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D.R.


"Danger… public" À l’Essaïon
To play or not to play ?
Trois comédiens sans succès découvrent soudain que leur salle est remplie, certes, mais de sympathisants d'extrême droite. Choix cornélien : faut-il ou non annuler la représentation ? Subtile et drôle,
cette pièce est une révélation.
À l'affiche depuis quelques semaines, ils rament, distribuent des invitations à droite et à gauche, rien n'y fait, le public boude leur spectacle. Puis un soir, en arrivant dans leur loge, ils apprennent que toutes les places ont été vendues dans la journée. L'auteur n'en revient pas : "Dieu a dû lire ma pièce cette nuit !" C'est l'euphorie. Mais, au détour d'un article, ils découvrent que leur texte, quelque peu nostalgique, a été cité en exemple par un politicien très à droite. Les adhérents sont arrivés en masse ! L'auteur ne décolère pas d'avoir été ainsi annexé, lui, si peu enclin à ponctuer son œuvre de messages, "je n'en laisse que sur les répondeurs", assène-t-il. Les deux comédiennes sont catégoriques, ne pas annuler c'est se compromettre, avouer que la pièce est bien réactionnaire. Par contre, le régisseur, un jeune Beur confronté au racisme ambiant, dont la vie est une succession de problèmes, a besoin de ce travail : "Même quand ma sœur est morte, je suis venu bosser !" Partage son avis l'acteur n'ayant plus une thune qui résume l'inutilité de cette grève par un "sinon ils vont aller au cinéma et enrichir Hollywood" ! Enfin, l'auteur pense à ses dettes, à l'avenir de sa pièce et refuse d'être sectaire, "comme ceux d'en face" ! Quant au directeur du théâtre, cet homme de gauche, menace d'user des pires représailles si la représentation n'a pas lieu. Danger... public est exemplaire. En posant avec une grande finesse un problème d'actualité (vécu en Avignon cet été dans des termes presque identiques par les intermittents), ce discours intelligent fait la part entre la nécessité et la morale, l'intérêt général et l'intérêt particulier. Il aborde, avec un ton humoristique croustillant, des considérations sur la mission de l'acteur et, plus prosaïquement, sur la vie quotidienne.
Derrière les formules chocs ou les reparties percutantes, ("les idéaux c'est pour les loisirs, là on travaille !") apparaissent des réalités bien senties. Frédéric Sabrou, auteur de deux autres pièces de théâtre, écrivant pour le cinéma et la télévision, démontre un réel talent pour la comédie. Sur ce sujet politique, il parvient à nous procurer une intense jubilation grâce à une plume légère et pétillante. Loin des simplifications ou des clichés, l'auteur aborde un thème ultrasensible en l'absence de toute volonté moralisatrice. Michel Baladi, Karim Ben Saadi, Isabelle Hétier, Michel Papineschi et Caroline Victoria forment une distribution sans défaut, mise en scène par Thierry Der'Ven. Pour vous, le doute n'est pas de mise, il faut aller voir ce spectacle !
Zoom par Philippe Escalier
Paru le 15/03/2004

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