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D.R.
Les Gros patinent bien
Au Rond-Point
C'est au Théâtre du Rond-Point auquel ils sont fidèles qu'Olivier Martin-Salvan et Pierre Guillois, artistes amis et complices, nous convient à découvrir leur nouveau spectacle. Nous les avons rencontrés pour aborder "Les Gros patinent bien", un travail marqué, comme chacune de leur collaboration, par une créativité débordante.
Olivier Martin-Salvan
Pour résumer « Les gros patinent bien », ce comédien, chanteur lyrique et concepteur artistique, formé à l'École Claude Mathieu, associé au Centquatre, après l'avoir été au Quartz, à Brest, parle d'une épopée cartonnesque où tout est raconté par le truchement de mots écrits aux feutres Posca sur une succession de supports en carton. Son personnage, toujours immobile, déambule néanmoins depuis l'Islande jusqu'au fond de l'Espagne. Ce voyage se fait dans une langue curieuse, un anglais plus qu'approximatif, « Je ne parle pas très bien anglais, ce qui m'aide beaucoup» dit-il. Sur ce mode d'expression fait de grommelos et de borborygmes, Olivier Martin Salvan précise qu'il a toujours aimé s'amuser avec les langues depuis tout petit et qu'il rêvait de faire entendre une sorte de vieil écossais : « Je m'étais déjà amusé sur un karaoké japonais puis hollandais dans « Bigre» à New-York où les spectateurs pensaient que je faisais un opéra allemand ! C'est une passion du son, dépourvu de sens, que j'ai transmise à ma fille. Je l'ai aussi retrouvée avec Novarina et en travaillant des textes originaux de François Rabelais, parfois un peu difficiles à comprendre mais la « monstruosité » de la langue m'a toujours intéressé. Avec Pierre Guillois, nous avions envie que le public ait le sentiment de voir un gros acteur shakespearien ». L'oreille sera obligée de chercher un semblant de sens pendant que l'oeil découvrira les messages inscrits sur les cartons représentant des objets, des animaux, des personnages, des éléments de décor et de costume, le tout avec une narration donnant des informations au compte-goutte. Près de quatre cent cartons laissant travailler l'imaginaire mais permettant aussi aux enfants qui savent lire d'entrer dans un spectacle où s'exprime la magie du théâtre. Les premiers retours sont assez éloquents : les spectateurs ne disent jamais la même chose sur ce qu'ils ont vu : chacun s'est constitué un puzzle différent. Le but recherché est atteint !

Olivier Martin-Salvan explique que ce spectacle est né d'une frustration : « Dans «Bigre», nous voulions rendre hommage à l'incroyable travail que font les techniciens dans notre métier. Nous avons toujours rêvé que les gens puissent voir les coulisses d'un spectacle. S'est posée la question de comment nous pourrions montrer la technique. D'où cet énorme travail que fait Pierre sur scène, courant de cour à jardin pour amener les différentes pièces, comme si notre décor était tombé dans le ravin et qu'il fallait jouer quand même ! Au départ, nous pensions à quelque chose de chanté, je voulais faire un hommage à Demis Roussos auquel je ressemble, et ce, avant que nous pensions à Olivier Grossetête, un plasticien travaillant sur des villes en carton. Il nous est apparu intéressant de recourir à ce matériau que la société produit en masse et qui parfois, chez les manifestants ou les SDF, véhicule des messages ».

Pierre Guillois
Il est associé au Théâtre du Rond-Point ainsi qu'à Scènes Vosges à Epinal. Il collabore ponctuellement avec des scènes nationales comme ce fut le cas pour « Mars 2037 », comédie musicale spatiale présentée au public du Volcan au Havre en novembre 2020 tandis que sa compagnie « Le Fils du grand réseau » est toujours implantée à Brest. Avec le Théâtre du Rond-Point et plus encore avec Olivier Martin-Salvan, la collaboration a été très étroite et particulièrement fructueuse. En 2010, « Le Gros, la vache et le mainate » a reçu un très bel accueil et aurait pu tourner davantage si le dramaturge avait eu, à l'époque, l'expérience qui est la sienne aujourd'hui. Quatre ans plus tard, « Bigre » sera joué presque 500 fois, à deux reprises chez Jean-Michel Ribes et au Tristan Bernard. « Nous avons eu un Molière et nous sommes maintenant sur des perspectives internationales puisque c'est un spectacle sans paroles, et ce, après avoir réalisé un immense succès au box office lors du festival d'Edimbourg ».
À la question espiègle de savoir si, dans « Les Gros patinent bien », ce n'est pas lui qui fait tout le travail, Olivier, restant assis sur un fauteuil au centre de la scène, Pierre Guillois s'amuse puis répond sérieusement que c'est une question de place de l'acteur: « Olivier a une dimension pour rester plein centre, il a cette puissance pour pouvoir faire voyager le spectateur, tout en restant assis. Pour ma part, j'ai besoin de beaucoup plus gesticuler ! ».

Il est impossible de ne pas aborder l'attrait d'Olivier Martin-Salvan et Pierre Guillois pour le burlesque et une forme de théâtre muet. Pierre Guillois précise : « J'aime bien le mot burlesque. Je ne suis pas spécialiste de sa définition mais on s'intègre dans une tradition qui s'y rattache quoiqu'il n'y ait pas tant de références que cela chez nous. Contrairement à « Bigre », ce n'était pas tout à fait volontaire ici. Depuis « Les Caissières sont moches » (2003), j'ai toujours aimé inclure des parties sans texte et je voulais développer ce style d'expression. Si dans « Bigre », le choix a été fait de virer le texte pour explorer à fond ce théâtre sans parole, cette volonté au départ n'existait pas pour « Les Gros patinent bien ». Avant tout, nous voulions continuer à travailler ensemble, faire un duo comique, c'est cette envie qui nous a amené à écrire un texte incompréhensible. La performance compte plus que le récit, même si, bien sûr, nous avons construit les choses, nous sommes soucieux d'une certaine dramaturgie, mais c'est l'alliance d'Olivier et moi qui fait que cela fonctionne. »

Olivier Martin-Salvan et Pierre Guillois se disent surpris et surtout heureux des réactions chaleureuses du public qui apprécie visiblement de voir se fabriquer et se développer sous ses yeux, les artifices habituellement cachés. Ils ont joué, en extérieur cet été avant de reprendre le spectacle durant trois semaines en répétitions, juste avant un passage en salle, lors d'une première à Rouen. À la fin, la salle debout leur a clairement indiqué que le spectacle faisait un carton et qu'ils pouvaient foncer !
Dossier par Philippe Escalier
Paru le 31/12/2021
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