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Tasha Ward


La Bête
Donnée au théâtre du Marais, cette pièce en alexandrins d'un jeune auteur américain, est une œuvre magistrale, inclassable et géniale. Une merveilleuse surprise!

Il est des spectacles fascinants, difficiles à oublier, au point de nous donner l'envie de retourner les voir, toutes affaires cessantes. "La Bête" est de ceux-là.
Jugez un peu : écrite en vers, dans un style classique, racontant un épisode de la vie de la troupe de Molière à Pézenas, cette pièce, totalement atypique, a été écrite par un américain d'une quarantaine d'année! Avec une fantaisie, une folie et une exubérance peu commune, abordant des thèmes sérieux tout en nous faisant rire, David Hirson se place dans la pure tradition du théâtre du XVIIéme.

Auguste Valère, (Cédric Vieira, époustouflant), est un auteur qui se pique d'avoir du génie et d'être "asservi par les muses antiques"! Volubile, ayant écrit des pièces débiles, il croît néanmoins surpasser Corneille. En réalité, sa vacuité ne peut échapper à Elomire (anagramme de Molière) qui refuse de lui ouvrir les portes de sa troupe pour satisfaire son protecteur, le Prince de Conti, tombé sous le charme de cet idiot bruyant. Reste alors, soit à se soumettre (et continuer à être bien nourri), soit à se démettre en repartant à l'aventure, le ventre creux. David Clavel incarne un Élomire stoïque, incapable de compromission, choisissant la désobéissance afin d'éviter de fréquenter "la bête qui sommeille en tout imbécile"!

Cette bête, David Hirson a choisi de la dépeindre dans le détail. Valère, au centre de la pièce, se shoote avec des mots dont il abuse pour masquer sa sottise. "Bâillonnez-moi" crie-t-il dans un moment de lucidité! Mais, même un bandeau sur la bouche, ce grand fada ne peut cesser son infernal verbiage. Le voilà parti pour un monologue monumental - le record détenu par Cyrano est battu -, que Cédric Vieira rend passionnant. Avec une maestria incroyable, changeant en permanence de registre avec la légèreté d'un oiseau, l'acteur donne à son personnage mille couleurs. L'auditoire est sous hypnose!

Derrière les extravagances de Valère, se cache une critique féroce de la prétention et de la futilité. On y découvre le combat (incessant et incertain) que les idées doivent mener contre l'ignorance. Replacer dans le contexte du Grand Siècle, une charge élégante contre les moyens modernes d'abêtissement, (on pense à la télé par exemple), constitue une belle pirouette, s'inscrivant dans un spectacle qui additionne les surprises. La Compagnie des Barbares, venue de Suisse, a su profiter de la superbe adaptation de Mariem Hamidat (chapeau bas!) et de la mise en scène colorée et festive de Xavier Florent. Sous sa direction, Jérôme Dupleix, Stéfania Pinnelli, Guillaume Lancestre, Laure-Isabelle Blanchet, Frédéric Lugon, Catherine Büchi, Jean Godel, Laurie Catrix et Yves Bertaud, nous donnent toutes les raisons d'aller découvrir une si belle "Bête" au théâtre du Marais.
Zoom par Philippe Escalier
Paru le 05/10/2004

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