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D.R.


La Puce à l’oreille
Les Tréteaux de France jouent à Paris
Fait rare, ce grand théâtre itinérant s'installe pour quelques semaines au Silvia-Monfort. Après avoir brossé les portraits de trois jeunes membres de la troupe (Olivier Breitman, Catherine Ferri et Philippe Escande), nous avons demandé à Marcel Maréchal de nous parler de son action à la tête des Tréteaux de France et de la mise en scène de "La Puce à l'oreille" de Georges Feydeau. À cette occasion, le petit-fils de l'auteur nous confie, en aparté, les difficultés que sa célèbre ascendance a engendrées sur sa vie de comédien.
Olivier Breitman

Dès l'enfance, un environnement familial favorable et Au théâtre ce soir nourrissent son désir de devenir comédien. En jouant la pièce de Labiche Les 30 Millions de Gladiator mise en scène par Jean-Luc Revol à La Criée, il croise Marcel Maréchal et il sera Athos dans Les Trois Mousquetaires. Depuis deux ans, il participe à la vie des Tréteaux de France qui lui plaît assortie, toutefois de quelques infidélités. "J'aime travailler avec des metteurs en scène différents", fait-il remarquer avant de préciser qu'il assiste depuis de nombreuses années, Junji Fuseya, à Paris et à Tokyo. Ce metteur en scène, faisant de lui le premier Onnagata* français, lui confie des rôles féminins. Une expérience mise à profit avec humour par Marcel Maréchal dans Ruy Blas, où, outre Don César de Bazan, il lui demande d'interpréter une duègne ! Olivier Breitman retrouve le même metteur en scène et un autre rôle d'Espagnol, avec Feydeau, cette fois. Les préférences de ce comédien vont moins vers les auteurs que vers les personnages un peu problématiques dotés d'une certaine complexité, comme ceux de La Puce à l'oreille. Dans cette pièce que les surréalistes aimaient pour sa profondeur cachée, l'auteur utilise certains travers, parfois un peu noirs, dans le but de faire rire. Car ici, on s'en douterait, l'humour est roi. "La Puce, nous dit Olivier Breitman, est une mécanique extraordinaire, très vivante. D'ailleurs, quand Feydeau montait ses spectacles, il faisait répéter les comédiens avec un piano pour qu'ils gardent le rythme."

Catherine Ferri

On trouve dans son parcours de nombreuses marques de son attirance pour le théâtre russe. Sa dernière prestation parisienne a lieu dans L'Orage d'Ostrovski sous la direction de Micha Mokeiev dont précédemment, elle a suivi les master classes à Moscou. Auparavant, elle a joué La Dame de pique sous la direction d'André Konchalovski et La Mouette avec la troupe de l'Ankinéa Théâtre. En juillet 1989, pour la soirée inaugurale de l'Opéra-Bastille, elle tient un rôle de mime dans La Nuit avant le jour sous la direction de Bob Wilson, avant de s'épanouir dans un répertoire classique et exigeant. La Puce à l'oreille lui donne l'occasion de faire ses débuts avec les Tréteaux mais aussi avec Feydeau. Cette collaboration n'a rien d'étonnant chez cette artiste ayant toujours privilégié le travail de troupe. Enfin, Catherine Ferri compte à son actif un tour de chant et plusieurs enregistrements.

Philippe Escande

Toulousain d'origine, après des études de philo, il suit les cours de l'Erac avant d'interpréter Œdipe roi à Marseille qu'il reprend ensuite en Grèce, dans l'enceinte magique du théâtre d'Epidaure. Sous la direction de Jacques Mornas, il joue Goldoni et Dario Fo. Désireux de changer d'horizon, il s'embarque pour la Grande-Bretagne où il passe deux ans et joue une adaptation bilingue des Lettres de mon moulin. Il revient ensuite s'installer à Paris et monte un one-man-show. Ce jeune comédien chaleureux ayant gardé de sa région natale une pointe d'accent, est fan de Feydeau. Avec la compagnie qu'il a créée aux côtés de Flore Grimaud et Mathias Maréchal, il monte Le Système Ribadier. Cet amateur de la vie de troupe va incarner, dans La Puce à l'oreille, Camille Chandebise, un jeune homme doté de la particularité de ne pas prononcer les consonnes.

Marcel Maréchal

Cet homme-orchestre a notamment dirigé La Criée qu'il a fondée à Marseille,le théâtre du Gymnase ou encore celui du Rond-Point des Champs-Élysées. Trois questions à cet acteur, metteur en scène qui, depuis 2001, préside à la destinée des Tréteaux de France.

Vous avez monté "La Puce à l'oreille" il y a une quinzaine d'années à La Criée. Pourquoi la reprendre aujourd'hui ?

C'est une œuvre que j'aime et j'ai envie de faire partager cet amour à mon équipe et au public. Je suis loin d'aimer tout Feydeau, mais cette pièce est magique. Vous savez, un chef-d'œuvre peut toujours se revisiter. On n'en fait jamais le tour, en réalité. Au passage, je souligne qu'à La Criée, j'étais le premier homme de théâtre public dans une institution publique, à monter du Feydeau. Avant, c'était soit dans le privé, soit à la Comédie-Française.

Quel bilan tirez-vous des trois ans que vous venez de passer aux Tréteaux de France ?

Au départ, j'ai vraiment hésité. J'ai dirigé de grands théâtres avec beaucoup de moyens. Là, je ne savais pas du tout où je mettais les pieds. Ce centre dramatique national itinérant n'a aucun équivalent, pas plus en France qu'en Europe. En l'espace de trois ans, nous avons triplé le public. Nous avons multiplié les dates de représentations par 4, visité 26 départements, je ne sais combien de régions ! Sans vouloir me flatter, je crois que c'est un beau résultat, d'autant que tout n'est pas rose. Notre subvention est dérisoire et ne couvre pas même l'ordre de marche. J'espère que le ministère nous aidera, car c'est notre seul partenaire. Sur le plan personnel, cette expérience m'a donné une pêche d'enfer. Mais c'est crevant ! Je suis deux jours à Paris, le reste du temps je navigue entre Montpellier, Lille... Cette année, j'ai dû faire 90 000 kilomètres en voiture à travers toute la France !

Combien de temps allez-vous tenir ce rythme ?

(Rires) Encore un mandat de trois ans ! J'ai à cœur de remettre à flot le navire. C'est une grosse armada avec 14 camions, autant de remorques, une quarantaine de personnes, un chapiteau de 640 places. On joue pour un public qui a, en général, peu de propositions culturelles. Je savais que ce serait intéressant, mais pas à ce point-là !


Alain Feydeau : on ne choisit pas sa famille...

Si c'était à refaire, il prendrait un pseudonyme. Car, contrairement à ce que l'on pourrait penser, pour un comédien, avoir Georges Feydeau comme grand-père n'est pas forcément une bonne chose. "Ce nom a vraiment été un caillou dans mon soulier", déclare-t-il. Alain Feydeau nous explique pourquoi.

Quand avez-vous réalisé que Feydeau n'était pas un nom comme les autres ?

Assez tard, étant donné que je venais d'une famille éclatée et que je ne vivais pas du tout avec mon père. Lorsqu'il m'arrivait de le voir, il ne me parlait pas de théâtre.

Ce n'est donc pas lui qui, en évoquant son père,
vous a transmis l'envie de faire ce métier ?

Pas du tout ! J'ai toujours voulu être comédien, avant même de savoir que mon grand-père faisait partie de ce monde-là. Personne ne me parlait de lui, ni mon père ni ma mère, ce qui fait que ce que j'ai appris sur Feydeau, je l'ai lu dans les journaux, dans les livres.

Votre passion pour le théâtre vous a donc mené au Conservatoire, puis à la Comédie-Française où vous êtes resté vingt-cinq ans...

Oui, vingt-cinq ans d'inutile présence ! Ma place n'était pas là. Le jour où j'ai signé mon engagement, l'administrateur de l'époque, monsieur Descaves, m'a dit : " Je tiens à vous dire que je ne vous aime pas du tout ! On joue toujours les pièces de Feydeau, mais jamais les pièces de mon père..."
Ça m'a tout de suite donné le "la" ! J'ai subi une sorte d'ostracisme de la part des autres comédiens, sans doute à cause du fait que j'étais le mandataire légal du répertoire de mon grand-père, jusqu'à ce qu'il ne tombe dans le domaine public, voilà environ trente ans. C'est moi qui devais donner mon accord pour que l'on puisse jouer une pièce de Feydeau. Cette position suscitait bien des jalousies...

Elle vous donnait également du pouvoir, non ?

Elle m'a surtout créé beaucoup d'ennuis ! Les gens me sollicitaient sans arrêt pour imposer untel ou unetelle dans une pièce de Feydeau. Et puis souvent, plusieurs personnes me demandaient les droits d'une pièce en même temps, chacun voulant, bien sûr, être privilégié au détriment des autres... Je ne m'en sortais pas ! C'était vraiment une situation impossible, qui m'a valu beaucoup d'inimitiés ! À l'époque, je savais qu'il y avait certains metteurs en scène avec lesquels je ne travaillerais jamais...

Finalement, avez-vous souvent joué des pièces de votre grand-père ?

Peu. Au Français, j'ai été la doublure de Jacques Charron dans Le Fil à la patte. Lors d'une représentation, j'ai été obligé de rajouter du texte car j'avais oublié de prendre un accessoire en coulisse. Mes partenaires me l'ont vivement reproché. Et comme je leur ai fait remarquer que c'était quand même toujours du Feydeau, je me suis aperçu qu'ils n'appréciaient pas du tout mon humour. J'étais vraiment mal vu.

Quelles sont vos œuvres favorites de Feydeau ?

J'aime beaucoup les pièces en un acte : Feu la mère de Madame, Mais n'te promène donc pas toute nue... Ce sont d'ailleurs celles qui sont le plus jouées.

Pour conclure, si c'était à refaire, utiliseriez-vous un pseudonyme ?

Oh que oui ! Labiche, par exemple ! Et je n'entrerais sans doute pas au Français, même si je reste très admiratif de certains de ses grands acteurs comme, entre autres, Robert Hirsch, Jean Piat, Annie Ducaux ou Lise Delamare... J'aurais aimé jouer sur les boulevards, et surtout faire plus de cinéma. J'ai toujours été captivé par la caméra.


Georges Feydeau (1862-1921)
Bio express

De vocation précoce, Georges Feydeau s'essaie à l'écriture dès l'adolescence, période à laquelle il crée des monologues et des pièces en un acte. C'est en 1882 que se monte sa première véritable pièce, Par la fenêtre, quatre années avant Tailleur pour dames (1886), qui le révèle au grand public. L'auteur doit ensuite affronter l'échec de plusieurs pièces avant de renouer avec la réussite en 1892 : la création de Monsieur Chasse est un triomphe.
Suit une série ininterrompue de succès : Champignol malgré lui (1892), Le Système Ribadier (1892), Un fil à la patte (1894), L'Hôtel libre-échange (1894), Le Dindon (1896), La Dame de chez Maxim (1899), La Duchesse des Folies-Bergère (1902), La main passe (1904), La Puce à l'oreille (1907), Occupe-toi d'Amélie (1908), qui deviendront rapidement des classiques en France et à l'étranger.
Si la vie publique de Feydeau est brillante, sa vie privée se révèle plus tourmentée. Il engloutit des fortunes dans le jeu, son couple se délite... En 1909, il quitte le domicile familial. Ses déboires conjugaux semblent être la principale source d'inspiration des pièces en un acte qu'il écrit à cette époque : Feu la mère de Madame (1908), On purge bébé (1910), Mais n'te promène donc pas toute nue (1911)...
Ayant contracté la syphilis en 1919, Feydeau sombre peu à peu dans la démence. Il disparaît à l'âge de 58 ans.
Dossier par Philippe Escalier et manuel Piolat Soleymat
Paru le 28/06/2004

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