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D.R.


ZOO :
la tribu de Tribout
Quelle frontière entre l'homme et l'animal ? A cette question, Vercors a donné diverses réponses que Jean-Paul Tribout met en scène au théâtre Mouffetard avec un heureux mélange de vitalité et de subtilité.
En Nouvelle-Guinée, une équipe d'anthropologue découvre les Tropis, chaînon manquant de l'humanité, à cheval entre l'homme et le singe. Cette espèce nouvelle pose le problème de son appartenance, ce qui revient à définir les caractéristiques propres de l'homme et l'étendu du fossé séparant la brute la plus épaisse du singe le plus évolué. Devant les difficultés liées à la résolution de ces problèmes, plus complexes qu'il n'y parait, un journaliste anglais décide d'avoir recours aux juges. Il tue alors un petit Tropi. Peut-il être accusé de meurtre ? La machine judicaire est lancée, suivie d'une enquête policière et scientifique. Sur ce sujet grave, le procès va interroger les meilleurs spécialistes, ayant, comme il se doit, des avis divergents. Plus on avance et moins le tribunal est éclairé. Avec beaucoup de finesse, les interrogations de Vercors bousculent allégrement les idées reçues. Elles révèlent, non sans espièglerie, des contradictions et des doutes qui ne peuvent manquer de nous troubler. La mise en scène de Jean-Paul Tribout réussit l'exploit de laisser méditer sans cesser d'amuser. A l'aide de personnages truculents bien campés, de flash-back, d'utilisation de l'espace permettant d'instaurer des aspects scéniques bouffons, il traduit les spéculations pertinentes de Vercors sous une forme assez british, d'une grande tonicité. L'auditoire est tenu en haleine, d'autant que le travail des comédiens est irréprochable. Jean-Claude Sachot, Marie-Christine Letort, Bernard Malaka, Henri Courseaux, Bernard Valdeneige, Jacques Fontanel, Emmanuel Dechartre et Jean-Claude Bouillon chargés d'interpréter vingt-cinq rôles, mettent à la tâche une belle ardeur. La réussite de ce procès théâtralisé n'est, dés lors, que justice !



Interview :
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Jean-Paul Tribout

"Zoo ou l'assassin philanthrope" créé en juin 2003 au Festival d'Anjou, puis joué au Théâtre Sorano de Vincennes, vient de reprendre au Mouffetard. Infatigable saltimbanque, son metteur en scène, Jean-Paul Tribout, fait le point sur cette pièce avant de nous parler du festival d'été qu'il dirige à Sarlat.

- Pourquoi avoir eu envie de monter cette pièce ?

J-P.T. : J'ai toujours voulu rompre la barrière entre le Boulevard et le théâtre "intello", ce que fait Vercors dans Zoo en alliant légèreté et intelligence. Si l'exercice est forcément difficile - trouver une forme qui n'occulte pas le texte -, il est aussi amusant : la pièce a été créée en 1963 au TNP avec vingt-cinq comédiens ; pour ma part je l'ai montée avec huit, sans pour autant supprimer de personnages. Il y a un vrai plaisir à jouer plusieurs rôles, tant pour nous que pour le public.

- Que se passe-t-il dans "Zoo" ?

J-P.T. : Une expédition d'ethnographes découvre vers la Nouvelle-Guinée une tribu inconnue, chaînon manquant et bien vivant entre le singe et l'homme. Il ne s'agit pas d'une pièce scientifique, mais plutôt d'un conte voltairien. Vercors pose la question de savoir ce qui caractérise l'humain. Quel écart entre la brute la plus épaisse et le singe le plus évolué ? Pour cela, il organise un procès et fait témoigner des personnalités. Un tribunal, c'est déjà du théâtre, avec des costumes, un suspense, des acteurs et le public qui fait partie du spectacle, même si l'on ne vote pas comme chez Hossein !

- Jean-Paul Tribout, vous êtes acteur ou metteur en scène ? Théâtre public ou privé ?

J-P.T. : J'ai eu la chance de faire ma carrière à part égale dans le public et dans le privé. Dans la même année - je crois que c'était en 1992 -, je pouvais être au TNP pour deux pièces avec Planchon, je mettais en scène une pièce à l'Edouard-VII et je jouais au Lucernaire. Je me considère comme un comédien qui fait de la mise en scène, de temps en temps... avec difficulté !

- Vous dirigez le Festival de Sarlat : un choix dicté par la gastronomie ?

J-P.T. : Le but est toujours de se régaler ! Le festival ne m'a pas attendu pour exister puisqu'il entre dans sa cinquante-troisième année* ! J'ai toujours ressenti, concernant les programmations en général, une certaine insatisfaction et là, soudain, on m'a proposé de "m'y coller". C'était un vrai défi. J'ai voulu, sans sectarisme, sélectionner des spectacles joués par des compagnies venues de toute la France. Cela fait neuf ans que ça dure, et ça marche plutôt bien !

- "Comme en 14 !", "L'Euphorie perpétuelle", "La Rafle du Vél'd'hiv'", "Elisabeth Amato"... j'en passe et des meilleures, le programme est des plus alléchants !

J-P.T. : J'ai choisi une majorité d'auteurs contemporains. Pour les classiques, que l'on connaît par cœur, l'important est la façon de les raconter. Tout le monde se souvient du Cid de Thomas Le Douarec qui a déchaîné l'enthousiasme ! Voyez-vous, je suis incapable de dire, le théâtre c'est ceci ou cela. C'est forcément tout un ensemble de choses, très diverses et très riches.
Dossier par Philippe Escalier
Paru le 03/06/2004

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