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© Fabienne Rappeneau
Le Petit Coiffeur
Rive Gauche
La dernière pièce de Jean-Philippe Daguerre, à l'affiche du théâtre Rive-Gauche, nous plonge à Chartres, dans les heures les moins glorieuses de la Libération. "Le Petit coiffeur" aborde le thème des femmes tondues pour avoir aimé des Allemands, à travers un texte intense et émouvant, porté par cinq comédiens remarquables.
Été 1944. Dans l'euphorie de la fin de la Seconde Guerre mondiale commence une violente "épuration" rendue inévitable par les tragiques dérives de la collaboration. Mais sa forme très expéditive et mal contrôlée donne lieu à des exécutions sommaires et à de sordides vengeances. C'est dans ce climat survolté que furent brutalisées les femmes qui n'avaient eu que le tort de fauter avec des soldats ennemis, dans ce qui fut qualifié de collaboration horizontale ! La magistrature, disqualifiée par son allégeance à Vichy, était alors largement désorganisée. C'est la rue qui fait la loi, rumeurs et dénonciations haineuses tenant lieu de procès. Les amourettes inappropriées sont mises sur le même pied que les dénonciations de résistants ou de juifs. Jean-Philippe Daguerre, l'auteur de "Adieu Monsieur Haffmann", s'est inspiré de l'épisode de la tondue de Chartres, immortalisée par une photo de Robert Capa ayant fait le tour du monde, pour écrire ce texte aux accents humanistes, dénonçant l'injustice et la cruauté. Sortant des sentiers battus, faisant le constat que si la France avait perdu la guerre en 40, elle avait aussi en partie perdu la victoire en 45, son plaidoyer est particulièrement élaboré et percutant, sans jamais se poser en donneur de leçons. Il se déroule à travers les personnages attachants d'une famille soudée, nous laissant découvrir les déchirements de cette époque, ô combien tourmentée, sans rien cacher de la complexité des destins et des choix douloureux qu'elle génère. Le spectateur, tenu en haleine par une trame dramatique, dynamique et réaliste, va vivre passionnément ces quelques moments, embarqué par le talent d'une formidable troupe portée par la mise en scène tout à la fois pudique et terriblement efficace de l'auteur.

Magistrale, Brigitte Faure est une mère bouleversante, donnant avec brio, toute sa force à ce personnage d'héroïne de la résistante, éprouvée par la vie, qui ne baisse jamais les bras, se gardant de tout jugement à l'emporte-pièce. Tout en douceur, Felix Beauperin incarne avec sa subtilité coutumière, le fils aîné, artiste peintre qui tient le salon de coiffure de son père et à qui l'on va mettre la terrible tondeuse entre les mains. Intègre et pur, il protège son frère. C'est Arnaud Dupont qui l'interprète pour notre plus grand plaisir, parvenant à donner l'image légère et drôle d'un jeune homme atteint pourtant d'un handicap mental. Charlotte Matzneff est la fiancée du grand frère. Avec une facilité déconcertante, elle assume la complexité d'une femme aux multiples facettes, résumant bien les déchirements engendrés par la guerre et une existence pas toujours heureuse. Romain Lagarde interprète avec justesse l'homme mûr qui, par amour, va refuser de se laisser entrainer dans la facilité d'une haine irrationnelle. C'est peu dire qu'ils magnifient la pièce, entrainant le public dans une heure vingt d'émotions fortes. "Le Petit coiffeur", qui fait appel à notre cœur autant qu'à notre raison, marquera sans conteste les esprits et cette nouvelle année théâtrale.
Zoom par Philippe Escalier
Paru le 14/10/2020

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PETIT COIFFEUR (LE)   (13 notes)
THÉÂTRE RIVE-GAUCHE
Jusqu'au mercredi 16 décembre

COMÉDIE DRAMATIQUE. Août 1944 : Chartres vient tout juste d’être libérée de l’Occupation allemande. Dans la famille Giraud, on est coiffeur de père en fils, et c’est donc Pierre qui a dû reprendre le salon-hommes de son père, mort dans un camp de travail un an plus tôt. Marie, sa mère, héroïne de la Résistance frança...


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