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© Laurent Schneegans
François Rabelais
Portrait d’un homme qui n’a pas souvent dormi tranquille
Derrière les mots et les éclats de rire de Rabelais se cache un épisode plus douloureux : la peur, la fuite sous peine de ne plus pouvoir défendre sa liberté de s'exprimer. Une fuite, plébiscitée par la presse et le public, que nous conte Jean-Pierre Andréani, Philippe Bertin et Michel Laliberté au théâtre Essaïon.
Philippe Bertin
co-auteur avec Jean-Pierre Andréani (également le metteur en scène), et interprète de Rabelais.

« Le spectacle commence le lendemain du jour où Etienne Dolet, son éditeur, est brûlé publiquement place Maubert à Paris et qu'un théologien de la Sorbonne vient lui apprendre la nouvelle. Rabelais, menacé, est obligé de fuir ses ennemis s'il veut continuer à écrire, soutenu par ses protecteurs dont Mgr. du Bellay, ambassadeur auprès du pape. Nous avons écrit ce texte parce que le XVIème siècle, celui des grandes découvertes et des inventions, nous passionne. C'est à ce moment-là que quelques prémices de la démocratie dans laquelle nous vivons voient le jour et nous avons trouvé intéressant de montrer que ce monde n'aurait pas été possible sans des gens comme Voltaire, Rousseau, ou Rabelais qui, derrière son humour et son immense créativité de langage, passe son temps à fuir pour arriver à dire ce qu'il veut dire. Pourtant, aujourd'hui, les ennemis de la connaissance et de la liberté sont toujours à l'œuvre et on est fiers d'avoir fait une pièce divertissante qui y fait écho. Avec « La guerre Picrocholine », la fin de cette partition pour deux acteurs est un feu d'artifice dans la langue de Rabelais ! J'ajoute que la réussite de ce spectacle doit aussi à l'extrême précision dont fait preuve Jean-Pierre Andréani dans sa mise en scène. »

Michel Laliberté
codirecteur du théâtre Essaïon, interprète sept personnages

« On sait peu que Rabelais a été poursuivi une grande partie de sa vie et on a eu envie d'en parler ; de mettre l'accent sur sa peur et sa fuite. Heureusement, face à ceux qui le pourchassaient, il avait des protecteurs, comme l'évêque du Bellay, François 1er et Marguerite de Navarre. Aujourd'hui, cette époque de wokisme me fait peur, parce qu'à partir du moment où on n'ose plus appeler un chat, un chat, on s'éloigne de la vérité. Alors que Salman Rushdie a été poignardé et Samuel Paty assassiné, on se dit que l'histoire du monde se reproduit à l'infini, que c'est dangereux, et le public le comprend. Tout ça représente l'essence que l'on met dans notre moteur pour faire connaître un des personnages essentiels de l'histoire de France ; et fait aussi partie des raisons pour lesquelles ce spectacle existe. Mes rôles ? Ils sont multiples et interviennent principalement à un moment où Rabelais, sous l'effet d'une forte fièvre, fait un cauchemar. Malgré un rythme très soutenu pour leur donner vie, j'ai un plaisir fou à composer ces personnages qui apparaissent dans des costumes magnifiques et sont si différents les uns des autres. Pour moi, c'est un spectacle essentiel qui nous ramène à la puissance des mots. Si je n'avais pas été comédien, serais-je devenu directeur de théâtre ? Mais l'être me donne cette agréable opportunité de jouer tous les spectacles qui me passionnent. Et notre RABELAIS en est définitivement un ! »
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 02/01/2023
FRANÇOIS RABELAIS, portrait d'un homme qui n'a pas souvent dormi tranquille   (75 notes)
THÉÂTRE ESSAÏON
Jusqu'au lundi 27 mars

COMÉDIE DRAMATIQUE. L’an 1546 à Paris: Dolet, l’éditeur de Gargantua et Pantagruel, vient de périr sur le bûcher. Rabelais, menacé, poursuivi par la Sorbonne, doit s’enfuir, s'il veut continuer par ses écrits, à pourfendre l’hypocrisie et la bêtise, sous le couvert de son humour... Portrait du grand médecin, précurse...