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D.R.


Jean-Louis Thamin
Le temps des “Confidences”
Il a dirigé deux centres dramatiques nationaux, Nice, pendant sept ans, puis dix-sept années durant, Bordeaux qu'il bâtit de toutes pièces. Avec sa nouvelle compagnie, il monte "Les Fausses Confidences" au Silvia-Monfort.
Vous avez programmé deux mois de répétition. Marivaux est-il si complexe à jouer ?
C'est un auteur assez secret, enfermé, qu'il faut beaucoup travailler. Il y a une première couche, l'intelligence, la jovialité, le comique du texte. On parle à son propos de marivaudage, mot que je déteste. En fait, Marivaux a écrit des tragédies ressemblant à des comédies. On trouve dans ses personnages, toujours obligés d'abandonner quelque chose d'eux, un déchirement qui va très loin.

Comment résumeriez-vous l'œuvre ?
Nous sommes dans une pièce bourgeoise. Araminte est une richissime veuve. À l'opposé, Dorante, son intendant, ne possède rien. Elle tombe amoureuse presque inconsciemment et met trois actes pour se l'avouer. Autour d'elle, le clan mené par sa mère (elle veut lui faire épouser un comte), désapprouve. Mais il y a un personnage fondamental, très mystérieux qui s'appelle Dubois (rôle joué par Patrice Kerbrat, ndlr). C'est un valet. Il a travaillé pour Dorante avant que celui-ci, à court d'argent, ne soit contraint de le renvoyer. Il œuvre (c'est une sorte de Vautrin) pour - à force de fausses confidences - marier sa nouvelle maîtresse et son ancien patron.

Chez Balzac, Vautrin agit par amour. Est-ce aussi le mobile de Dubois ?
C'est curieux. De Marivaux, on ne sait rien de sa vie ou presque. À mon avis, c'est un immense pervers ! (Rires.) Il y a des choses complètement secrètes dans le texte. Il existe entre Dorante et Dubois un rapport très ambigu. On se demande si l'affection de Dubois ne va pas plus loin ! Marivaux dit tout sans rien dire. Avec Sade, Restif de La Bretonne et Crébillon fils, on sait où l'on va. Avec lui, jamais ! Il est aussi énigmatique que Beckett.


Qu'est-ce qui caractérise votre mise en scène ?
Vous le verrez le 2 février ! (Rires.) Le bébé n'est pas encore tout à fait né. Mais je peux vous parler de mes intentions. J'insiste sur le côté balzacien. C'est la dernière pièce en trois actes de Marivaux. Il y a l'amorce d'un autre théâtre, l'ouverture (avec beaucoup d'avance) sur un autre siècle. Dorante a toutes les caractéristiques du héros préromantique, fragile. Dubois est toujours en train de le remettre en selle. Signe des temps, c'est l'homme du peuple qui lui donne son énergie. J'insiste également sur le côté nocturne et le complot. Je veux enfin montrer l'irrationnel, quand, arrivé au milieu de la pièce, comme souvent chez Marivaux, tout se déglingue.

Vous avez mis en scène des opéras. Peut-on opérer un rapprochement entre Marivaux et Mozart ?
Oui, il y a des côtés mozartiens dans ce dialogue codé. Durant la scène entre Araminte et Dorante, les protagonistes échangent des mots apparemment superficiels, mais l'amour circule entre eux. C'est un moment mozartien par excellence.

On parle toujours des difficultés du théâtre. De votre côté, qu'est-ce qui vous rend optimiste ?
Optimiste, je le suis depuis toujours. Si le cinéma ou la télévision avaient dû prendre le pas sur lui, il aurait déjà disparu. Le théâtre a la vie dure et les gens l'aiment. C'est un besoin fondamental comme le manger et le boire. Et l'amour !
Interview par Philippe Escalier
Paru le 03/02/2005

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