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© Michèle Laurent
Yann Reuzeau
Depuis seize ans, Yann Reuzeau, auteur de théâtre, est avec Sophie Vonlanthen à la tête de La Manufacture des Abbesses, un lieu de 120 places qu'ensemble, ils ont orienté vers les auteurs vivants.
Comment regardez-vous ces années passées à la tête de la Manufacture des Abbesses ?
Le bilan est très positif. Avec Sophie Vonlathen, nous sommes très heureux d'avoir relevé le défi de programmer plus de 90 % d'auteurs contemporains. Le public est au rendez-vous pour des spectacles dont nous sommes fiers. Bien sûr, nous avons subi une période très difficile, avec une fermeture administrative que l'on aurait jamais imaginé vivre. Nous affrontons encore les conséquences de ces mois de fermeture, avec, et c'est général, une baisse de la fréquentation. On est donc placés dans une situation d'attente, en espérant des améliorations. Aucune solution miracle face à une situation inédite, il faut travailler à renouveler le public, ce n'est pas facile mais on s'y attelle notamment en proposant des spectacles originaux.

Même si c'est rare, pouvez-vous nous donner un exemple de théâtre non contemporain joué à la Manufacture ?
Dans ce domaine aussi, on écoute nos coups de cœurs comme ce fut le cas avec « La Véritable histoire de Mary Prince », projet construit autour du témoignage d'une esclave antillaise du XIXème siècle, porteur d'une valeur historique particulière. Il réunissait des critères importants pour nous.

Que pourra-t-on voir à la fin de l'année et comment se fait votre programmation?
Cette période sera marquée par trois spectacles. « Un bon job » de Stéphane Robelin, « Table rase » par un collectif de sept autrices et « Ces filles là » d'Evan Placey, une pièce sur la harcèlement.
La programmation se fait sur sélection de dossiers avant de faire des auditions. Il y a aussi des compagnies que l'on suit, ayant donné plusieurs spectacles ici, avec lesquelles nous avons une histoire commune et auxquelles nous prêtons une oreille attentive, quand on a connu une belle histoire, on a envie de la prolonger. Il y a aussi le festival d'Avignon, idéal pour découvrir de nouvelles compagnies.

Vous arrivez à garder du temps pour l'écriture ?
J'essaie de le trouver oui. Mais je suis toujours en train d'écrire ou de penser à une nouvelle histoire. En ce moment, je réfléchis au prochain projet mais j'étais très concentré sur « De l'ambition » ma dernière pièce centrée sur l'intime, autour de jeunes qui se cherchent au moment d'aborder la sortie du lycée. Je les ai mis en scène et avec eux, nous avons fait 60 dates.

Le casting a été difficile à faire ?
C'est un travail particulier en effet. Il y a des rôles assez intenses, exigeants, et des personnages très jeunes. Il fallait des acteurs dans ces tranches d'âge pour être crédibles. Le casting a été long, mais avec Julian Baudoin, Clara Baumzecer, Gaia Samakh, Gabriel Valadon, et Ines Weinberger, j'ai trouvé cinq comédiens dont je suis fier. Certains sont toujours en cours. J'ai dû les accompagner, les aider à grandir, c'est la première fois qu'ils jouent une pièce aussi longtemps. Mais c'est très beau de les voir naitre dans leur carrière.
Interview par Philippe Escalier
Paru le 05/01/2023