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©Cédric Vasnier
Le Montespan
reprend au Théâtre du Gymnase
Cette pièce autour du mari de Madame de Montespan, opposant farouche de Louis XIV qui lui avait volé sa femme, a créé l'événement en début d'année à la Huchette avant de triompher au Festival d'Avignon OFF 2022. Elle est adaptée d'un roman de Jean Teulé par Salomé Villiers qui l'interprète aux côtés de Simon Larvaron et de Michael Hirch au Théâtre du Gymnase.

Salomé Villiers

Salomé, ce spectacle pour lequel vous avez été couronnée du Molière 2022 de la révélation féminine a été un énorme succès depuis sa création. Au départ, avez-vous été impressionnée par l'ampleur de la tâche ?
Non, ça ne m'a pas inquiété, au contraire j'ai trouvé ça très amusant. Tout part de Franck Desmedt (directeur de la Huchette, ndlr) avec qui je discutais dans les coulisses de « Adieu Monsieur Haffmann » et qui me dit qu'il aimerait que je fasse un projet pour son théâtre. Au même moment, un ami, me conseille de lire « Le Montespan » de Jean Teulé dont j'aime beaucoup les romans. Franck Desmedt aimant les défis, je n'ai pas eu peur de lui proposer cette épopée de 44 ans, avec une centaine de personnages et 21 lieux. Il aime l'idée et me demande une adaptation avec trois acteurs seulement. De cette contrainte est née une forme de liberté, j'ai trouvé l'exercice très ludique. Jean Teulé m'a vivement encouragé et m'a laissé carte blanche. Il y a eu huit versions, passant de 100 à 44 pages aidée par Etienne Launay qui avait déjà sa mise en scène dans la tête.

Franck Desmedt et Jean Teulé sont formidables, ils vous disent « allez-y », mais ce ne sont pas eux qui font le boulot !
(Rires) Non, mais ils ont été très présents, très stimulants. Franck a suivi toutes les étapes du texte. Avec l'incroyable sens de la théâtralité qui est le sien (il a fait lui-même des adaptations) il m'a donné des conseils précieux. Et il n'est pas le seul , Jean Teulé, Thibaud Houdinière ont été très encourageants et nous ont beaucoup aidé ainsi que d'autres amis lecteurs aux regards intelligents et affûtés !

Outre le fait que vous jouez dans « Adieu Monsieur Haffmann », vous avez mis en scène « La Grande musique » qui était aussi sur Avignon cette année. Comment est né ce projet ?
Avec Stéphane Guerin, nous nous sommes rencontrés sur « Kamikazes », sa pièce mise en scène par Anne Bouvier et dans laquelle je jouais. Nous sommes tous restés très liés après ce spectacle. On voulait vraiment retravailler ensemble, je lui ai donné une distribution et il a écrit pour eux. Sans que l'on se consulte, Stéphane Guerin est parti sur le thème de la psychogénéalogie qui me fascine. Sur ce même sujet, j'ai lu « Le Deuil sied à Electre » la trilogie d'Eugéne O'Neill dont je voulais faire une seule et même pièce. La psychogénéalogie peut être une base fascinante pour les histoires de famille, les Atrides en sont la première et magnifique illustration : est-ce qu'on est porteurs des « blessures» de nos aînés ? Comment peut-on guérir de tout ça ?

Pour finir, quel sentiment avez vous ressenti à la réception de votre premier Molière il y a quelques mois ?
Je suis heureuse et fière , je dois dire que c'est un bonheur de travailler avec cette équipe artistique là, et donc avant tout, c'est un Molière collectif pour « Le Montespan » !

Simon Larvaron

Simon, ce qui frappe dans votre parcours, c'est le nombre de rôles historiques que vous avez joués, tant sur scène qu'à l'écran. Comment l'expliquez-vous ?
On me dit souvent que j'ai un visage un peu racé pouvant fonctionner avec des personnages d'époque. Mais je suis très mauvais juge en la matière. Toujours est-il que la première chose importante que j'ai faite en tant que comédien, c'était Charles VIII dans la série «Les Borgia». Il n'est pas du tout désagréable, c'est même un peu grisant, de jouer des personnages historiques, toujours très différents de surcroit, en particulier quand ils sont aussi attachants que Montespan.

Le succès rencontré par « Le Montespan » vous a-t-il surpris ?
Je crois que l'on s'attend rarement à ce qu'un spectacle soit un succès et ce, même si Jean Teulé est un auteur très populaire, «Le Montespan » faisant partie de ses plus grands succès. Les lecteurs ne pouvaient être que curieux de voir comment ce roman pouvait être adapté sur scène, avec ses nombreux personnages et ses 100 lieux différents. L'une des grands prouesses de Salomé Villiers a été d'avoir su condenser cette histoire pleine de rebondissements, en une heure trente, mêlant humour et moments dramatiques, permettant au bouche à oreille de fonctionner immédiatement.

Jean-Philippe Daguerre vous a mis en scène à plusieurs reprises. Comment s'est faite votre rencontre avec lui ?
Je l'ai rencontré sur « Le Monde plat » monté par Etienne Launay, c'est à cette occasion qu'il m'a proposé de reprendre Christian dans son « Cyrano » et de passer une audition pour «Dom Juan». Pour Molière, je n'étais pas disponible devant jouer dans «Beaucoup de bruit pour rien» que mettait en scène Salomé Villiers. Au final, j'ai trouvé un arrangement et j'ai pu jouer «Dom Juan». À la suite de quoi Jean-Philippe m'a proposé de reprendre le rôle de Pierre Vigneau dans « Adieu Monsieur Haffmann » ce qui était aussi un cadeau extraordinaire.

Un mot pour finir sur le cinéma ?
Je dirais que le cinéma n'est pas une obsession pour moi, même si j'aime énormément le jeu à la caméra. C'est une autre liberté que celle du théâtre, c'est un travail de l'intime qui nécessite un climat de confiance avec la personne qui nous dirige. J'essaie que ce soit très joyeux à chaque fois avec les équipes. Dans cet esprit, j'ai eu la chance de tourner dans «Ténor» avec MB14 et Michelle Laroque, sorti il y a quelques semaines. Une superbe expérience qui devrait être suivi à la rentrée par un projet avec Kad Merad, Isabelle Carré et Clovis Cornillac.

Michaël Hirsch

Comédien de talent, Michaël Hirsch est aussi un adepte de seul en scène dont il a fait une spécialité. Les deux derniers qu'il a joués ont parfaitement fonctionné au point de l'occuper à temps plein sur le long terme. Du reste, son « Je pionce donc je suis », magnifique délire sur l'art de se reposer et de dormir a été une nouvelle fois plébiscité cette année dans la grande salle des Gémeaux à Avignon, au point de lui faire dire qu'il vivait « un rêve enchanté ». Avec une foultitude de jeux de mots, tous plus drôles les uns que les autres, piratant nos expressions et slogans favoris pour les ramener au sommeil, il a créé une vingtaine de personnages peuplant un récit envoutant, une fantaisie hilarante magistralement écrite avec Ivan Calbérac. « J'ai eu la chance de faire un travail en profondeur et en douceur qui me correspond (je me sens multiple !) et qui me permet de rendre toutes mes interprétations authentiques et véridiques. »

Une multitude de personnages, voilà qui nous ramène au « Montespan » qu'un concours de circonstances et une pause dans son planning lui permettent d'accepter. Il précise : « Ce texte avec le défi qu'il présente pour moi et ses 19 personnages, ses 37 changements de costumes, m'a vraiment enthousiasmé. Par ailleurs, avec Salomé Villiers et Etienne Launay nous nous connaissons et apprécions depuis longtemps ». Avant d'ajouter « Les spectacles de Salomé m'ont donné envie de jouer et de partager la scène avec d'autres comédiens. Le casting a été un moment de joie incroyable, avec la découverte de Simon Larvaron que j'avais admiré dans son « Dom Juan ». On s'est amusé et on a beaucoup ri. Cette complicité au départ était indispensable pour porter ce projet promis à durer ».
C'est ainsi que Michaël Hirsch a tout mis en stand by pour s'y consacrer corps et âme : « Le seul en scène, même quand on est bien entouré comme c'est mon cas, fait vivre un état de solitude que « Le Montespan » à qui j'ai pu apporter ce que j'ai appris de mes spectacles précédents, est venu casser ! ».

Pour finir un portrait forcément incomplet, l'on notera que son âge ne l'empêche pas d'être académicien, membre de l'Académie Alphonse Allais créée en 1954 par Henri Jeanson. « J'ai fait mes armes de comédien chez Jean-Laurent Cochet qui m'a poussé à le lire en précisant que cela pouvait coller avec mon sens de la fantaisie. J'ai découvert qu'il existait une académie et un jour, ses membres (des gens drôles et plein d'esprit) m'ont proposé de les rejoindre. C'est touchant parce que celui qui a dit un jour : L'homme est plein d'imperfections mais on ne peut qu'être indulgent si l'on songe à l'époque où il fut créé avait une démarche de création très proche de celle des humoristes d'aujourd'hui ».
Dossier par Philippe Escalier
Paru le 28/09/2022
MONTESPAN (LE)   (82 notes)
THÉÂTRE DU GYMNASE - MARIE BELL
A partir du vendredi 7 octobre

COMÉDIE DRAMATIQUE. L’histoire du plus célèbre cocu de France… . ou l’histoire d’un anti-héros amoureux qui n’aura de cesse de vouloir reconquérir sa femme en défiant l’autorité du Roi-Soleil. France, 1663. Croulant sous les dettes, le marquis de Montespan intègre les forces armées du royaume pour s’attirer les bonne...