Zoom par Patrick Adler
Foutue Bergerie
Au Rond-Point
Pierre Guillois, c'est notre enfant terrible du théâtre. Disruptif il est, disruptif il se revendique mais, auréolé de deux Molières ("Bigre" et plus récemment "Les gros patinent bien"), il peut tout oser. Et d'ailleurs, il ne s'en gêne pas. Alors, oui, ça dérange, ça pique un peu, beaucoup, passionnément, mais il donne à réfléchir. Dans cette fable rurale qui se voudrait farce mais pas que, c'est la détresse du monde paysan, le petit racisme quotidien, la montée du R.N. et le saccage environnemental par les grands groupes industriels qui sont pointés du doigt. Pierre Guillois n'aime rien tant qu'interroger le présent... et l'avenir.
Avec un casting au cordeau et une scénographie "Cecil B. de Mille" (lol), il nous offre, une fois encore, du grand spectacle : rythmé, bouillonnant, drôle, trash et même... poétique !
Avec un casting au cordeau et une scénographie "Cecil B. de Mille" (lol), il nous offre, une fois encore, du grand spectacle : rythmé, bouillonnant, drôle, trash et même... poétique !
Il y a ce mur de meules de foin qui s'écroule, se reconstruit, se parcellise, ces piquets que le fermier, à poil, plante pour clôturer son champ, ce troupeau d'ovins qui interrompt les chants des gallinacés, comme dans le « Poulailler's song » de Souchon. Tout ce beau monde parle, piaille, bêle à l'envi, philosophe façon « Brèves de comptoir » et chasse les brebis galeuses, en l'occurrence tout ce qui vole (double sens ?). Il faut dire qu'entre les attaques de pitt-bulls ou d'un pseudo-loup, l'annonce de l'Aïd, il ne fait pas bon être mouton... ou fermier à la bergerie.
Vous aurez compris le réflexe du vote R.N. chez lui. A la solitude du père s'ajoute celle de la mère, dépressive et allergique, fumant clope sur clope. Elle ne se remet pas de la mort de son fils, suicidé à cause de son micropénis. Il lui apparait poétiquement en fantôme, harnaché à une machinerie volante, éructant des grossièretés sur les pesticides des multinationales. Comme un dommage collatéral, le fils aîné fornique à satiété, histoire de se prouver et de prouver à sa partenaire qu'il n'y a pas de fatalité, que son sexe est de bonne taille ("Dis-le qu'elle est grande" sic).
Dans ce monde rural de plus en plus rétréci où les paysans ont peu à peu vu leur ferme entourée de petits pavillons puis de barres de quatre étages (!!!), l'arrivée d'un jeune rebeu de cité et d'une journaliste offre une ouverture. En recherche de stage, le môme va proposer ses services pour clôturer le champ. A poil ? Bingo ! "A poil, tout le monde à poil", comme chante Pierre Perret. Chacun s'adapte. Les codes s'inversent. Une journaliste - copie conforme d'Elise Lucet - réussit à persuader père et fils de témoigner, de devenir des lanceurs d'alerte. Le combat contre les pesticides prend alors une allure de shooting-photos trash, ce pourrait être "L'Internationale" revisitée, du genre "C'est le rut final...", en hommage au fils décédé.
C'est foutraque, farfelu, barré, comme vous voudrez mais pas que. On rit. Peut-être un peu moins que dans "Bigre" ou "Les gros patinent bien" mais, même si ça hurle, si ça chante (exit les Borborygmes des "Gros..."), la parole se libère, comme dans "Opéraporno", déjà très clivant. En fait, à y bien regarder, tout fait sens ici. La scénographie, elle, est grandiose et le casting vraiment épatant. Christiana Reali, Marc Bodnar, Anna Fournier, Kevin Perrot, Simon Jacquard, Mathilde Le Borgne et le petit dernier, le facétieux Yanis Chikhaoui, donnent à cette pièce toute sa force. Alors... faites fi des pudeurs de gazelle et autres soupirs de vierges effarouchées. C'est du Guillois pur jus, comme on aime, même si d'aucuns sortent (paraît-il) scandalisés. Le monde rural est peu inspecté au théâtre (cf récemment l'article sur le formidable "Tout contre la terre"). Le voir sous le prisme de Pierre Guillois et sa "dream team", c'est nous faire rencontrer deux mondes qui s'affrontent sur fond de capitalisme débridé. Émouvant !
Vous aurez compris le réflexe du vote R.N. chez lui. A la solitude du père s'ajoute celle de la mère, dépressive et allergique, fumant clope sur clope. Elle ne se remet pas de la mort de son fils, suicidé à cause de son micropénis. Il lui apparait poétiquement en fantôme, harnaché à une machinerie volante, éructant des grossièretés sur les pesticides des multinationales. Comme un dommage collatéral, le fils aîné fornique à satiété, histoire de se prouver et de prouver à sa partenaire qu'il n'y a pas de fatalité, que son sexe est de bonne taille ("Dis-le qu'elle est grande" sic).
Dans ce monde rural de plus en plus rétréci où les paysans ont peu à peu vu leur ferme entourée de petits pavillons puis de barres de quatre étages (!!!), l'arrivée d'un jeune rebeu de cité et d'une journaliste offre une ouverture. En recherche de stage, le môme va proposer ses services pour clôturer le champ. A poil ? Bingo ! "A poil, tout le monde à poil", comme chante Pierre Perret. Chacun s'adapte. Les codes s'inversent. Une journaliste - copie conforme d'Elise Lucet - réussit à persuader père et fils de témoigner, de devenir des lanceurs d'alerte. Le combat contre les pesticides prend alors une allure de shooting-photos trash, ce pourrait être "L'Internationale" revisitée, du genre "C'est le rut final...", en hommage au fils décédé.
C'est foutraque, farfelu, barré, comme vous voudrez mais pas que. On rit. Peut-être un peu moins que dans "Bigre" ou "Les gros patinent bien" mais, même si ça hurle, si ça chante (exit les Borborygmes des "Gros..."), la parole se libère, comme dans "Opéraporno", déjà très clivant. En fait, à y bien regarder, tout fait sens ici. La scénographie, elle, est grandiose et le casting vraiment épatant. Christiana Reali, Marc Bodnar, Anna Fournier, Kevin Perrot, Simon Jacquard, Mathilde Le Borgne et le petit dernier, le facétieux Yanis Chikhaoui, donnent à cette pièce toute sa force. Alors... faites fi des pudeurs de gazelle et autres soupirs de vierges effarouchées. C'est du Guillois pur jus, comme on aime, même si d'aucuns sortent (paraît-il) scandalisés. Le monde rural est peu inspecté au théâtre (cf récemment l'article sur le formidable "Tout contre la terre"). Le voir sous le prisme de Pierre Guillois et sa "dream team", c'est nous faire rencontrer deux mondes qui s'affrontent sur fond de capitalisme débridé. Émouvant !
Paru le 17/03/2026
(24 notes) THÉÂTRE DU ROND-POINT Jusqu'au dimanche 22 mars
THÉÂTRE CONTEMPORAIN à partir de 16 ans. Une ferme à la lisière de la ville… On y trouve des moutons causeurs qui se rêvent philosophes, une famille d’agriculteurs endeuillés, un jeune stagiaire comme un agneau parmi les loups et une pigiste aux dents longues qui veut en découdre avec le groupe chimique responsable de la tragédie familia...
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