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D.R.
Didier Constant et David Lelait-Helo
"Quand je serai grand, je serai Nana Mouskouri" le livre autobiographique de David Lelait-Helo a été adapté pour le théâtre et joué par Didier Constant en Avignon en 2018. Avant la reprise à La Scène Parisienne, nous revenons avec eux sur cette belle aventure.
David Lelait-Helo

À quel moment ressentez-vous le besoin d'écrire ce livre ?
Après "Poussière d'homme", mon premier écrit autobiographique, de nombreux lecteurs m'ont demandé de continuer à me raconter. Prenant conscience que Nana Mouskouri n'était pas éternelle, j'ai voulu lui dire ce que j'avais ressenti pour elle au fil de toutes ces années. Ce livre en dit beaucoup sur moi et tout ce que j'ai écrit est vrai... sauf peut-être le titre, n'ayant pas vraiment voulu devenir Nana Mouskouri !

Quelles ont été les réactions au livre et, d'autre part, comment expliquez-vous cet attrait pour les grandes chanteuses ?
Il y en a eu beaucoup, venues notamment de gens qui ne se sentaient pas particulièrement proches de Nana Mouskouri et tous m'ont dit que c'était un livre sur les rêves que l'on projette durant l'enfance et le bilan que l'on fait plus tard sur leur réalisation ou leur échec. Que je puisse vivre mon rêve mais aussi me construire avec mon homosexualité a vraiment touché les lecteurs.
Pour la deuxième partie de votre question, dans "Gay culture" j'écrivais : les homos n'aiment pas les femmes, ils les adorent ! Dans la psyché gay, il y a le fantasme de la femme idéale, les divas sont ces êtres inaccessibles, légendaires vers lesquelles les homos aiment aller. Le cas de Nana Mouskouri est un peu particulier au sens où elle n'a pas ce côté femme fatale. Il se trouve que je me suis plutôt tourné vers elle.

Comment se fait une rencontre avec un tel personnage ?
Nana et moi, nous nous connaissons depuis vingt-cinq ans. Nous sommes vraiment proches (avec une relation quasi filiale) depuis une dizaine d'années. Ma profession a rendu cette rencontre plus facile. Journaliste, j'ai été amené à l'interviewer. Plus tard, on s'est retrouvés à plusieurs reprises, notamment sur un plateau télé au Canada où elle présentait un disque et moi ma biographie de Callas. Quand elle a compris la connaissance que j'avais de sa carrière, l'amour que je ressentais pour elle, en 2004, elle m'a contacté pour que j'écrive le livre de l'intégrale. Après la collaboration artistique, nous avons créé un lien plus intime mais cela a demandé beaucoup de temps. Nana est quelqu'un de méfiant et je le comprends. Nous avons eu des engueulades homériques, des moments de rupture jusqu'à enfin se trouver il y a quelques années.

Quand on vous propose l'adaptation, vous l'acceptez tout de suite ?
Oui, même si ce n'est pas facile pour moi. Je me suis senti en confiance assez vite. L'inquiétude est venue après : l'adaptation, c'est voir votre texte vous échapper. Je me suis dit que j'allais entendre quelqu'un parler de moi, de ma grand-mère, j'ai craint d'être mis à nu, j'ai vécu des instants de panique, notamment avant Avignon l'an dernier. J'ai connu peu de choses aussi troublantes dans ma vie d'auteur. Mais enfin, j'ai été rassuré par le travail de Virginie Lemoine et l'art de Didier Constant à interpréter très fidèlement ce rôle, à nous faire passer en un instant du rire aux larmes et à nous émouvoir.


Didier Constant


Comment a débuté cette aventure ?
Tout commence par le message d'un ami me conseillant de lire le livre. Ce que j'ai fait. Il m'a profondément touché. Beaucoup de thématiques sont abordées avec Milou. Il a été harcelé à l'école, il n'aimait pas le sport et entretenait un rapport très fort avec sa grand-mère. D'une façon ou d'une autre, chacun arrive à se retrouver dans ce qu'a vécu ce personnage pourtant un peu particulier.

Quand on est juste trois sur un projet : acteur, metteur en scène, auteur, comment travaille-t-on ?
En amont, Virginie Lemoine s'est beaucoup concertée avec l'auteur qui, ensuite, n'est pas intervenu au cours des répétitions. Durant cette période, c'est plutôt moi qui faisait le lien avec David Lelait-Helo. Travailler avec Virginie est un vrai bonheur. J'ai retrouvé l'ambiance que j'avais connue avec Xavier Lemaire pour "La Contrebasse".

Quelles réactions émanent de la salle durant une représentation ?
Il y en a de toutes sortes. Les gens rient beaucoup. Ce petit bonhomme a des moments de spontanéité très comiques et les images construites par Virginie Lemoine soulignent bien cette drôlerie. Et puis, il y a aussi ce que l'on appelle le deuxième silence, les passages où les gens pleurent ou retiennent leurs larmes. L'on ressent toute l'empathie du public qui commence d'abord par s'interroger (c'est quoi cet ovni ?) avant d'être happé par un récit toujours plus surprenant. Et l'on voit les gens sortir de la salle avec des étoiles dans les yeux !

Pour revenir à ma première question, il suffit que quelqu'un vous conseille de lire un ouvrage et cela devient un spectacle ?
(Rires) Il faut dire que j'ai quelques similitudes avec l'auteur. J'ai toujours beaucoup aimé Nana Mouskouri. À dix-huit ans, j'ai dit à mes parents que je partais en Grèce. C'est en 1984, l'année où elle est rentrée dans son pays et y a donné un concert. Impossible d'acheter un billet mais j'ai pu l'entendre de l'extérieur. Bien plus tard, j'ai pu rencontrer cette immense artiste grâce à Bruno Chapelle qui est son neveu par alliance. J'ai eu la chance de lui parler pour la première fois au Châtelet où elle se produisait : rencontrer cette star mondialement connue que j'adore, autant l'avouer, j'étais comme un dingue !
Interview par Philippe Escalier
Paru le 30/11/2020

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