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D.R.


La Nuit des rois
Hymne à la joie !
Jamais ! Vous n'avez jamais vu un Shakespeare comme celui-là ! Il faut aller au théâtre 13 découvrir ce moment festif, superbe à plus d'un titre.
Jetées aux orties les mises en scène sérieuses et convenues dont sont affublés trop souvent les auteurs classiques ! Libre dans le ton mais fidèle dans l'esprit, Anne Bourgeois restitue le génie de William Shakespeare, la comédie, la facétie, une langue imagée, truculente et toujours coquine, des gags par centaines et un formidable appétit de vivre. Avec la Troupe du Phénix, elle réussit un tour de magie : nous rendre heureux au contact du théâtre élisabéthain.
Le spectacle commence en chanson, la troupe, avec Fred Pallem, ayant fait de la mélodie sa sœur de lait. La mise en scène fourmille d'idées, costumes et personnages sont exubérants à souhait. On reconnaîtra divers styles comiques unis par la pâte d'Anne Bourgeois qui sait trouver l'expression ou l'attitude désopilante. Du reste, elle peut tout s'autoriser, les comédiens sont fabuleux. Valérie Even, est sidérante, Éric Mariotto, héroïque, Isabelle Hazaël, émouvante, Élise Roche ferait rire des neurasthéniques, Bruno Paviot est irrésistible en idiot patenté. Impossible de ne pas être « fou » de Guillaume Cramoisan et de sa voix de stentor, Nicolas Guillot est plus charismatique et pétillant que jamais, Jean-Luc Muscat, Frédéric Lefèvre et Olivier Neveux sont justes et convaincants.
Au final, après 2h15 passant à la vitesse de la lumière, l'enthousiasme éclate. Pour saluer l'exploit, il fallait bien ces cris d'allégresse qui semblent ne plus vouloir cesser. Fatigués mais heureux, les comédiens sont comme surpris par leur triomphe. Rarement récompense aura été plus méritée.


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INTERVIEW : Anne Bourgeois

Dans : "La Nuit des rois", Anne Bourgeois retrouve la Troupe du Phénix et Guillaume Cramoisan. Qu'elle collabore avec des stars (Delon dans "Variations énigmatiques", Berry dans "Café chinois") ou monte des spectacles dans des villages reculés, Anne Bourgeois reste toujours éclectique et passionnée, à l'image de la Troupe du Phénix avec laquelle elle revisite la comédie de Shakespeare.

Le bonheur pour moteur

Comment êtes-vous devenue metteur en scène ?
Mon parcours est très classique, la rue Blanche pour commencer et puis très vite, j'ai voulu m'occuper des acteurs. J'ai fait plusieurs stages d'assistanat. Avec Patrice Kerbrat, pendant dix ans j'ai beaucoup appris. Viennent ensuite Jean Danet et les Tréteaux de France où l'on travaillait dans des endroits insolites pour des publics n'allant jamais au théâtre. Du coup, pendant huit ans, j'ai été beaucoup sur les routes. C'est d'ailleurs là que j'ai rencontré Guillaume Cramoisan ! J'ai d'abord dit non à ses propositions de travail parce que, justement, je sortais de cette démarche. J'ai capitulé devant la qualité de la troupe. Et puis, j'ai toujours participé à des aventures où l'on doit se battre pour remplir les salles. Sans aide ni subvention, mais avec la foi dans ce que l'on fait.

C'est quasiment un sacerdoce ?
L'idée ne me déplaît pas, sauf que je me demande jusqu'à quand on va pouvoir tenir sans argent. Guillaume, par exemple, nous a annoncé qu'il mettrait dans La Nuit des rois ce qu'il a gagné à la télé. Aujourd'hui, la troupe commence à mûrir, elle a besoin d'un minimum de confort : on ne peut pas toujours vivre comme des étudiants.

Votre théâtre est toujours musical. Est-ce ce qui vous caractérise ?
Oui, au Phénix la musique est essentielle. Elle est aussi importante que le texte. Attention, nous ne faisons pas de comédies musicales, mais nous nous servons de la chanson pour intensifier la relation avec le public. Fred Pallem travaille la tonalité de chaque spectacle. Il s'est concentré sur des musiques tziganes d'Europe de l'Est pour La Nuit des rois. Autre atout : pour parvenir à une pièce de deux heure dix, j'ai dû couper des passages. Tout ce que j'ai dû élaguer, j'ai pu le restituer en chansons.

Une vie de troupe, cela ressemble-t-il à une vie de couple ?
(Rires.) C'est une vie aussi passionnante que fatigante ! Être sur les routes l'été c'est se lever à 6 heures du matin, marcher, se battre. Jouer le soir c'est la récompense. On n'est jamais dans le calme, parfois lors de certaines répétitions, je deviens folle, il n'y a jamais le silence, je n'en peux plus !

Du coup, "Café chinois" prend l'allure d'une récréation ?
Disons que je me régénère avec ce théâtre plus psychologique. La rencontre avec Berry, qui est un passionné doublé d'un travailleur acharné, s'est faite sur Trois versions de la vie où j'assistais Patrice Kerbrat. Je vais aussi me "reposer" ce printemps au Rond-Point qui monte l'intégralité des œuvres de Roland Dubillard (c'est mon maître), et où je mets en scène ses poèmes.



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PORTRAIT : Guillaume Cramoisan

Travesti dans "Le Petit Monde de Georges Brassens", Guillaume Cramoisan - à l'aise dans les rôles généreux et extravagants -, interprète le fou dans "La Nuit des rois".

À entendre le son de sa voix, on se doute que "l'animal" a du caractère, ce que son parcours atteste. Il débute avec Henri Lazarini et La Dame aux camélias avant d'être dirigé par Jean Danet dans Lorenzaccio et Le Cid. En 1994, il monte la Troupe du Phénix avec des copains et des proches pour aller jouer dans les coins les plus reculés de France en rompant "avec un quotidien qui nous "emmerdait". On ne voulait personne au-dessus de nous !". Le premier départ en roulottes (louées) se fait en 1995. Dans les bagages, Le Médecin malgré lui. "Dès le début, on a été reconnu malgré une certaine inorganisation : pas de metteur en scène ; on aime le "bordel" !", commente-t-il clairement. Un an après, naît la première mouture du Petit Monde de Georges Brassens, signée Laurent Madiot et Anne Bourgeois. Il ne fait plus de doute alors que la musique soit la deuxième mamelle de la troupe. "On a beaucoup de chance de travailler avec Fred Pallem", tient à préciser Guillaume Cramoisan. En 1997, vient La Double Inconstance. Nouvelle création en 1999 avec La Nuit des rois. "Pour l'anecdote, nous avons répété dans un centre pour l'enfance malheureuse avec des mômes réputés difficiles qui ont assisté à plus de deux heures vingt de Shakespeare sans broncher. Les éducateurs n'en revenaient pas. Comme quoi le théâtre peut aller partout, il suffit de le vouloir et de le rendre vivant !"
Le théâtre est bien sa chose, même si la télé occupe une place non négligeable dans son parcours. Il participe notamment à Péril imminent, Les Beaux Jours, Le juge est une femme. Au cinéma, il tourne actuellement une trilogie avec Lelouch rencontré via Agnès Soral. "J'auditionne aussi pour un autre rôle de travelo, ça me poursuit", plaisante-t-il. Contrairement à Anne Bourgeois, Guillaume Cramoisan est arrivé au théâtre un peu par hasard. "J'ai d'abord fait le ménage à Orly, travaillé chez McDo. Maintenant, j'aurais beaucoup de mal à faire autre chose." Dans les jours qui viennent, il s'apprête à tracter en musique, la sortie des théâtres. "Nous n'avons pas le choix : soit nous jouons devant des salles pleines, soit nous disparaissons !"
Zoom par Philippe Escalier
Paru le 28/01/2004

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