Dossier par Philippe Escalier
Amadeus
"Mozart en majesté !" Théâtre Marigny
Quarante-quatre ans après la mise en scène de Roman Polanski, « Amadeus » retrouve le théâtre Marigny pour une nouvelle incarnation portée par quatorze comédiens dirigés par Olivier Solivérès. La pièce de Peter Shaffer, immortalisée au cinéma par Miloš Forman, nous transporte à Vienne en 1823. Un vieil homme se confesse : Antonio Salieri prétend avoir assassiné Wolfgang Amadeus Mozart trente-deux ans plus tôt. Commence alors le récit vertigineux d'une fascination dévorante.
Jérôme Kircher : Salieri, ou l'art de la déchirure intérieure
Pour incarner le compositeur officiel de l'empereur, Olivier Solivérès a fait appel à Jérôme Kircher. Ce choix s'inscrit dans la continuité d'un parcours remarquable. Formé au Conservatoire national supérieur d'art dramatique sous la tutelle de Michel Bouquet, révélé par Patrice Chéreau dans « Hamlet » dès sa sortie d'école, Jérôme Kircher a construit sa carrière aux côtés des plus grands : André Engel, Luc Bondy, Alain Françon ou encore Wajdi Mouawad.
Antonio Salieri représente pourtant un territoire nouveau pour cet acteur rompu aux écritures contemporaines exigeantes. Après avoir incarné récemment le meneur de jeu énigmatique dans « Biographie : un jeu » de Max Frisch, Jérôme Kircher retrouve le théâtre Marigny pour endosser ce personnage déchiré entre réussite sociale et conscience d'être dépassé par le génie insolent de Mozart.
Cette construction de l'ambiguïté rejoint d'autres figures complexes que Jérôme Kircher a magistralement habitées, du Lopakine de « La Cerisaie » aux personnages troubles des créations de Wajdi Mouawad. La différence tient à la dimension spectaculaire du projet, porté par une troupe de quatorze comédiens incluant chanteurs d'opéra et musiciens sur scène. « Amadeus » promet une fresque théâtrale et musicale intense, confrontant sans cesse Salieri à ses limites et à ses doutes.
Thomas Solivérès : Mozart, génie météorique
Révélé au grand public en 2011 dans « Intouchables » aux côtés d'Omar Sy, Thomas Solivérès a depuis mené une carrière partagée entre théâtre et cinéma. « Harold et Maude » face à Line Renaud, « Le Bossu de Notre-Dame », puis « Venise n'est pas en Italie » d'Ivan Calbérac ont jalonné son parcours scénique.
Au cinéma, c'est en 2019 qu'il obtient son rôle le plus marquant : celui d'Edmond Rostand dans le film éponyme d'Alexis Michalik. Cette incarnation d'un dramaturge confronté à la création de « Cyrano de Bergerac » résonne étrangement avec le Mozart d'« Amadeus ». Dans les deux cas, le personnage doit porter sur scène la fulgurance créatrice, cette capacité à faire surgir le génie dans un mélange d'insolence et de grâce. Thomas Solivérès possède cette énergie juvénile nécessaire pour incarner un Mozart qu'Antonio Salieri décrit comme un prodige incontrôlable, traversé par une musique d'une pureté divine mais dont le comportement scandalise la Cour.
Cette incarnation s'inscrit dans la vision d'Olivier Solivérès qui promet une lecture spectaculaire et déjantée de la pièce de Peter Shaffer. Thomas Solivérès, formé à l'école de la comédie autant qu'à celle du drame, apporte à Wolfgang Amadeus Mozart son énergie et sa spontanéité. Un duel de titans doublé d'une irrésistible fête théâtrale et musicale.
Paru le 23/01/2026
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AMADEUS THÉÂTRE MARIGNY Jusqu'au dimanche 8 mars
COMÉDIE DRAMATIQUE. Un vieil homme prétend avoir tué Mozart il y a 32 ans. Son nom : Antonio Salieri. C'est le compositeur officiel de l'Empereur et serviteur de Dieu, à qui tout réussit. Jusqu'au jour où il rencontre un prodige fulgurant, un génie insolent, obscène, incontrôlable... mais traversé par une musique d'u...
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