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© BrunoPerroud
Interview par Jeanne Hoffstetter
Les chaises
Bernard Crombey et Frédérique Tirmont

Scandale à sa création, la pièce de Ionesco a fait depuis couler beaucoup d'encre, quand l'auteur, lui, déclarait ne jamais s'être autant amusé en écrivant une pièce. Bernard Crombey et Frédérique Tirmont sont les interprètes que Thierry Harcourt, le metteur en scène, rêvait de réunir pour incarner ce couple de vieillards.


Pour mémoire : Un couple de vieux décide de mettre fin à la vacuité de sa vie en se donnant la mort. Mais avant, le Vieux a un message à faire passer au monde entier. La fête s'organise, le délire s'installe...

Dans la longue liste des pièces que vous avez jouées l'un et l'autre, Ionesco n'apparait pas. Une première ?
Bernard Crombey : En effet mais j'ai cependant un lien particulier avec son théâtre. Pour le cours Simon, j'avais préparé une scène de "La leçon" et je suis sorti avec le premier prix. Ensuite, je suis sorti du Conservatoire avec un prix de Comédie pour "La leçon" ! Donc, vous voyez, je suis lié à Ionesco et c'est très émouvant pour moi de le retrouver 50 ans après !
Frédérique Tirmont : Oui c'est la première fois, et c'est aussi la première fois que je joue avec Bernard qui est un ami depuis le Conservatoire en 1971. Les chaises est donc aussi une histoire d'amitié qui voit le jour grâce à Thierry.

A ce stade de votre travail, comment ressentez-vous la pièce et à quelles difficultés devez-vous faire face ?
F.T : C'est une farce tragique sur le néant, les regrets, l'absence et le non-sens de la vie. Mais en même temps, on ressent cet amour qui unit les deux vieux. La pièce a été tellement jouée, analysée qu'il faut, sans en changer le sens, trouver autre chose dans l'intérêt de la monter de nouveau, comme jouer l'histoire d'amour entre ce couple qui a décidé de mourir. Pour moi, il faut s'arrêter simplement à l'idée de vide et de tragi-comédie. On est encore au stade de la recherche mais quand on commence à travailler sur ce vide sidéral, on y découvre des moments d'intense poésie, et c'est sublime. Je pense qu'après, les gens trouvent ce qu'ils ont envie de trouver, et c'est ça le propre des chefs-d'œuvres ! Sinon, oui, c'est un texte très dur à apprendre je ne vous le cache pas, car il n'y a aucune logique, aucune réplique parlante à quoi se rattraper. Donc il faut que l'on se crée un suivi dans cette abstraction.
B.C : On est vraiment sur l'incommunicabilité face au monde mais ces deux êtres qui jouent à la vie à la mort comme deux enfants, c'est tellement vivant ! On est presque dans du Charlie Chaplin, dans un drame dont on sort parfois par l'enfance que l'on garde en soi. La pièce n'est pas simple, mais elle est magnifique et elle va être complètement redécouverte par le style de jeu que nous allons apporter et la mise en scène de Thierry Harcourt. Au lieu d'étirer les personnages et les situations comme cela s'est souvent fait, nous allons jouer la pièce en 1heure 05. Vous imaginez la densité de jeu que nous allons apporter ! Ça va toucher les gens directement parce que dans l'actualité assez inouïe de ce monde qui avance aujourd'hui, on ne sait plus où se trouve l'absurdité. Et tout est déjà là dans ce que Ionesco a écrit il y a 70 ans, c'est pour ça qu'il est à revisiter aujourd'hui !
Paru le 27/01/2024

(12 notes)
CHAISES (LES)
THÉÂTRE DU LUCERNAIRE
Jusqu'au dimanche 10 mars

COMÉDIE DRAMATIQUE. La vie ne serait-elle pas tout simplement un espace-temps un peu fou entre la vie et la mort ? Les êtres humains ne sont-ils pas tous capables de réactions plus ou moins incohérentes, lorsqu’ils approchent de l’abîme ? C’est la situation de la pièce, celle de deux êtres plongés dans une solitude e...

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