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© Pascal Gely
Zoom par Patrick Adler
Les nuits blanches
Au Lucernaire

C'est un habitué des lieux, Ronan Rivière. Le Lucernaire, c'est un peu sa maison. Comme Dostoïevski et Gogol sont ses auteurs fétiches. Il a l'âme Russe, Ronan, et à en juger par ses créations récentes que nous avions encensées, on peut lui faire confiance pour saisir la psychologie romantique des tourmentés. Avec cette nouvelle de Dostoïevski, il explore la solitude et les espoirs contrariés. C'est cruel et doux à la fois, sensible et surtout merveilleusement interprété.
Est-ce parce que l'histoire est intemporelle qu'il la projette dans les années 60 ? C'est une « banale song » dans un lieu tout aussi banal, voire presque glauque (un abri-bus, un réverbère, drôle d'endroit pour une rencontre... amoureuse mais chacun sait que l'amour s'invite toujours là où on ne l'attend pas). Entre Nastenka, la jeune femme délaissée, découverte en pleurs, et ce jeune homme falot, aux allures de petit homme gris tourmenté, s'engage une relation basée sur un postulat simple : amis, oui, amants, non. D'autant qu'elle se languit de son bien-aimé parti qui, de retour dans la ville depuis peu, n'a donné aucune nouvelle et donc pas respecté son serment. Le pacte est signé mais vous connaissez le dicton « le coeur a ses raisons... ». Pour lui, la place est - peut-être ? - libre. Il reste donc quelque espoir. Sur ce banc où il passe le plus clair de son temps, ce banc qui devient le réceptacle de leurs mutuelles confidences, la relation s'intensifie. Lui se projette, gagne en espoir, sans jamais préjuger de la réciprocité des sentiments. Et quand, fidèle au pacte, elle lui demande de porter un pli à son amoureux, le château de cartes s'écroule. Tiendra-t-il ses engagements ? Nous ne saurions spoiler l'histoire.

C'est poétique, délicat, mélancolique, à l'image de ce petit fonctionnaire qui s'affirme rêveur (« Mes rêves me tiennent compagnie plus que les hommes » sic) et qui apparait bien léger par rapport à cette tornade solaire (formidable Laura Chétrit). C'est aussi cruel, comme tout amour déçu. Bouleversant dans sa maladresse, Ronan Rivière donne à son personnage une belle humanité. Bancal, il accumule les ratés face à cette femme montée sur ressorts, captivante mais dangereuse dans son indécision. Elle voudrait bien l'aimer mais en aime toujours un autre. Elle veut tout et son contraire. Y arriveront-ils ?

Venez découvrir ce moment charmant d'un théâtre des sentiments, d'un théâtre de la vérité, mis en scène avec sobriété et efficacité par Ronan Rivière qui partage avec bonheur le plateau avec la lumineuse et convaincante Laura Chétrit, le tout sur fond de sonates et préludes de Rachmaninov, joués au piano par Olivier Mazel. Une musique qui vient rythmer la pièce, offrir une élégante respiration à cette nouvelle pépite du Lucernaire.
Paru le 19/02/2026

(6 notes)
NUITS BLANCHES (LES)
THÉÂTRE DU LUCERNAIRE
Jusqu'au dimanche 5 avril

COMÉDIE DRAMATIQUE à partir de 14 ans. Un homme et une femme solitaires se rencontrent et se rapprochent une nuit à Saint-Pétersbourg, où tout semble concourir à leur attachement mutuel. Mais leurs maladresses et leurs angoisses font virer le rêve en cauchemar. Une adaptation pour une comédienne, un comédien et un pianiste de la nouvel...

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