pour réaliser son rêve. Il n'y a pas de violence, juste de l'incompréhension autour de lui, juste des cultures qui s'affrontent. Le père est prisonnier de sa ferme comme ses sept sœurs sont prisonnières de la norme mais, de lui à la Gilberte, la voisine, à Marinette, la copine d'enfance, tous ont vite compris que l'oiseau a besoin de s'envoler. Alors, quand Jean-Baptiste atteint le Graal - monter sur scène - tout ce petit monde fait corps autour de lui dans une symphonie pastorale des plus émouvantes. Le père convoque Freud, démontrant ainsi amour et compréhension, les soeurs, la Gilberte, Marinette, Josy sont fières du petit devenu grand.
L'histoire de Jean-Baptiste, c'est celle d'une émancipation réussie mais aussi une ode au monde paysan, rugueux mais sincère et aimant. Sincère comme le jeu époustouflant de vérité de Jean-Baptiste Darosay qui apparaît, disparait derrière un rideau noir découpé en longues lamelles, ce qui accentue la théâtralité de toutes se interventions. Saluons le travail exceptionnel de précision de la metteuse en scène Stéphanie Gagneux, tant à la direction d'acteur qu'à la création-lumières.
Cette "Double fracture" est-elle une autofiction ? Pas sûr. La Gilberte qui vous accueille dans la salle en tablier et vous apostrophe avant le début de la pièce nous rappelle les grandes heures de la Madeleine Proust (mais ne confondons-pas le Doubs et la Haute-Saône). En tout cas, tout sonne authentique, jusqu'aux accents et même s'il y a des moments hilarants - mention spéciale à Marinette et Josy, la nouvelle élue du père - jamais Jean-Baptiste ne tombe dans le travers ô combien tentant de la caricature. C'est la force de ce seul en scène qui nous fait passer du rire aux larmes. Il est grand temps pour vous de le découvrir. Pourquoi ? "Parce que c'est comme ça" (dixit le père). Et puis, c'est tout !
L'histoire de Jean-Baptiste, c'est celle d'une émancipation réussie mais aussi une ode au monde paysan, rugueux mais sincère et aimant. Sincère comme le jeu époustouflant de vérité de Jean-Baptiste Darosay qui apparaît, disparait derrière un rideau noir découpé en longues lamelles, ce qui accentue la théâtralité de toutes se interventions. Saluons le travail exceptionnel de précision de la metteuse en scène Stéphanie Gagneux, tant à la direction d'acteur qu'à la création-lumières.
Cette "Double fracture" est-elle une autofiction ? Pas sûr. La Gilberte qui vous accueille dans la salle en tablier et vous apostrophe avant le début de la pièce nous rappelle les grandes heures de la Madeleine Proust (mais ne confondons-pas le Doubs et la Haute-Saône). En tout cas, tout sonne authentique, jusqu'aux accents et même s'il y a des moments hilarants - mention spéciale à Marinette et Josy, la nouvelle élue du père - jamais Jean-Baptiste ne tombe dans le travers ô combien tentant de la caricature. C'est la force de ce seul en scène qui nous fait passer du rire aux larmes. Il est grand temps pour vous de le découvrir. Pourquoi ? "Parce que c'est comme ça" (dixit le père). Et puis, c'est tout !
Paru le 25/03/2026
(1 notes) COMÉDIE DES TROIS BORNES Jusqu'au mardi 30 juin
SEUL(E) EN SCÈNE. C'est l'histoire du petit Jean-Bastien qui vit en Haute-Saône. Fils de paysan, il a du mal à trouver sa place dans ce monde rural. Alors, avec sa maman, il se raconte des histoires et se réfugie dans les films et les comédies musicales. Mais l'été de ses quatorze ans, sa maman disparaît. C'est l'h...
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