Zoom par Patrick Adler
Pour un oui, pour un non
Au Poche-Montparnasse
« Il suffirait de presque rien... » chantait Reggiani. Et si ce « presque rien » n'était pas le point de départ de questionnements ? C'est ce que Nathalie Sarraute nous laisse à entrevoir dans cette pièce sur la parole - devenue un monument ! - qui trouve une résonance chez nous grâce au jeu subtil des deux comédiens : Gabriel Le Doze et Bernard Bollet. Epatant !
Ils étaient amis, presque frères. Et puis, pour un « presque rien », ils se sont séparés. Aujourd'hui, ils s'interrogent mutuellement. Quand H1 vient rendre visite à son ami H2, il veut en avoir le coeur net. Pourquoi se sont-ils séparés ? Où se trouve la faille ? Quand a-t-elle eu lieu et surtout pourquoi ? A la résistance de départ de H2 - il ne veut rien dire, élude (« Personne ne pourra comprendre »), joue la fuite en avant, le mystère -, H1 répond par des demandes d'explications en cascades. C'est alors que commence l'affrontement verbal. Poussé peu à peu dans ses retranchements (« Non, ne me force pas »), H2 se lâche. Il y a donc bien eu quelque chose. Cet « indéfini » va se faire jour et l'investigation gagner de plus en plus en clarté. Le « rien qu'on puisse dire » de départ, le « je ne veux pas » deviennent progressivement vérités avouées. On est entré dans une phase de dramatisation, H1 a réussi à culpabiliser H2. Mais la dispute autour de l'aveu après avoir vu l'étau se desserrer prend une autre tournure. Les maux de H2 font barrage aux mots de H1. « Des mots comme ça, d'autres mots, pas de ceux dont on dit qu'on les a eus ». Allez comprendre... D'autant qu'en dehors même des mots, il y a l'intonation... qui, elle aussi, en dit long ! Le « C'est bien, ça ! » prononcé « allongé » interroge. Ce double niveau de langage sur lequel travaille Nathalie Sarraute, férue de psychanalyse, devient passionnant quand il se révèle (« Ainsi, tu as voulu rompre avec moi »). Les personnages sont emblématiques de toute la psyché humaine. Il y a chez H1 le panache de la réussite, chez H2 la mélancolie d'un parcours erratique. H2 ne veut être redevable en rien et H1 croyant bien faire pour son ami se retrouve désemparé. Alors, malgré la tendresse qu'on sent poindre mutuellement, les flèches décochées de part et d'autre font mal.
Ce « presque rien » sur un plateau presque nu met en valeur le texte et le jeu. Le travail de mise en scène de Tristan Le Doze, épuré mais précis, comme la direction d'acteurs, est remarquable. Comme une évidence, les comédiens sont au diapason l'un de l'autre, la mécanique est huilée, le jeu ajusté, les voix, belles, puissantes, assurées. Entre tragédie et comédie, le public se délecte de la banalité des mots de Nathalie Sarraute, des mots devenus surpuissants par le talent de deux virtuoses de la scène : Gabriel Le Doze et Bernard Bollet.
En guise de clin d'œil, j'ai envie de conclure par... « C'est bien, ça ! »
Ce « presque rien » sur un plateau presque nu met en valeur le texte et le jeu. Le travail de mise en scène de Tristan Le Doze, épuré mais précis, comme la direction d'acteurs, est remarquable. Comme une évidence, les comédiens sont au diapason l'un de l'autre, la mécanique est huilée, le jeu ajusté, les voix, belles, puissantes, assurées. Entre tragédie et comédie, le public se délecte de la banalité des mots de Nathalie Sarraute, des mots devenus surpuissants par le talent de deux virtuoses de la scène : Gabriel Le Doze et Bernard Bollet.
En guise de clin d'œil, j'ai envie de conclure par... « C'est bien, ça ! »
Paru le 30/01/2026
(14 notes) THÉÂTRE DU POCHE-MONTPARNASSE Jusqu'au dimanche 1 mars
THÉÂTRE CONTEMPORAIN. Pour un Oui ou pour un Non, en effet… c’est souvent d’un rien que partent brouilles et guerres. Nathalie Sarraute démonte sous nos yeux le mécanisme de déconstruction d’une vieille amitié, à partir d’une simple réplique devenue culte : "C’est bien…ça !". Le langage devient une arme insidieuse, cre...
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