Connexion : Adhérent - Invité - Partenaire

D.R.
Article de Patrick Adler
C’est comme ça
Au Théâtre La Pépinière

Il est diablement doué, Marc Arnaud (Molière 2022 du meilleur seul-en-scène). Il a choisi de rire... du deuil ! C'est noir, grinçant mais jamais cynique, c'est même sensible, délicat, cette approche de la perte d'un être cher - ou pas - avec son lot de remords, regrets, secrets dévoilés, le tout avec humour. Voilà une comédie enlevée, brillante, servie par six formidables comédiens.
C'est comme ça... qu'on la voit et comme ça sans doute que vous allez l'apprécier.
Il n'a pas de chance, Mathias (formidable Gregory Montel). Sa mère (inénarrable Florence Muller) meurt, son enterrement est programmé le jour de la naissance de sa fille. Choix cornélien : comment expliquer à Sarah, sa femme (convaincante Manon Kneusé) qu'il ne pourra assister à l'accouchement ? D'autant qu'il n'est pas aidé dans son choix par son propre père (Edgar Givry est impeccable en parangon de pleutrerie) et sa sœur névrosée (drôlissime Eléonore Joncquez). Car... ô surprise, la défunte est quelque part vivante puisqu'elle réapparaît à Mathias et vient le vampiriser. Que vous croyez ou non aux fantômes, elle est là, bien là sur scène, même si elle n'apparaît qu'à lui. La Génitrix moderne poursuit donc son travail de démolition. On devine le rapport amour/haine qu'ils ont dû développer de leur vivant. Comme Brasse-Bouillon et Folcoche. Cela explique sans doute l'irrésolution et l'angoisse continues de ce fils qui, même en s'éloignant d'elle - il ne la voyait quasiment plus de son vivant - est effrayé en la voyant réapparaître.

Marc Arnaud décrit avec finesse la psychologie familiale face au deuil. Dans le discours qu'ils doivent préparer - chacun cache sa joie ! - et où chacun se refile la patate chaude pour finalement la confier au curé (irrésistible Benjamin Guillard), les masques tombent : le père, devenu "veuf joyeux", semble libéré d'un poids, la fille, choquée, garde le cap et incarne la tradition et la bienséance, s'offusquant même de certains propos, qu'elle juge déplacés : "Gentille, vive et futée, vous n'avez trouvé que cela ? On dirait l'enterrement d'un labrador", c'est elle qui remet les choses en place et enjoint chacun à trouver les mots idoines pour le dernier voyage. Le curieux mélange des propos de chacun dans cet exercice donnera pour finir un gloubi-boulga des plus cocasses, magnifiquement servi par le prêtre, trop heureux d'être mis à l'honneur.
La mise en scène est ingénieuse : à noter l'utilisation du cercueil qui fait aussi office de table de salon pour l'écriture du discours, les lumières très étudiées de François Leneveu et les costumes de Camille Pénager qui n'hésite pas sous le costume de deuil de la tornade maternelle à dévoiler une tenue de soirée des plus "hype et chic" : robe en lamé bleu électrique, fourrure surmontée d'une fleur très "colorée", talons hauts, effet waouh !

On ne peut que louer, une fois encore, cette distribution étincelante qui entoure Florence Muller. Elle campe avec justesse et humour cette mère envahissante, acariâtre et en même temps sensible, sans jamais tomber dans la caricature. Grégory Montel est touchant et drôle, c'est un adorable Buster Keaton parlant, Manon Kneusé assume en Sarah sa grossesse et son désarroi face aux aléas du planning, Eléonore Joncquez nous décroche des éclats de rires en cascades en campant la sœur hystérique, la secrétaire de mairie en mode "influenceuse foldingue" et la responsable du funérarium très "habitée", Edgar Givry joue un père désabusé, un brin cynique et, last but not least, le "fou du roi", génial Benjamin Guillard, nous offre son meilleur en menant la danse , à égalité avec la mère puisque c'est lui en curé survolté et... surbooké qui tient le planning et va, comme une star télévisuelle, prendre la lumière, à l'instar de l'autre rôle qu'il campe : l'ange mué en animateur de jeu façon "Qui veut gagner des millions". Quel rythme pour une death-party ! Il faut suivre... et pas que le corbillard !

Vous l'aurez compris. C'est loufoque, mais pas que. C'est intelligent, ça parle à chacun. C'est brillant. C'est comme ça !
Paru le 28/11/2025

(25 notes)
C'EST COMME ÇA
PÉPINIÈRE THÉÂTRE (LA)
Jusqu'au dimanche 29 mars 2026

TRAGI-COMÉDIE. Rien ne va plus à La Roche sur Yon : la femme de Mathias doit accoucher jeudi mais Gisèle, sa mère, a choisi de lui casser les pieds jusqu’au bout ! Personne n’est là pour simplifier sa vie : un père mou et égoïste, une frangine génialement névrosée, un curé survolté et peu arrangeant et, pour cou...

Voir tous les détails