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D.R.
Zoom par Patrick Adler
Avignon - Les garçons de la bande.
Théâtre du Roi René

C'est sans doute un des événements majeurs en Avignon. Trois grosses productions se sont unies pour créer au théâtre une pièce américaine mythique, née en 1968 à Broadway, passée à l'écran avec le succès qu'on sait en 1970 : « Les garçons de la bande ». L'affaire fait grand bruit ici, il se chuchote jusque dans les allées de l'Oulle qu'elle pourrait redevenir une « incontournable » du théâtre en 2025, après ses premiers pas au Théâtre du Roi René. La raison est simple : le sujet est plus que jamais d'actualité et le traitement opéré par Antoine Courtray - qui signe l'adaptation et la mise en scène - comme le choix du casting - au cordeau - laissent à penser que le succès est - forcément - au rendez-vous ! Je confirme : le pari est réussi !
Dans l'histoire, alors que les émeutes de Stonewall n'ont pas encore eu lieu, les prémisses de la libération sexuelle apparaissent. Les gays sont des parias (condamnables, de surcroit) puisque l'homosexualité est encore vécue comme maladie mentale. Alors, on se retrouve chez l'un ou chez l'autre. Ils n'ont pas pris une ride, ces « Garçons de la bande ». On les retrouve dans un grand penthouse New-Yorkais - valeur refuge - avec son large canapé central comme dans « Friends ». Et nous voilà embarqués avec eux dans un huis clos qui, joyeux et même électrique - on y danse même sur des airs de disco - va peu à peu devenir pesant avec l'arrivée inopinée d'Allan, le seul hétérosexuel du groupe. Allan est un ancien camarade de fac de Mickael, l'hôte. Allan ne connait pas les codes du groupe et nourrit même une forte homophobie à leur encontre. Sa présence va agir comme un grain de sable dans l'engrenage. Après une violente altercation où les coups et injures pleuvent, où chacun va devoir ensuite soigner ses petits bobos, panser ses plaies, les langues se délient, le groupe se fissure, les rancunes et les névroses de chacun se font jour. Le ton est acerbe, voire cruel. Si l'idée de départ était festive - on fête l'anniversaire de Harold - à l'arrivée, on tombe de haut et en rafales.
La grande réussite de l'adaptation d'Antoine Courtray tient à la fluidité de son texte qui ne cède ni à la mièvrerie ni aux stéréotypes et conserve même l'âpreté, la dureté et la désespérance de l'œuvre originelle. C'est immersif, humain, tellement humain, ça parle à tout un chacun, toutes ces solitudes, ces fausses joies, ces frustrations. Michael, l'hôte du lieu, ne veut voir que du non-dit chez Allan. Son stratagème visant chacun à faire son outing dans son « jeu de la vérité » personnalisé accentue la tension. Les masques tombent, comme les fragilités. Dans cette atmosphère douloureuse et sensible, on se prend d'amour pour chacun des personnages qui défendent leur besoin de liberté, d'indépendance comme leur soif inextinguible d'amour. C'est puissant et beau, comme chez Amistead Maurin. Et c'est à voir. Forcément. Absolument.
Plus d'informations : www.theatreduroirene.com/
Paru le 06/07/2025