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© Michel Paret
Boule de suif
Lucernaire
Qualifiée de chef-d'œuvre par Gustave Flaubert, cette nouvelle écrite en 1879 fera éclater au grand jour le génie du jeune Guy de Maupassant. "Boule de Suif" nous est proposée au Lucernaire dans une subtile adaptation de Sylvie Blotnikas et d'André Salzet qui l'interprète magistralement.
Nous sommes à Rouen, sous la neige, durant l'hiver 1870. Après Sedan, le Second Empire vient de s'effondrer, les Prussiens vont pouvoir proclamer le leur à Versailles. Pour fuir l'occupant, trouvent place dans une diligence, trois couples (aristocrate, bourgeois et commerçant), deux nonnes, et un citoyen républicain militant. Partis précipitamment, ils vont surmonter leur mépris pour la dernière passagère, Boule de Suif, prostituée de son état, seule à disposer d'un panier à provision, bien rempli de surcroit. Généreuse, elle propose le partage de ses victuailles aux autres passagers que la faim a rendu soudain plus accommodants. Quand ils finissent par trouver refuge dans une auberge occupée par les prussiens, c'est pour comprendre que l'officier ennemi responsable ne les laissera repartir que si la dame aux mœurs légères, qui a attiré son attention, se donne à lui. Devant la résistance de la jeune femme, nos fuyards se liguent pour la convaincre d'accepter l'odieux marché, seule chance pour eux de reprendre leur chemin. Elle finit par céder mais quand tous repartiront, elle sera payée d'une bien cruelle ingratitude.

Avec une plume sarcastique, d'une précision, d'une agilité et par moment, d'une férocité à nulle autre pareilles, Maupassant décrit les différentes classes sociales, avec leurs préjugés, leur hypocrisie et leur égoïsme. Les personnages sont finement dessinés, les travers parfaitement décrits, à commencer par ce manque criant de compassion et de charité qui les affecte tous, les nonnes au premier chef. Montrée du doigt, stigmatisée par des messes basses et des regards réprobateurs, la prostituée est la seule à se comporter noblement. Tout au long du récit, le spectateur reste ébloui par le style imagé, riche et pur de Maupassant passé maître dans l'art de dessiner un portrait par petites touches sans jamais contrarier le dynamisme de l'histoire. Il fallait tout le talent d'André Salzet qui s'est toujours épanoui dans les adaptations réussies de grands textes ("Madame Bovary", "Effroyables Jardins", "Le Joueur d'échecs") pour donner vie, avec une telle subtilité, aux différents protagonistes de la nouvelle. Il nous invite à la redécouverte de ce joyau de la littérature sur une douce musique de César Franck. En sa compagnie, plus que jamais, le théâtre est l'endroit idéal pour répondre à une irrésistible invitation au voyage.
Zoom par Philippe Escalier
Paru le 24/09/2020

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