Zoom par Patrick Adler
Jacques Weber - Cyrano, rêver, rire, passer
La Pépinière Théâtre
Il est assurément tout cela à la fois, Jacques Weber. Il est l'incontournable Cyrano, personnage qui lui colle désormais à la peau. Où qu'il aille. Il nous offre du rêve, nous fait rire et passe en laissant un parfum agréable de nostalgie. Ce monument du théâtre va une fois de plus vous surprendre. A la fois Cyrano mais aussi spectateur et commentateur, il convoque ses souvenirs, décrypte le texte, interroge l'auteur. L'ensemble donne une manière d'"état des lieux" dans la relation qu'il a tissée avec son personnage fétiche. Amusant, surprenant et, comme toujours, brillant !
Vous vous attendiez peut-être à le voir jouer une énième fois Cyrano. Certes, il va vous en offrir quelques extraits avec son complice José-Antonio Pereira mais il se mue aussi en professeur qui n'aime rien tant que les explications de texte. Il l'annonce d'emblée : cette tirade des nez est trop longue, voire ridicule par certains côtés. Weber serait-il devenu sacrilège ? Non, mais son rapport dans la pièce, la part qui lui est faite est un peu exagérée et ne trouve pas de rapport direct avec l'intrigue. Pourquoi, de Cyrano, ne retient-on que cette tirade ? Le comédien chevronné remet les pendules à l'heure, donne son avis, prend du champ, s'amuse, traverse les époques, n'hésite pas à mêler à la pièce du Nerval, du Baudelaire et même Barbara et son "Dis, quand reviendras-tu ?" ou Dalida et ses "Paroles, paroles". Ce Cyrano qui l'a porté au firmament de la gloire, il lui doit tout mais à quel prix ? Ses presque cinquante années de scène, ses 500 représentations de Cyrano, il les survole, les raconte avec humilité, avec ce sourire malicieux qui vient d'emblée nous mettre dans la confidence. Car il sait créer du lien, ce grand homme qui promène aujourd'hui avec lenteur sa grande carcasse. Tout lui pèse peut-être mais tout lui est agréable, il invoque la mémoire qui pourrait lui faire défaut, comme les textes et les personnages qui se mélangent (Cyrano/Alceste, même combat ?). Pourtant, il semble apaisé et fier d'avoir gardé son âme d'enfant. Son complice José-Antonio Pereira lui donne la réplique, l'interroge. Tous deux s'extasient sur la force de frappe de la pièce qui concerne aujourd'hui encore tous les publics et est devenue universelle. Jacques Weber en sort la substantifique moelle : la rébellion, la vulnérabilité, cette peur panique du ridicule, ça lui parle comme la fragilité de l'acteur et la confusion de l'amour qui peut aller jusqu'à la sidération. Évoluant dans une scénographie très poétique - un banc, un arbre et des incrustations- vidéos -, ce n'est pas que Cyrano, c'est un spectacle autour de Cyrano où l'homme se livre. Beaucoup. Alors, on rêve, on rit. Il est passé. A l'instar de Rostand et son célèbre "A la fin de l'envoi, je touche"... ce géant aux pieds d'argile nous a touchés.
Paru le 18/02/2026
(7 notes) PÉPINIÈRE THÉÂTRE (LA) Jusqu'au dimanche 28 juin
TEXTE(S). Jacques Weber revient interpréter Cyrano de Bergerac. Jacques Weber traverse son histoire avec Cyrano de Bergerac. Avec José, son répétiteur, ami, habilleur, assistant, psy, ensemble ils disent racontent et jouent Cyrano. Ils interprètent, à eux deux, la si célèbre pièce d'Edmond Rostand !
"En 198...
|




