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© Fabienne Rappeneau
Dossier par Philippe Escalier
Mondial Placard

Le Tristan Bernard affiche la comédie de Côme de Bellescize, créée le 29 septembre 2023 au Théâtre Jacques Carat à Cachan, avec notamment Benjamin Wangermée dans un rôle inattendu.

Côme de Bellescize
L'auteur et metteur en scène

À 43 ans, Côme de Bellescize, met en scène sa huitième pièce. À l'instar des précédentes, « Mondial Placard », qui aborde la question du genre dans l'entreprise, est une comédie centrée autour d'un thème de société. L'auteur, qui a toujours adopté une démarche non moralisatrice, laissant toute sa liberté au spectateur, s'est d'abord lancé dans un travail de sociologue. « Le point de départ est l'épisode « Me Too » qui nous a ouvert les yeux sur des dysfonctionnements systémiques. La remise en cause de la notion de patriarcat est devenue un point de questionnement central pour toute la société. Par ailleurs, l'entreprise est un univers qui m'a toujours passionné, un lieu d'expérimentation des relations humaines très important. J'ai décidé de rencontrer des femmes d'affaires ou cheffes d'entreprise d'âge divers. J'ai pu collecter des témoignages assez différents et toucher du doigt, au passage, une rupture générationnelle dont je n'avais pas conscience ».

Pour Côme de Bellescize, l'évolution de son style vers la comédie a été naturelle : « J'ai écrit cette pièce durant le confinement, et dans ce climat anxiogène, je me suis senti la responsabilité d'apporter de la légèreté. En tant que spectateur, je suis de plus en plus rétif à l'esprit de sérieux et je supporte de moins en moins que l'on essaie de m'imposer une manière de penser, c'est pourquoi je m'interdis d'être partie prenante. Je veux que le public reparte avec l'esprit joyeux et l'envie de réfléchir sans se sentir pris en otage. Sur un sujet d'actualité : la place des femmes dans l'entreprise et plus largement dans la société, nous brassons les questions avec de l'humour et de la dérision. Dans ma pièce, chacun en prend pour son grade. L'autodérision génère de la distance par rapport à nos propres postures. Pour moi, le théâtre consiste à rassembler des gens aux sensibilités différentes et à leur proposer un espace de réflexion libre et partagé. La comédie étant un moyen merveilleux de coaliser cet ensemble ».


Benjamin Wangermée

À 38 ans, vous avez déjà une belle carrière qui a débuté dès votre sortie du Conservatoire par une pièce de Christophe Honoré dans le In d'Avignon. Avant de jouer votre troisième pièce de Côme de Bellescize, vous avez tenu le rôle-titre dans « Edmond » pendant 3 ans. Que retenez-vous de cette expérience assez unique ?
« Edmond » est un rôle magnifique et très exigeant, puisque j'étais sur scène pendant toute la pièce. J'ai arrêté pendant un an ce qui m'a permis de jouer la précédente pièce de Côme de Bellescize, « Tout brûle, so what ?» en tournée principalement. L'alternance mise en place à mon retour m'a donné une vraie marge de manœuvre pour d'autres projets. « Edmond » m'a permis à la fois de travailler sur une figure historique, emblématique et connue à l'étranger, mais aussi de participer à une flamboyante fantaisie puisqu'Alexis Michalik, très adroitement, a pris quelques libertés. Et ça, pour le comédien, c'est un gage de formidable diversité !

Quid de « Mondial Placard » où vous créez la surprise !
C'est encore un rôle génial, dans une pièce loufoque, menée sur un rythme trépidant, parlant de la parité dans le monde de l'entreprise. Dans une boite un peu vieillissante, sept profils très différents sont réunis. Mon personnage, qui est un peu bas de plafond et donc passionnant à jouer, se fait sucrer son avancement par une collègue. Il en déduit que c'est plus simple d'être une femme et décide de se travestir. C'est pour moi l'occasion de construire une figure féminine tout en exprimant les folies qui grandissent dans la tête du bonhomme. Une dualité très drôle qui l'entraine dans un vertige identitaire et l'amène à ne plus savoir qui il est. Avec Côme, nous avons voulu créer une silhouette étonnante qui sorte du travesti habituel d'autant qu'avec sa pièce, il a réussi une pièce pleine de références et de clins d'œil au boulevard tout en restant très moderne.

Concernant votre travail à l'écran, jouer si longtemps « Edmond » a-t-il été un frein ?
Oui, un peu, d'autant qu'il fallait que je garde ma moustache. J'ai donc tourné assez peu. Mais récemment, j'ai joué dans le long-métrage d'Isabelle Brocard « Madame de Sévigné » qui sort fin février 2024 et dans lequel j'incarne le jeune Louis XIV qui manifeste un certain intérêt à Françoise de Sévigné, la fille de la marquise. C'est un beau film d'époque mais très connecté à des problématiques actuelles.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur « Mickaël », un seul en scène que vous avez écrit et joué ?
À l'adolescence, j'ai été très fan de Mickaël Jackson. Je répétais les pas de danse comme un forcené. Ce fut une fan attitude un peu obsessionnelle, ma bulle à moi qui m'a tout de même permis de faire ce qui allait être mon métier : travailler, répéter, perfectionner. Je voulais parler de cette période de jeunesse, de fragilité, de solitude, où l'on se cherche et où l'on commence aussi à construire. En parallèle, se déploie la relation chaotique entre un père et son fils qui, petit à petit, vont réapprendre à communiquer et à s'aimer. Je l'ai joué deux années durant à Avignon avant que la découverte de sa part d'ombre ne vienne tout ralentir. Mais je viens d'en faire un court métrage qui est en finalisation dans lequel j'intègre toutes les facettes de sa personnalité. C'est un projet auquel je suis très attaché, j'espère qu'il pourra tourner en festival. Je serai aussi heureux de le reprendre sur scène.
Paru le 16/01/2024

(14 notes)
MONDIAL PLACARD
THÉÂTRE TRISTAN BERNARD
Jusqu'au mardi 30 avril

COMÉDIE. Lorsque Marion est nommée directrice des ventes de Mondial Placard, les cadres masculins de l’entreprise se persuadent qu’ils sont victimes de discrimination. L’un d’eux décide alors de se travestir en femme pour dénoncer l’injustice…

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