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D.R.
Zoom par Jeanne Hoffstetter
Dans le couloir
Théâtre Hébertot

C'est une création et c'est un coup de maître. Écrite il y a quelques années déjà il faut croire que la pièce de Jean-Claude Grumberg attendait son heure. Pour bien des raisons elle est tellement irrésistible qu'à deux reprises et à quelques jours d'intervalle je suis retournée voir ce qui se passait dans ce mystérieux couloir où Christine Murillo et Jean-Pierre Darroussin tentent tour à tour de s'adresser à leur fils fantôme.
Nous sommes donc chez le Vieux et la Vieille atteints par les maux de l'âge, Lui cassé en deux et à moitié aveugle, Elle esclave d'un appareil auditif et presque sans dents, sans que leur énergie ne soit atteinte pour autant. L'action se situe exclusivement dans cet étonnant couloir qu'ils arpentent entre deux pauses en trimballant des chaises d'un endroit à l'autre tout en se refilant la responsabilité d'aller parler à ce fils quinquagénaire « cet homme aux cheveux blancs auquel on ne peut s'adresser comme il y a 45 ans, lorsqu'il avait cinq ans. »

Cet homme revenu d'on ne sait où pour s'installer chez ses parents dans sa chambre d'enfant. Pourquoi ? Mystère. Mystère encore : jamais nous ne le verrons ni ne l'entendrons.
« Parle lui toi ! » insiste la Vieille. Normal, il sait parler Lui, l'ancien avocat.
Mais... « Ce qui a été, rien ni personne ne pourra le changer » dit le Vieux à la Vieille, « Ce qui est fait est fait. » lui répond-t-elle. Entre Elle et Lui les échanges sont cocasses, grinçants, savoureux, qui instillent en nous le doute et nous laisse la liberté de rire ou de sourire de ce couple qui ne sait plus se parler, de cette déchéance qui peut-être nous attend quelque part... Des échanges qui mine de rien en disent long sur les relations filiales, sur nos petits et gros travers, sur nos espoirs et nos désillusions. On irait même jusqu'à se demander si la présence de ce fils est réelle ou fantasmée...

Pirouette de l'auteur dont j'aime l'humour indéfectible et le regard sans concession qu'il pose sur lui-même, les autres et la société : « En tout cas on sait bien que Godot n'existe pas et que l'invité qu'ils attendent dans « Les chaises » ne viendra pas. Voilà ! » me dit-il. Allez, j'arrête en évoquant tout ce à quoi nous conduit ce drôle de voyage le long du couloir : le superbe et terrible monologue final que Jean-Pierre Darroussin fait vibrer de manière impressionnante. « J'ai écrit des pièces pendant soixante ans qui ont été montées. Quand j'ai commencé il y avait parfois soixante-dix personnages, à une certaine époque on ne comptait pas le nombre d'acteurs. Là il y en a deux, trois avec celui qu'on ne voit pas. Ça fait des économies. Tout ça dit sans aigreur, hein ! J'ai eu beaucoup de chance... En tout cas j'ai pris beaucoup de plaisir à écrire cette pièce, après... chacun doit faire son ménage. » Passionnant Jean-Claude Grumberg, j'ai déjà eu l'occasion de le dire.

« Dans le couloir », remarquablement mise en scène par Charles Tordjman, une pièce magnifique éligible aux Molières 2026, au service de laquelle Christine Murillo et Jean-Pierre Darroussin offrent leur immense talent. Remercions enfin le théâtre Hébertot et Francis Lombrail son directeur, d'avoir accueilli une fois encore un spectacle de haut vol qu'il ne vous faut surtout pas manquer !
Paru le 09/02/2026

(21 notes)
DANS LE COULOIR
THÉÂTRE HÉBERTOT
Jusqu'au jeudi 16 avril

COMÉDIE. C’est l’histoire d’un couple d’octogénaires. Lui, souffre d’un mal de dos chronique et d’une vue très faible. C’est Jean-Pierre Darroussin. Elle, est équipée d’un appareil auditif et d’un appareil dentaire. C’est Christine Murillo. IIs n’ont pas la vie facile d’autant que leur cinquantenaire de fi...

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