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D.R.


Crise de mères
Le goût amer de la famille
Pour sa cinquième pièce, Martial Courcier a choisi le thème des conflits familiaux. Entre ses deux filles, son gendre et son petit-fils, les excès d'une mère possessive provoquent un grand déballage aux conséquences inattendues.
Elle est veuve depuis quinze ans, mais n'a pas encore fait le deuil de son mari qu'elle idolâtre. C'est dire si Solange (Claire Maurier) se raccroche à ses filles comme à des bouées de sauvetage. Jamais coupé, le cordon ombilical est plus résistant que jamais. Pour Bernard, (Philippe Spiteri), que des travaux ont obligé à venir s'installer chez sa belle-mère, la tache n'est pas simple, d'autant que la naissance de son garçon rend la mère et la grand-mère un peu hystériques. Les voilà en permanence autour de l'enfant qu'elles rebaptisent Oscar, au prétexte que son véritable prénom n'est pas très joli ! La sœur cadette (Annabelle Legrand) rentre des USA, un peu perturbée et sans travail. Sur ces entrefaites, Bernard met la main sur une lettre compromettante. Aucun doute possible, le père d'Alice (Marie Boissard) a eu une maîtresse. La nouvelle pouvant tuer Solange, on lui cache tout jusqu'au moment où elle tombe sur la missive. Alice tente alors de faire passer son mari pour infidèle. Éberlué, Bernard trouve un peu fort de devoir jouer les traîtres de service. Il saisit la première occasion pour cracher le morceau. Solange est sous le choc. Les révélations vont commencer !
Après L'Opposé du contraire qui voyait s'opposer un intello et un manuel, puis Plus vraie que nature, où un homme recevait en cadeau une femme-robot parfaite, Martial Courcier nous présente - avec humour -, une vision de la famille qui n'a rien de rassurant, ni de reposant. Sa nouvelle pièce s'attache à dépeindre des travers habituels, sur lesquels on a beaucoup glosé. "Où est-on mieux qu'au sein de sa famille ? Partout ailleurs !" s'exclamait André Breton. Ici, il est question - au-delà du classique conflit de génération -, de jalousies entre sœurs, de secrets de famille, des difficultés ressenties par un enfant qui se découvre différent. Sur ces thèmes inusables, l'auteur, qui n'a rien d'un raseur pétri de psychanalyse lacanienne, a bâti une comédie plutôt bien ficelée. Derrière le rire se profile une réalité assez nuancée, donnant sa consistance à la pièce. Un exercice exigeant qui demande de maintenir l'équilibre - toujours précaire - entre le divertissement et les moments plus profonds. Éric Le Roch, dans sa première mise en scène d'un texte auquel il est étranger, s'en tire fort honorablement. Il apporte à la pièce des accents véridiques émouvants sans amoindrir les effets comiques assurés par la qualité indiscutable des acteurs en présence.
Zoom par Philippe Escalier
Paru le 15/03/2004

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