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© Laurencine Lot
La promesse de l'Aube
Au Lucernaire
Parue en 1960, "La Promesse de l'aube" qui relate la jeunesse de Romain Gary à travers sa relation à sa mère, a connu plusieurs adaptations, dont une, récemment au cinéma. Dans un exercice de haute voltige, Franck Desmedt, mis en scène par Stéphane Laporte et Dominique Scheer au Lucernaire, se met au service de ce texte magnifique qu'il a adapté et qu'il nous fait revivre de la plus belle des façons.
Romain Gary, l'une des plus belles plumes du siècle dernier, nous raconte l'histoire d'un amour maternel inconditionnel et immodéré. Dans cette famille, tout étant exagéré, "La Promesse de l'aube" fourmille de détails surprenants et désopilants propres à lui faire rencontrer le succès qui a caractérisé cet ouvrage tiré à plus d'un million d'exemplaires. Né dans l'empire russe en 1914, le jeune Romain émigre d'abord en Pologne où sa mère crée une maison de couture avant de rejoindre la France. Pendant que son fiston commence à écrire et cherche à être publié dans la presse, elle vend des articles de luxe puis se voit confier la gestion d'un petit hôtel niçois. Dans ce mouvement perpétuel, une chose ne change pas : partout et à tous, la mère crie que son fils est un génie qui deviendra un jour célèbre et probablement Président de la République. Difficile de mettre la barre plus haut : la seconde guerre débutant, Gary rejoint sans tarder la France libre et fera la carrière militaire, puis diplomatique et littéraire que l'on sait, laissant toutefois l'Élysée au Général de Gaulle !

Dans ce roman, qui est un roman d'amour, Romain Gary avec des sarcasmes et une bonne dose d'humour ne peut s'empêcher d'exprimer l'agacement que cet attachement excessif a toujours provoqué chez lui. Sans qu'il soit possible de nous tromper sur son affection pour cette mère qui lui cache son diabète et même sa mort qu'il ne découvre qu'au retour de la guerre. Pour qu'il n'apprenne pas trop tôt, ni trop loin de Nice la terrible nouvelle, sa mère lui faisait envoyer au compte gouttes des lettres écrites plusieurs mois avant son décès. Un amour dévastateur qui amènera l'écrivain à relativiser tous les autres : "Avec l'amour maternel, la vie vous fait, à l'aube, une promesse qu'elle ne tient jamais. Si ma mère avait eu un amant, je n'aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine".

Franck Desmedt, amoureux des défis, qui incarnait magnifiquement une foule de personnages dans "Tempête en juin" d'Irène Némirovsky et qui joue Dieu dans "Le Visiteur" d'Éric-Emmanuel Schmitt, était fait pour dire ce texte et l'incarner. Tout en finesse et en douceur, l'acteur n'a pas son pareil pour envouter le public, et ce, dés les premiers mots. Chez ce magicien aux gestes précis, murmurant comme le ferait tout détenteur de secrets d'importance, l'élocution, toujours parfaite, ressemble à une caresse. Avec la complicité de ses deux metteurs en scène Stéphane Laporte et Dominique Scheer qui illustrent avec une économie de moyens propre à chasser toutes interférences et à souligner sans jamais surligner ce texte à la richesse infini et à l'humour si délicat, Franck Desmedt entraine le spectateur dans ce qui ressemble à une communion. Quand la littérature et le jeu d'acteur atteignent de tels sommets, la sobriété se doit, comme ici, d'être la règle. Elle seule permet un si beau partage.
Après les longs applaudissements qui saluent cette émouvante prestation, impossible de ne pas s'interroger : autobiographie vraiment ? Pour qui connait la vie de Romain Gary, son goût pour le mystère et la distance qu'il aimait à entretenir avec la vérité, lui, le seul écrivain français à avoir obtenu deux Prix Goncourt, la seconde fois sous le nom d'Emile Ajar et sur la base d'une géniale mystification ayant longtemps tenu le monde littéraire en haleine, la question n'est pas illégitime. La délicieuse scène au Club de tennis où la mère de Gary se jette aux pieds du vieux roi de Suède présent, le suppliant de permettre à son fils (qui n'a jamais tenu une raquette) d'exercer ses talents dans ce lieu huppé, est aussi drôle que probablement inventé. Mais qu'importe, puisque cet acte symbolise si bien ce qu'une mère exaltée comme la sienne aurait pu faire ! Car agissant comme un écrivain de génie, Romain Gary a autant vécu que magnifié une existence qui ne fut pas dénuée d'aventures et de gloire pour autant. Quand un style pur, imagé, sensible et drôle, construit une telle œuvre, tout travail de détective attaché au détail serait inutile et mesquin. Ici, seule compte la vérité de l'écrivain, celle qui permet que le romanesque et le vécu ne fasse qu'un. Celle qui nous projette dans un monde magique, aux confins du réel et de l'imaginaire.
Zoom par Philippe Escalier
Paru le 24/08/2021
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PROMESSE DE L'AUBE (LA ) - Lucernaire   (19 notes)
THÉÂTRE DU LUCERNAIRE
Jusqu'au dimanche 7 novembre

TEXTE(S). Romain Gary raconte sa jeunesse, son déracinement, sa relation à sa mère qui l’élève seule. Elle rêve de grandeur pour lui. Il n’aura de cesse d’essayer d’être à la hauteur de ce rêve. Passant de la mère étouffante d’amour à la femme de ménage espiègle, du grand De Gaulle à une galerie de petits p...


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