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© Bruno Tocaben
Interview par Philippe Escalier
Clémentine Célarié
époustouflante dans « Je suis la maman du bourreau »

Clémentine Célarié a transformé son immense coup de cœur pour le texte de David Lelait-Helo en un spectacle envoutant à l'affiche de la Pépinière Théâtre. Avec nous, elle revient sur sa vie et son seule en scène qui a bouleversé le festival d'Avignon 2023.
Comment s'est faite la rencontre avec « Je suis la maman du bourreau » ?

Après avoir vaincu ma maladie, je n'avais qu'une hâte, c'était retravailler. Avec mon producteur et ami, Jérôme Foucher, je cherchais un spectacle pour faire un autre Avignon. J'ai lu beaucoup de choses, je suis revenue à Maupassant, je me suis intéressée à Zola. Je voulais quelque chose de singulier et de puissant. Un jour, j'étais à Crozon où une copine, Catherine, est la libraire du lieu. Je lui ai demandé si elle n'avait pas un livre avec un personnage féminin très fort à me proposer. Elle m'a tendu : « Je suis la maman du bourreau ». J'ai eu un coup de foudre absolu. Jérôme a demandé les droits. J'ai appelé David Lelait-Helo. J'avais lu « Poussière d'homme » et je trouve qu'il y a chez cet auteur une formidable intensité des sentiments. Ce que j'aime dans cette pièce, c'est le dilemme paradoxal, à la fois l'amour absolu et la confrontation avec l'horreur et les déchirements qui en découlent.

Quand on vous voit sur scène, quand on observe votre jeu, que l'on est happé par votre personnage et que l'on est traversé par des émotions dingues qui, à la fin, éclatent quand toute la salle se dresse comme un seul homme pour vous applaudir, on peut se demander comment vous travaillez vos personnages et comment vous atteignez un tel degré de perfection?

Ce que vous dites me touche beaucoup. Cela me donne envie de m'interroger encore davantage, d'autant que je suis en train d'écrire un livre sur mon métier, ma passion. À partir du moment où j'ai un coup de foudre, je suis reliée au personnage tout le temps et je ne suis jamais en repos. J'ai fait l'adaptation, David Lelait-Helo m'a fait confiance, ça m'a traversée comme si le texte avait été écrit pour moi. Tout est venu naturellement, y compris la mise en scène.

Quand j'ai préparé Avignon, j'étais obsédée. Je ne pensais qu'à mon texte. J'ai regardé des films traitant du même sujet, j'avais besoin d'observer des camarades de jeu, de voir des fictions, tout en lisant et relisant mon texte. J'ai repensé à des personnes de ma famille et de mon entourage qui m'ont marquée par leur pureté. Je recherche la pureté et je crois en la pureté des êtres, ce n'est pas pour rien que je fais ce spectacle autour d'une femme qui se prend pour la fille de Dieu. J'étais tellement imprégnée par mon personnage qu'il m'a fallu m'entrainer à me reposer la tête. Dans ce travail, mes fils m'ont aidée en me disant de ne surtout rien surligner, que tout était clair et qu'il ne fallait pas faire de mon personnage une caricature de son milieu social.

J'ai regardé « Le Silence des agneaux » pour m'aider à exprimer une froideur que j'ai toujours du mal à avoir et que je trouvais intéressante à travailler. Il fallait simplifier et dédramatiser. Pour Paris, je me suis préparée physiquement pour être entrainée, avoir du souffle et être tonique. Mais lorsque j'ai joué à Avignon, le rôle m'a dévorée. J'évitais d'aller au soleil pour garder une peau blanche. Je voulais être dans l'état second qui caractérise mon personnage. Il s'est d'ailleurs passé pas mal de choses autour du spectacle. Dans cette histoire d'un amour dévorant, le public est touché, il se sent concerné. Je me suis même posée des questions sur l'éducation de mes enfants, on influe sur eux, parfois sans le vouloir ou sans s'en rendre compte. Jeune, maman m'a mise en pension chez les bonnes sœurs, j'ai eu envie de devenir l'une d'elles un moment donné. Mais comme je suis une grande passionnée, j'aurais été amoureuse de tous les curés (rires). À 16 ans, elle m'a amené au théâtre et là, ça m'est tombé dessus d'un coup : tout était réuni, la beauté, la bonté, le sacré, en dehors du monde. C'est aussi ce que j'aime chez mon personnage, c'est qu'elle est en dehors du monde !

Clémentine, où en êtes-vous de l'adaptation de votre livre écrit sur votre cancer, « Les Mots défendus ?

J'ai eu un problème avec cela depuis que j'ai rencontré les personnes extraordinaires de la maison RoseUp dont je parle tout le temps car c'est un endroit incroyable où les femmes qui ont eu un cancer peuvent aller et où elles sont entourées et écoutées. Depuis, je me dis que je ne peux pas parler uniquement de mon cancer, il faut que je puisse parler de ce que les autres ont vécu. J'ai décidé d'inclure dans la mienne, l'histoire de toutes ces femmes que j'ai rencontrées. J'ai un projet d'ateliers théâtre pour les amener dans la force que peut apporter l'imaginaire. Pour que l'on puisse se dépasser dans nos émotions, se dépasser soi-même en incarnant autre chose que soi. Croire en quelque chose d'autre, c'est, avec mes enfants, ce qui me sauve. La vie, limitée à la gagner et faire des diners, ce n'est pas ça pour moi ! C'est dire des conneries avec les copains, franchir les limites, jouer « Une vie » 150 fois, être libre de vivre avec qui l'on veut, créer des projets, être fou, grandir, toujours grandir !
Paru le 22/01/2024

(66 notes)
JE SUIS LA MAMAN DU BOURREAU
PÉPINIÈRE THÉÂTRE (LA)
Jusqu'au samedi 4 mai

SEUL-E EN SCÈNE. Elle aimait un ange, il était le diable. Quand Gabrielle découvre quel monstre est vraiment son fils adoré, il est déjà trop tard… Sous l'armure de cette femme sévère, éclate le cœur en miettes d'une mère. Comment survivre à la trahison ultime ? Où peut la mener son amour de mère ? Vacillante, Gab...

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