Interview par Jeanne Hoffstetter
Thierry Frémont et Nicolas Vaude
Une heure à t’attendre
Prenons la situation en marche peu après le début de l'histoire. Deux hommes qui ne se connaissent pas, confortablement installés dans un joli studio sous les toits, attendent, se parlent, se taisent... Pourquoi là ? Pourquoi eux ?
Sylvain Meyniac est l'auteur de cette remarquable tragi-comédie interprétée par Nicolas Vaude et Thierry Frémont. Magnifiques de maîtrise, de subtilité et de complicité, ils jouent sur des contretemps qu'orchestre remarquablement Delphine de Malherbe. Rencontre avec deux comédiens tout à la joie de reprendre leur conversation achevée au Théâtre de l'Œuvre dans une salle comble et enthousiaste, et qui se poursuivra par une longue tournée.
Merveilleuse idée que ce nouveau face à face ! Qui est qui dans cette histoire ?
Nicolas Vaude : Delphine portait ce projet depuis longtemps et grâce lui soit rendue d'avoir eu l'idée de reformer notre couple après « Inconnu à cette adresse. » Thierry travaillait le texte depuis un moment déjà quand ce rôle m'est tombé du ciel. On s'est mis au travail et ça a été formidable.
Thierry Frémont : Nicolas préférait jouer Pierre, le mari, et moi j'avais travaillé les deux rôles. L'un et l'autre sont magnifiques et me convenaient, donc je joue Daniel, l'amant.
A travers la relation intime qui se noue entre ces deux hommes, la pièce interroge de manière étonnante l'amour et ses corollaires.
T.F. : En entrant réellement dans le travail, j'ai ressenti la profondeur et la richesse du texte. Bien que l'on soit sur un sujet grave, presque douloureux, il y a du contrepoint, du rire parfois parce qu'ils ont tous les deux de l'humour par rapport à eux-mêmes. Mais Daniel est un homme blessé qui ne fait que subir les choses et perd un match capital. « Face à l'amour on ne peut que baisser les bras. » C'est beau. Comme aussi : « Un amour sans jalousie est un bien faible amour ». On ne contrôle pas ça.
N.V. : Et la jalousie physique qu'est-ce que tu en fais ? Imaginer l'autre avec quelqu'un d'autre, c'est effrayant ! La pièce parle aussi de ça, et de sacrifice et de doute. On peut se dire que le mari est totalement maso ou alors qu'il vit un amour complètement fou. En écoutant l'amant qui parle si bien, il doit se demander s'il pourra aller jusqu'au bout. Moi personnellement, je me demande si ça peut exister.
T.F. : Ce texte est une étrangeté, il happe le spectateur qui se demande ce qui se passe, quel est l'enjeu, qui domine qui ? Ça rappelle un peu les tensions qu'instaure Pinter dans ses pièces...
N.V. : Oui... Mais en fait non, ce n'est pas ça non plus. C'est une pièce dont la langue est superbe, extrêmement drôle, surprenante et pleine de tiroirs et nous, on est les porteurs du poète...
T.F. : Ce sont deux êtres sincères, intelligents qui de par leurs métiers aiment les mots et expriment avec une grande classe leurs sentiments. Deux hommes dont chacun découvre à travers l'autre comme un autre lui-même, peut-être un peu différent. C'est une pièce que l'on n'aura jamais fini de peaufiner, et on a un tel plaisir à se renvoyer la balle !
N.V. : Quel plaisir, oui ! Et il faut dire aussi que la beauté de la pièce, c'est que c'est la femme qui choisit. La fin est superbe et inattendue !
Ensemble : « On ne garde pas une femme, elle reste. »
Merveilleuse idée que ce nouveau face à face ! Qui est qui dans cette histoire ?
Nicolas Vaude : Delphine portait ce projet depuis longtemps et grâce lui soit rendue d'avoir eu l'idée de reformer notre couple après « Inconnu à cette adresse. » Thierry travaillait le texte depuis un moment déjà quand ce rôle m'est tombé du ciel. On s'est mis au travail et ça a été formidable.
Thierry Frémont : Nicolas préférait jouer Pierre, le mari, et moi j'avais travaillé les deux rôles. L'un et l'autre sont magnifiques et me convenaient, donc je joue Daniel, l'amant.
A travers la relation intime qui se noue entre ces deux hommes, la pièce interroge de manière étonnante l'amour et ses corollaires.
T.F. : En entrant réellement dans le travail, j'ai ressenti la profondeur et la richesse du texte. Bien que l'on soit sur un sujet grave, presque douloureux, il y a du contrepoint, du rire parfois parce qu'ils ont tous les deux de l'humour par rapport à eux-mêmes. Mais Daniel est un homme blessé qui ne fait que subir les choses et perd un match capital. « Face à l'amour on ne peut que baisser les bras. » C'est beau. Comme aussi : « Un amour sans jalousie est un bien faible amour ». On ne contrôle pas ça.
N.V. : Et la jalousie physique qu'est-ce que tu en fais ? Imaginer l'autre avec quelqu'un d'autre, c'est effrayant ! La pièce parle aussi de ça, et de sacrifice et de doute. On peut se dire que le mari est totalement maso ou alors qu'il vit un amour complètement fou. En écoutant l'amant qui parle si bien, il doit se demander s'il pourra aller jusqu'au bout. Moi personnellement, je me demande si ça peut exister.
T.F. : Ce texte est une étrangeté, il happe le spectateur qui se demande ce qui se passe, quel est l'enjeu, qui domine qui ? Ça rappelle un peu les tensions qu'instaure Pinter dans ses pièces...
N.V. : Oui... Mais en fait non, ce n'est pas ça non plus. C'est une pièce dont la langue est superbe, extrêmement drôle, surprenante et pleine de tiroirs et nous, on est les porteurs du poète...
T.F. : Ce sont deux êtres sincères, intelligents qui de par leurs métiers aiment les mots et expriment avec une grande classe leurs sentiments. Deux hommes dont chacun découvre à travers l'autre comme un autre lui-même, peut-être un peu différent. C'est une pièce que l'on n'aura jamais fini de peaufiner, et on a un tel plaisir à se renvoyer la balle !
N.V. : Quel plaisir, oui ! Et il faut dire aussi que la beauté de la pièce, c'est que c'est la femme qui choisit. La fin est superbe et inattendue !
Ensemble : « On ne garde pas une femme, elle reste. »
Paru le 30/01/2026
(49 notes) THÉÂTRE DE PARIS - SALLE RÉJANE Jusqu'au jeudi 30 avril
COMÉDIE DRAMATIQUE à partir de 10 ans. Une heure. Trois personnages. Deux présences. Une absence. Dans un appartement sous les toits, coupés du monde, deux hommes cohabitent, se jaugent, s'affrontent. Elle n'est pas là, pas encore. Pourtant, tout en elle résonne dans la pièce : son parfum dans l'air, son nom sur les lèvres, son souveni...
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