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D.R.
Interview par Antoine Fernandez
Anthony Magnier
Un fil à la patte

20 ans après son premier entretien pour Tatouvu, sa compagnie Viva agrandie et les pièces à succès multipliées, Anthony Magnier reprend "Un Fil à la patte" au Théâtre du Ranelagh, son adaptation à succès de Feydeau et l'expression la plus vive de sa « patte » artistique.
À quoi ressemble "Un Fil à la patte" par Anthony Magnier ?
Les adaptations de Feydeau, jusqu'à peu, étaient toujours montées avec des feuilles de décor représentant l'intérieur d'un appartement : des portes, des tables, des guéridons, des petits napperons, etc. J'ai vu le "Fil à la patte" du Français mis en scène par Jérôme Deschamps et je me suis dit : « Quel terrain de jeu pour les comédiens ! À quoi servent ces portes ? À rien. Ce qui compte pour le spectateur et les comédiens, c'est ce qu'il se passe entre les personnages. »
J'ai enlevé l'inutile et tout se fait avec les comédiens : pour claquer les portes, on fait « claque, claque » avec la bouche, on fait « ding, ding » quand il faut sonner. Ça donne aux comédiens la responsabilité de faire vivre le spectacle et ça les amène sur des espaces d'imagination et de liberté insoupçonnés.

Qu'est-ce qui vous plaît dans ces chefs-d'oeuvre du répertoire ?
Ils résonnent toujours aujourd'hui. J'ai monté "L'école des femmes" qui parle de la place de la femme, de ce que les hommes imposent aux femmes, c'est d'une modernité brûlante. Pareil pour "Bel-Ami" que j'ai adapté, ce jeune homme arriviste, opportuniste, immoral, résonne énormément aujourd'hui. On vit une époque de peur et donc de repli individualiste, les gens veulent s'occuper d'eux, réussir et tant pis s'ils en écrasent au passage. C'était pareil il y a un siècle donc soyons vigilants, ça ne nous sauvera pas.
Je ne suis pas de ceux qui mettent l'histoire au premier plan. Pour moi, l'histoire est un prétexte à faire de l'humain, à montrer une forme de vivre ensemble différent.

C'est quoi, le théâtre que propose la compagnie Viva ?
L'idée, c'est que les gens sortent de la salle transformés, différents avec quelque chose de solaire en eux. C'est, ensemble, regarder le monde sous un angle différent, se mettre un peu de côté pour voir comment les choses peuvent être autres. Et une sorte de recharge, comme une recharge rapide d'une voiture électrique, se recharger pour pouvoir aller faire 300/400 km de plus tous ensemble, se recharger d'un vivre ensemble possible. Si il y a une chose que j'aimerais que mon théâtre produise, c'est ça.
Pour être ensemble, il y a le sport, mais on est pour une équipe et contre une autre, la politique ou la religion, mais on est ensemble contre tous les autres. Le spectacle vivant, c'est l'endroit où on peut être tous ensemble.
Paru le 30/01/2026

(7 notes)
UN FIL À LA PATTE
THÉÂTRE DU RANELAGH
Jusqu'au dimanche 29 mars

COMÉDIE à partir de 10 ans. Afin de se marier à une riche héritière, Bois d’Enghein fait tout pour se débarrasser de sa maîtresse : une chanteuse de café-concert, Lucette Gautier. De lâchetés en mensonges, il s’enfonce dans une situation inextricable menant Feydeau à convoquer une pléiade de personnages cocasses et décalés.

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