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Zoom par Patrick Adler
L'École des femmes
L'Artistic théâtre

Qui a eu cette idée folle un jour de réinventer "L'Ecole... des femmes" ?...
La question du consentement, le patriarcat, la manipulation, la perversion narcissique... autant de thèmes actuels qui trouvent écho dans cette "École des femmes" revisitée avec talent et ingéniosité par Frédérique Lazarini qui décidément crée à chaque fois la surprise. Qui sait passer en un tournemain de Barbe Bleue à Katte en passant par Le Cid, le Voyage de M.Perrichon, Célimène et le Cardinal et j'en passe ? Classique et pop, d'une énergie folle mais raisonnée, elle est tout et son contraire, Frédérique. Vous la voyez réservée, presque ingénue - comme Agnès - avec ses grands yeux ouverts sur le monde et sa voix cristalline de jeune fille mais écoutez-la seulement parler et vous constaterez que son propos est celui d'une femme mature, le fruit d'une réflexion poussée. Elle est de celles et ceux qui savent sortir la substantifique moelle d'un texte et trouver le Graal en le rendant populaire, accessible à tous. Respect. Admiration.
Exit le vieux barbon en costume d'époque. Le nouvel Arnolphe est tiré à quatre épingles, il s'exprime bien, - même s'il se gargarise des formules toutes faites du discours patriarcal -, porte beau dans son costume trois-pièces, il tiendrait donc plus du pervers narcissique que du Bartholo et autres Arnolphe des comédies classiques. Mais sous la carapace, il y a la bête immonde, celle qui a envoyé une pauvre gamine dès quatre ans dans un couvent et l'emprisonne aujourd'hui dans une cage de verre. Mais le verre, ça laisse passer la vie. Et les gens. Comme le bel Horace. Elle qui, dans son ingénuité, ne voyait jamais en Arnolphe qu'un tuteur va, par la découverte d'Horace, s'éveiller, connaître ses premiers émois et, peu à peu, se déconstruire. Telle une chenille devenue chrysalide puis papillon, elle va s'envoler. Avec Horace. Agnès, aujourd'hui, c'est cette jeune étudiante Iranienne qui défie le pouvoir des Mollahs (Arnolphe n'est-il pas un Ayatollah ?) en manifestant sans le voile. Sous le joug de son seul référent, démoniaque et abusif, enfermée et surveillée H24 par des geôliers à la solde de leur Maître et des caméras (En Iran, ils ont les Gardiens de la Révolution et Internet est coupé) elle va peu à peu devenir "l'avenir de l'homme" d'Aragon et non pas "le potage de l'homme" d'Arnolphe. Le mantra "Résiste, signe et persiste, prouve que tu existes", cher à Michel Berger devrait lui donner raison. L'amour sort toujours victorieux. Horace (merveilleux et touchant Hugo Givort), jeune adulte désespérément crédule, ne lui aura pas facilité la tâche en lui faisant emprunter ce chemin amoureux bordé d'embûches mais la finalité n'en est que plus heureuse. Agnès (très convaincante Sara Montpetit) devient à elle seule un hymne à la femme libérée, une ode à l'intelligence féminine. Me-too et les mouvements féministes sont passés par là. On en oublie son "outfit" de gamine sage (bonnet rose et écharpe à pompons), ses confessions intimes si naïves. Quant à Arnolphe, bourreau détraqué et inquiétant, dont l'obsession du cocuage traduit l'impuissance (sexuelle ?) et les penchants pédophiles dans ses visionnages vidéo deviennent malaisants, on ne saurait se réjouir de son sort. Le pauvre hère, dans la dernière image, rappelle Nicholson ou plus récemment Epstein dans sa cellule, prostré, l'air hagard, perdu. Son château de cartes s'est écroulé, sa cage de verre a laissé partir l'oiseau. Il fallait donc l'énergie et la puissance de jeu d'un Cédric Colas pour camper pareil personnage. Il l'incarne à la perfection dans sa superbe, sa folie, sa fragilité, sa colère, son désespoir.
"On ne change pas une équipe qui gagne", vous dirait Frédérique Lazarini : la "Dream-team" de l'Artistic théâtre forme depuis des années la famille dont la jeune et jolie Mamma aux origines Italiennes peut s'enorgueillir. S'ajoutent aux trois rôles principaux Emmanuelle Galabru, Guillaume Veyre et Alain Cerrer, tout aussi convaincants et Hugo Givort prend son essor avec ce rôle à la mesure de son talent, un talent démultiplié puisque ce jeune comédien-vidéaste a participé à la scénographie de haut vol de François Cabanat, lui-même assisté de Tom Peyrony et Grégory Lechat.

Que dire de plus si ce n'est que cette "École des femmes" signée Frédérique Lazarini pourrait devenir... un cas d'école. En tout cas, un modèle de réussite !
Paru le 26/02/2026

(5 notes)
ECOLE DES FEMMES (L')
ARTISTIC THÉÂTRE (L')
Jusqu'au dimanche 3 mai

COMÉDIE RÉPERTOIRE CLASSIQUE. C'est l'histoire d'une journée dans la maison d'Arnolphe, ce tuteur qui aime et veut épouser sa pupille, mais qui, pour qu'elle reste bien à lui, l'éduque dans l'ignorance et l'isole du monde extérieur... On sait que la comédie contrarie son projet et le ridiculise, mais on peut compter sur Frédér...

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