Zoom par Patrick Adler
Si tu veux que je vive
À L’Essaïon
Ce pourrait être une supplique. C'en est une. Assurément. Dans cette bouleversante évocation de l'affaire Dreyfus par le prisme des lettres échangées entre les époux et les écrits de la journaliste Séverine, on découvre, hébétés, ce combat sans fin pour la réhabilitation de l'officier, pour la vérité, pour l'honneur. Pas de grandiloquence ici mais une sobriété, une élégance, dans le texte comme dans le jeu.
Bien sûr qu'elles veulent qu'il vive ! Et pendant plus de dix ans d'une lutte sans relâche, elles vont se battre et c'est ce qui va sans doute permettre au Capitaine Dreyfus de garder le cap, de ne pas sombrer dans la mélancolie ni le désespoir. Ces lettres échangées sont une respiration, une bouffée d'oxygène.
Tout serait donc pourri dans ce royaume de France ? Après cinq années de bonheur absolu, Lucie et Alfred vont voir leur destin basculer. A la dureté de la sanction infligée à son époux - la dégradation militaire - vient s'ajouter la violence du tribunal de la rue dans un climat d'antisémitisme décomplexé. Dreyfus est condamné au bagne. Il y restera longtemps. Lucie, sa femme, va alors, telle une suppliciée, accomplir son devoir : laver l'honneur de son mari. De témoignages en appels à pétition, elle va rencontrer une écoute grandissante et c'est là qu'intervient Séverine, journaliste (féministe) à "La Fronde" et son "Appel aux femmes". Dans la pièce, elle est la récitante, c'est elle qui introduit les personnages. Elle connait son sujet de bout en bout et, telle une marionnettiste, tout en bougeant les quelques éléments de décors, transformables à l'envi, elle les fait se mouvoir, les observe, les écoute puis reprend le cours du récit comme dans un "cold case".
Elle a du cran, du panache, Séverine (formidable Claire Vidoni). Amie de Jules Vallès, elle a repris le journal après sa mort. L'histoire retiendra d'elle qu'elle a été une des premières femmes journalistes et qu'elle s'est engagée jusqu'au bout dans ce qu'il est convenu d'appeler "l'Affaire Dreyfus". Cette sororité avec Lucie (émouvante Lucile Chevalier) est en tout point admirable. A la douleur de Lucie, Séverine répond par une empathie mâtinée de douceur. Alfred, lui, supporte tout sans broncher. Joël Abadie, qui l'incarne avec mesure et brio, amorce cette lente descente aux enfers avec dignité. Le fringant officier se dévêt, se décharne progressivement, prostré dans sa cage-cellule. Il n'est plus que l'ombre de lui-même. Les habits militaires - le fameux prestige de l'uniforme - ont laissé place à des haillons. Pieds nus, tel un somnambule, il semble errer dans un espace confiné. Le voir enfiler à nouveau - avec difficulté cette fois - son uniforme après le "J'accuse" dans l'Aurore de Zola et la réhabilitation du Président Loubet, est une séquence de grande émotion.
La sobriété de la mise en scène est en tout point louable. On en oublierait presque les jolis costumes d'époque, les lumières soignées, la bande-son subtile, tant on sent que tout est centré sur le texte et le jeu de ce trio magique, pris dans une manière de "thriller" haletant. Dans la salle, on entendrait une mouche voler. L'histoire, que l'on connait pourtant mais que l'on redécouvre avec plaisir, est passionnante, d'autant qu'elle est servie par un trio étincelant qui, sans esbroufe aucune, nous scotche de bout en bout. Ne manquez pas cette nouvelle pépite à l'Essaïon !
Tout serait donc pourri dans ce royaume de France ? Après cinq années de bonheur absolu, Lucie et Alfred vont voir leur destin basculer. A la dureté de la sanction infligée à son époux - la dégradation militaire - vient s'ajouter la violence du tribunal de la rue dans un climat d'antisémitisme décomplexé. Dreyfus est condamné au bagne. Il y restera longtemps. Lucie, sa femme, va alors, telle une suppliciée, accomplir son devoir : laver l'honneur de son mari. De témoignages en appels à pétition, elle va rencontrer une écoute grandissante et c'est là qu'intervient Séverine, journaliste (féministe) à "La Fronde" et son "Appel aux femmes". Dans la pièce, elle est la récitante, c'est elle qui introduit les personnages. Elle connait son sujet de bout en bout et, telle une marionnettiste, tout en bougeant les quelques éléments de décors, transformables à l'envi, elle les fait se mouvoir, les observe, les écoute puis reprend le cours du récit comme dans un "cold case".
Elle a du cran, du panache, Séverine (formidable Claire Vidoni). Amie de Jules Vallès, elle a repris le journal après sa mort. L'histoire retiendra d'elle qu'elle a été une des premières femmes journalistes et qu'elle s'est engagée jusqu'au bout dans ce qu'il est convenu d'appeler "l'Affaire Dreyfus". Cette sororité avec Lucie (émouvante Lucile Chevalier) est en tout point admirable. A la douleur de Lucie, Séverine répond par une empathie mâtinée de douceur. Alfred, lui, supporte tout sans broncher. Joël Abadie, qui l'incarne avec mesure et brio, amorce cette lente descente aux enfers avec dignité. Le fringant officier se dévêt, se décharne progressivement, prostré dans sa cage-cellule. Il n'est plus que l'ombre de lui-même. Les habits militaires - le fameux prestige de l'uniforme - ont laissé place à des haillons. Pieds nus, tel un somnambule, il semble errer dans un espace confiné. Le voir enfiler à nouveau - avec difficulté cette fois - son uniforme après le "J'accuse" dans l'Aurore de Zola et la réhabilitation du Président Loubet, est une séquence de grande émotion.
La sobriété de la mise en scène est en tout point louable. On en oublierait presque les jolis costumes d'époque, les lumières soignées, la bande-son subtile, tant on sent que tout est centré sur le texte et le jeu de ce trio magique, pris dans une manière de "thriller" haletant. Dans la salle, on entendrait une mouche voler. L'histoire, que l'on connait pourtant mais que l'on redécouvre avec plaisir, est passionnante, d'autant qu'elle est servie par un trio étincelant qui, sans esbroufe aucune, nous scotche de bout en bout. Ne manquez pas cette nouvelle pépite à l'Essaïon !
Paru le 23/01/2026
(1 notes) THÉÂTRE ESSAÏON Jusqu'au jeudi 26 mars
THÉÂTRE CONTEMPORAIN. Séverine, journaliste féministe, nous livre le récit bouleversant de Lucie et Alfred Dreyfus dans leur combat pour la justice et la vérité. Cette adaptation théâtrale poignante retrace l’Affaire Dreyfus à travers la correspondance des deux époux, Lucie et Alfred et les écrits de Séverine, journali...
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