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© Pauline Maillet
Le Dindon
au Lucernaire
Pour la pièce la plus connue de Feydeau il fallait une mise en scène moderne et subtile sachant renouveler le genre. C'est ce que nous propose le Lucernaire avec l'adaptation à la fois fidèle et pleine de surprises de Philippe Person.
« L'amour rend aveugle. Le mariage rend la vue » a dit Oscar Wilde. Chez Feydeau où pourtant l'on passe son temps à se tromper, les choses sont moins tranchées. L'héroïne du Dindon, Lucienne Vatelin, semble être heureuse en ménage et repousse les prétendants à l'adultère que sont Rédillon qui soupire depuis longtemps auprès d'elle et Pontagnac, nouveau venu présomptueux, certain d'emporter la place sous l'effet d'une charge héroïque. La forteresse reste imprenable mais il n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd que le moindre faux pas de Mr Vatelin jetterait sur l'heure son épouse dans les bras de la vengeance et de l'un des deux prétendants. Or, il se trouve que Pontagnac est averti, par une malheureuse confidence de son « ami » peu méfiant, qu'il aurait fauté à Londres. Celle avec qui l'adultère a été commis débarque à Paris et ne demande qu'à remettre le couvert. S'en suit une série de quiproquos dont Feydeau a le secret, faisant souffler sur la pièce un vent de folie.

Aussitôt que le rideau se lève, le spectateur comprend que rien ne sera banal durant cette représentation. Philippe Person s'est situé dans une période plus contemporaine et nous évite la sempiternelle succession de portes qui claquent. Tout est fait pour nous faire vivre la pièce avec autant de tonus mais plus de finesse. Références et clins d'œil ne manquent pas et nous font entendre avec beaucoup d'humour, un texte éminemment riche, bourré d'allusions, souvent salaces du reste, au rythme infernal inhérent au vaudeville. La liste des trouvailles de Philippe Person qui font le charme de son « Dindon » serait trop longue à dresser mais il faut néanmoins dévoiler les deux magnifiques intermèdes musicaux d'une grande douceur chantés par Jil Caplan et qui ont le mérite de faire retomber la frénésie coutumière de Feydeau si bien entretenue par les comédiens. La troupe constitue l'autre bonne surprise de ce spectacle. Florence Le Corre incarne magnifiquement (avec charme et délicatesse) Mme Vatelin face à Philippe Calvario, son époux. Dans ce registre inhabituel pour lui, le comédien fait preuve d'une dextérité remarquable, sachant être époustouflant sans jamais forcer le trait. Philippe Maymat prête son physique avenant et ses grandes qualités d'acteur à Pontagnac qu'il rend plus vrai que nature. Pascal Thoreau sait bien alterner ses deux rôles truculents dans lesquels il s'épanouit. Jil Caplan démontre, pour sa part, qu'elle n'a pas que des qualités de chanteuse et Philippe Person s'est réservé la portion congrue avec les rôles de majordomes avec lesquels il fait deux prestations remarquées. Tous les six, avec drôlerie et légèreté, nous servent ce beau Feydeau sur un plateau permettant à un public ravi de déguster ce savoureux « Dindon » dans un climat de franche allégresse !
Zoom par Philippe Escalier
Paru le 14/11/2022
DINDON (LE)   (7 notes)
THÉÂTRE DU LUCERNAIRE
Jusqu'au samedi 31 décembre

COMÉDIE RÉPERTOIRE CLASSIQUE. Si tu me trompes, je te trompe ! À partir de cette phrase, Feydeau met en place avec génie un hilarant jeu de dominos autour de son thème favori : l'adultère. Deux jeunes femmes jurent de prendre un amant si leurs maris les trompent. Des prétendants, une anglaise excentrique, un anglais de Marseil...