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© Fabienne Rappeneau
D.R.
Le Repas des fauves
Le Théâtre Hébertot met à l'affiche, "Le Repas des fauves", adapté et mis en scène par Julien Sibre. Avec lui, et en compagnie de Thierry Frémont et Davy Sardou, nous revenons sur cette pièce chorale, récompensée par trois Molières en 2011, qui se déroule sous l'occupation et captive le spectateur en sondant l'âme humaine.
Julien Sibre

Peut-on revenir sur votre parcours avec "Le Repas des fauves" ?
La toute première s'est déroulée à Rueil en 2009. En septembre 2010, nous arrivons au Théâtre Michel. Depuis que nous avons arrêté en 2013, je n'ai jamais abandonné la pièce. Je l'ai montée en Italie, j'ai travaillé pendant trois ans à un projet de film pour lequel j'ai écrit dix-sept versions du scénario et, en 2018, je commence à recevoir des propositions pour reprendre la pièce. Chaque fois, cela m'a donné l'occasion de la retravailler, de m'inspirer de ce que j'avais trouvé de nouveau, pour le scénario notamment. J'ai pu perfectionner le spectacle, ce qui évitera toute forme de routine pour les comédiens qui l'ont joué 700 fois. Je pensais que même s'il avait été largement récompensé en 2013, il y avait toujours des choses perfectibles. Deux scènes sont passées à la trappe et ont été remplacées et les premières vingt minutes (la partie festive) ont été réécrites à 80 %, je voulais que ce soit plus direct, plus dynamique, moins conventionnel. Nous reprenons le film d'animation réalisé par Cyril Drouin : c'était un peu la marque de fabrique de ma mise en scène, venu illustrer ce qui se passe à l'extérieur. Nous l'avons aussi retravaillé pour coller aux changements de scènes. Je peux, sans mentir, dire que nous ne proposons pas un "Repas des fauves" réchauffé. Du reste, tous ces changements ont justifié l'édition d'une version 2020 pour L'avant-scène théâtre.

À quoi s'ajoute l'arrivée de trois nouveaux comédiens !
Oui, avec Thierry Frémont (je l'avais rencontré initialement pour le projet de film), Davy Sardou et Pierre Val qui sera en alternance avec Cyril Aubin. Tout cela nous met à l'abri d'une reprise un peu routinière. Je retrouve le même plaisir ressenti à la création, d'autant que les nouveaux se sont immédiatement intégrés à l'équipe de départ.

Si je reviens en arrière, pourquoi a-t-il fallu autant de temps pour monter cette pièce qui a ensuite été rapidement et fortement plébiscitée ?
Je pense que c'est dû à mes goûts personnels qui oscillent entre différentes formes de spectacles, pour résumer, entre le public et le privé. Quand j'ai adapté le roman de Vahé Katcha, j'y ai trouvé cette dichotomie, une noirceur dans le sujet et un humour dans le style et les personnages créés que j'ai voulu préserver et même accentuer. Du coup, quand nous l'avons proposé aux différents théâtres, ils ne s'y sont pas reconnus tout de suite.

Une timidité de départ d'autant plus surprenante que nous avons vu récemment des pièces sur le thème de l'Occupation remporter de beaux succès!
Tout à fait. Je pense que c'est le grand drame, relativement proche, que nous avons vécu et dont nous avons une connaissance assez précise. C'est un moment où tous les sentiments sont exacerbés dans une situation extrême à tous points de vue.


Thierry Frémont


Quelle a été votre première motivation pour rejoindre l'équipe du Repas des Fauves ?
Je suis ravi d'être dans cette pièce puissamment adaptée, dialoguée, dirigée et mise en espace par Julien Sibre avec une formidable équipe d'acteurs qui parle magnifiquement du comportement humain en position de stress et de survie, elle dit bien comment, sous la pression d'une forte menace, nos habitudes peuvent voler en éclats et une forme de sauvagerie revenir au galop. Je joue un business man, énergique, riche, ayant l'habitude d'affronter les gens. C'est sûrement celui qui a le plus gros appétit de vivre et de survivre, en jetant au passage la morale aux orties.

On vous a souvent proposé des personnages forts, complexes, parfois abominables !
Je n'ai jamais eu peur de m'affronter à ces personnages ambigus, pouvant être détestables à certains égards. Un acteur doit être prêt à jouer tous les personnages, les plus moches comme les plus beaux, ce qui importe c'est l'histoire et le propos. Moi, je ne suis pas là pour être joli ou aimable.

Et en répétition, comment êtes-vous ?
Je suis très impliqué, j'ai besoin de savoir mon texte tout de suite, d'être imprégné du discours de l'auteur, des envies du metteur en scène, ce qui permet de gagner du temps sachant que nous n'en avons pas tant que ça. Je suis un bon camarade, ouvert à toutes les propositions, toutes les critiques, je suis une pâte à modeler offerte aux mains du metteur en scène.

Vous avez récemment joué «Amadeus» de Peter Shaffer à Metz. Quel souvenir en gardez-vous ?
Je jouais le rôle de Salieri qui est le rôle phare, face à Mozart, incarné par ce superbe acteur qu'est Hugo Becker. Je me suis régalé avec ce personnage qui subit les affres de la création, tourmenté par l'envie et la jalousie. Nous avions une mise en scène très belle et très esthétique de Pierre-Emile Fourny, directeur de l'Opéra-Théâtre de Metz où nous avons rencontré un gros succès ainsi qu'à la Manufacture de Nancy. Tous, nous rêvons d'une reprise à Paris. C'est une pièce jouissive et je ne peux que faire le parallèle avec "Le Repas des fauves" qui est bouleversant mais aussi cruellement drôle. On se trouve face à des gens si désespérés et qui tentent tellement de choses qu'ils en deviennent presque comiques. Je sais que je vais retrouver en septembre ce plaisir incroyable que j'ai ressenti avec Salieri dans "Amadeus".

Bien que vous n'ayez jamais cédé à la facilité, tous vos rôles ont du sens, on est étonné par votre vie professionnelle foisonnante. Laisse-t-elle suffisamment de place à votre vie privée ?
Ce que l'on perçoit de l'extérieur, nous le percevons assez différemment. J'ai l'impression de ne pas travailler assez. Rassurez-vous, j'ai du temps pour m'occuper de mes proches, de ma famille et de mes enfants !


Davy Sardou


Votre dernier rôle était bien dans «Signé Dumas» de Cyril Gely et Éric Rouquette !?
Oui, avec une tournée très bien accueillie nous permettant de faire une quarantaine de dates pendant lesquelles nous nous sommes régalés. Elle s'est achevée en février dernier, juste avant le confinement.

Question rituelle, comment êtes-vous arrivé sur ce spectacle ?
J'étais à l'affiche pour l'adaptation de "Transmission" et j'avais aussi un projet avec Francis Lombrail. Le Covid a tout arrêté. En revanche, Francis m'a parlé d'un autre projet, "Le Repas des fauves", précisant que Julien Sibre remontait le spectacle mais sans jouer le rôle qu'il tenait à la création. Ce dernier m'a fait lire sa nouvelle version et m'a présenté ses idées de mise en scène. J'ai été tout de suite séduit, d'autant que, si je n'avais pas vu la pièce à sa création, j'en avais entendu énormément de bien.

Quel personnage jouez-vous dans "Le Repas des fauves" ?
Vincent, un professeur de philosophie. C'est celui qui, bien que terrorisé comme tout le monde, garde une certaine distance avec les événements de la soirée. J'ai le rôle le plus sympathique et le plus courageux, celui auquel le public peut le plus s'attacher, quoique dans la pièce, personne ne soit épargné, chacun a sa part d'ombre. Et tout le monde veut sauver sa peau.

Si nous revenons un peu en arrière dans votre carrière, l'on peut noter que vous avez travaillé à plusieurs reprises avec Thierry Harcourt !
Quatre fois exactement. Nous avons commencé avec "Arsenic et vieilles dentelles" avec Micheline Dax. C'est un grand souvenir, nous étions une douzaine sur scène, nous l'avions jouée en tournée et au Théâtre de la Tête d'or à Lyon. La plus récente étant "La Collection" d'Harold Pinter au Théâtre de Paris en 2018. Thierry Harcourt fait partie des metteurs en scène que j'apprécie.

Le Covid a interrompu "Transmission", une pièce que vous avez adaptée, avec Francis Huster dans le rôle principal. Ce travail d'adaptateur était une première ?
Oui, c'était une demande de l'auteur, Bill C. Davis que je connaissais, j'avais également joué la pièce entre 2013 et 2015, elle s'appelait alors "L'Affrontement". C'était un travail que je qualifierai d'amical, n'ayant pas l'ambition de devenir adaptateur. Mais j'y ai pris goût : formé aux Etats-Unis, je suis bilingue, j'éprouve un grand intérêt pour le théâtre anglo-saxon. Je pense que c'est une activité que je serais sans doute amené à développer.
Dossier par Philippe Escalier
Paru le 20/11/2020

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