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D.R.
Zoom par Patrick Adler
Dessiner encore
Théâtre Lepic

Son histoire, Coco, alias Corinne, la dessinatrice de Charlie Hebdo, l'a racontée sur une bande dessinée avec le succès qu'on sait. Bouleversante dans son parcours cathartique de reconstruction, elle réapparait aujourd'hui, démultipliée, presque chorale, grâce à Hélène Dugy, Salomé Villiers et Anna Mihalcea dans une adaptation théâtrale aussi touchante et réussie que la B.D. Les souvenirs remontent, l'émotion est grande. Vous allez vivre une expérience onirique et poétique, un joli moment de théâtre.
Il y aurait donc trois "Coco" ou plutôt Coco sous trois formes. Trois Coco intimes qui, sorties de l'horreur de cette date fatidique du 7 janvier 2015, convoquent les souvenirs, le carnage, s'interrogent sur le sens du destin ("Et si elle n'avait pas fait le code ? Et si elle avait appelé au secours..."), autant de supputations inutiles et vaines mais nécessaires dans toute reconstruction. Entre culpabilité et espoir, entre la nostalgie de cette équipe qui lui a donné sa chance, celle d'être LA dessinatrice de Charlie - merci Cabu et sa bienveillance - et la tristesse de ne plus les avoir à ses côtés, entre les moments d'abattement, bien légitimes et cette résilience qui pousse à reprendre vie, à se battre, à retrouver l'élan, le courage par le crayon, les Coco voyagent face à ce mur de feuilles et de vagues sur un élément de décor qui pourrait figurer l'avant d'un paquebot qui avance, doucement mais inéluctablement vers un destin meilleur. Car il n'est pas, il n'est jamais question de renoncer chez Coco. La résistance est en marche et ces trois filles qui n'en font qu'une sont des guerrières pacifistes (oxymore ?) humaines, tellement humaines. Tous les dessins de Coco projetés, nous les connaissons tous et ils reviennent dans nos mémoires comme des souvenirs partagés, nous avons été Charlie comme nous sommes Coco aujourd'hui. Les "trois en une" ne sont que les trois premiers maillons d'une chaîne qui s'étend chaque jour avec un public de plus en plus nombreux. Entre les tensions de l'attentat qui nous ébranlent, les bruits des coups de feu qui nous assaillent et qu'on reçoit en plein coeur dans la salle par une naturelle empathie, on comprend mieux le "Vivre, c'est indispensable" de Coco. Fragile et forte dans ce travail de mémoire essentiel, elle dit la vie comme elle dit la mort et on revoit ses dessins. Ils valent mieux qu'un long discours et justifient cette ode à la caricature, à la liberté d'expression. Sans concessions.

"C'était bien, c'était chouette, on y retournera", chantait Delpech. Ce trio gagnant - Hélène Degy, Salomé Villiers, Anna Mihalcea (ou Jessica Berthe-Godart) - si émouvant, si sincère, si vrai, nous a conquis dans cette construction scénique inattendue mais ô combien brillante et émouvante. Dessiner encore. Ne rien lâcher. Dessiner, c'est gagner !
Paru le 10/02/2026

(8 notes)
DESSINER ENCORE
THÉÂTRE LEPIC
Jusqu'au dimanche 29 mars

THÉÂTRE CONTEMPORAIN à partir de 14 ans. Elle s’appelle Corinne, alias Coco. Le 7 janvier 2015, les attentats de Charlie Hebdo ont bouleversé sa vie en une poignée de minutes. Dans cette adaptation théâtrale de la bande dessinée à succès Dessiner encore, œuvre poétique et profondément humaine, Coco revient sur cet instant suspendu, sur l...

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