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Henri Courseaux
D.R.


“Une chaîne anglaise”
La saison passée, Henri Courseaux interprétait l'un des personnages phares de "Zoo" dans la mise en scène de Jean-Paul Tribout. Les deux artistes sont à nouveau liés au Théâtre 14 dans "Une chaîne anglaise" d'Eugène Labiche.
Henri Courseaux
Le comédien y interprète
"Une chaîne anglaise", d'Eugène Labiche. Occasion pour lui de laisser libre cours à ses multiples talents, car Monsieur chante aussi...

Longue silhouette joliment chapeautée, il pousse la porte du bar, file droit devant lui, revient sur ses pas... Oh, oh, je suis là ! C'est parti. Une pièce peu connue... "C'est un pur divertissement, mais ce qui est frappant c'est la précision de l'écriture, ce sens incroyable des dialogues, on ne peut rien ajouter ni retrancher, c'est musical." Quiproquos, dialogues surréalistes et couplets chantés... Les ficelles du succès sont bien là, qui mettent en lumière les absurdités bourgeoises d'un autre âge, au milieu desquelles Henri Courseaux s'en donne à cœur joie. Comédien discret mais de grand talent, sorti du Conservatoire national d'Art dramatique de Paris en 1970 avec un 1er prix de comédie moderne et un 2e prix de comédie classique. Par esprit d'indépendance, il refuse en 1972, puis dans les années 80 d'entrer à la Comédie-Française. "L'idée d'être enfermé et de retrouver toujours les mêmes visages ne me convenait pas. Je voulais me frotter à ce métier dont je considère que le côté sain est ce changement perpétuel qui évite la macération. Je l'ai quelquefois payé très cher, car ce n'est pas toujours évident !"

"Nous sommes dans un système qui broie la pensée, la réflexion, il faut absolument organiser une résistance"

À son actif cependant, de très beaux rôles, plus de 45 pièces aux registres divers, cinéma, télévision... Particulièrement sensible aux textes, il prend plaisir à écrire lui-même, travaille treize ans l'opéra, sa voix prenant les couleurs du ténor lyrique. Sur les scènes de France, il chante aussi de belles chansons dont il est l'auteur, le compositeur pour nombre d'entre elles, et pour prouver que dans une société vouée au mercantilisme, la qualité peut s'imposer, il se bat. "Nous sommes dans un système qui broie la pensée, la réflexion, il faut organiser une résistance. Ainsi, je m'occupe dans le Quercy, d'un Festival de chansons à textes, et je vous assure que nous avons tous les publics, y compris les jeunes." Sans perdre un instant votre regard, comme pour mieux s'assurer de votre écoute, le comédien s'exprime ; ses propos chantent l'exigence et la conviction que, même encensé par les critiques, applaudi par le public, face aux répétitions, il demeurera toujours un débutant. L'humilité des grands, qu'il oubliera lorsque le long travail de fond accompli et le moment venu, il fera de la scène ce petit espace sacralisé où il jouera tout en pensant à la femme qu'il aime ou à ses problèmes financiers. Fait-il sienne la thèse de Diderot selon laquelle le grand acteur est celui qui ne ressent rien, et seul l'acteur qui n'est rien peut être tout ? "Oui, je suis complètement dédoublé, c'est ça le paradoxe du comédien. Lorsque vous conduisez une voiture, vous n'êtes pas la voiture, vous êtes au volant et vous pouvez penser à autre chose. Un rôle se conduit de la même manière, mais, une fois le travail fait en amont c'est le corps qui parle, et cette disponibilité d'esprit se teinte de votre imaginaire."



Trois questions à...
Jean-Paul Tribout
qui signe la mise en scène

Comédien, metteur en scène et directeur artistique du Festival de Sarlat, il ne dédaigne pas la légèreté.

Comment aborder aujourd'hui une pièce peu connue, non porteuse de message, écrite en 1848 ?
C'est vrai que là je sors d'un texte de Vercors véhiculant des questions du genre "qu'est-ce que l'humain ?" ! Avec Labiche, je suis confronté à un texte de pur divertissement. Ma volonté a donc été de retrouver la véritable tradition du vaudeville qui mélange la musique et le jeu. C'est un théâtre extrêmement jubilatoire qui pourrait correspondre à la musique d'Offenbach.

Labiche utilisait souvent des airs connus pour y glisser ses paroles. Quel parti avez-vous pris pour les couplets chantés ?
Ces airs "connus" sont aujourd'hui introuvables. La musique a donc été spécialement composée pour la pièce par Olivier Holt. Nous avons cherché à retrouver des références qui vont d'Offenbach à la variété la plus contemporaine, en passant par les Beatles et le rock. Des musiques qui correspondent pour nous à ce que représentaient des airs de l'époque pour les spectateurs de 1848. J'ai également réécrit des bouts rimés dans l'esprit de Labiche, avec la modernité actuelle.

En imposant sa vision, la mise en scène devient "un art autonome" à la fin du xixe siècle.
Quel metteur en scène êtes-vous ?
Après avoir monté plusieurs pièces donnant matière à réflexion, je me suis rendu compte que je les montais toujours dans la légèreté. Je pense que cela ne nuit pas à la réflexion. Il n'y a pas d'un côté les choses légères, et de l'autre les choses intelligentes. Ici, nous sommes dans la légèreté pure. C'est plus difficile. Quand la forme prime sur le sujet, cela revient à faire du théâtre avec des bulles de savon. C'est là qu'intervient la virtuosité des acteurs, et les miens sont formidables !
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 31/01/2005

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