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© Fabienne Rappeneau
D.R.


Éric-Emmanuel Schmitt
dans "Madame Pylinska et le secret de Chopin"
Seul en scène accompagné au piano par Nicolas Stavy et dirigé par Pascal Faber, il prend un plaisir d'enfant à incarner ces personnages qui donnèrent à sa vie une couleur inattendue, lui qui voulait apprendre à jouer Chopin.
Le jeune homme a vingt ans. Il s'appelle Éric-Emmanuel. Rue d'Ulm, à Normale Sup, il étudie la philosophie. Mais une idée le taraude : malgré tous ses efforts, il n'a toujours pas découvert le Secret de Chopin qui le plongea un jour dans une extase que les mots ne sauraient dire. L'histoire remonte au jour anniversaire de ses neuf ans lorsque, sous les doigts délicats de sa jolie tante Aimée, « le vieil intrus aux dents jaunies, appelé Schiedmayer », que la famille se repasse de génération en génération, se laisse amadouer, joue même la complicité avec la jolie dame fleurant le muguet. Qu'arrive-t-il à « ce fâcheux » jusque-là incapable d'émettre autre chose que «rythmes boiteux et accords dissonants» face à l'acharnement de sa sœur ainée ? Au diable "La Marche turque" et autre "Lettre à Elise", ce jour-là « le parasite » s'incline, la musique est sublime, c'est... Chopin. Le garçonnet en oublie sa détestation et exige d'apprendre le piano. Il veut découvrir le secret de Chopin. Mais...

La lecture du livre achevée, votre précieuse madame Pylinska nous marque pour longtemps de son empreinte. Que doit-t-elle à votre imagination ?
Le nom. Je me suis inspiré d'un professeur Polonais que j'ai eu à vingt ans, complètement excentrique dans sa façon d'enseigner. En lui donnant un autre nom elle devenait un personnage de livre, et je pouvais lâcher la bride à mon imagination.

Vous qui avez été formé aux études philosophiques, donc entraîné à un raisonnement rationnel, comment avez-vous accepté l'enseignement de madame Pylinska ?
Effectivement, elle prenait à rebours mon éducation intellectuelle. C'était une anti éducation intellectuelle, une éducation sensuelle, sensorielle. Les études nous forment, mais en nous déformant. Elles bourrent nos cerveaux de connaissances et d'aptitudes à les analyser, ce qui est nécessaire et formidable, mais insuffisant. J'ai trouvé en madame Pylinska un contrepoids merveilleux qui équilibrait la balance en la plaçant du côté de la sensibilité, de l'émotion, et qui accompagnait de plus mes débuts dans la vie amoureuse.

Le rapport que vous avez entretenu avec elle vous a conduit ailleurs, et bien au-delà. Que vous a-t-elle révélé ?
Que lorsque l'on essaie de travailler sur une passion, on apprend beaucoup plus que la matière même de cette passion. On apprend ses limites, puis à les dépasser, on apprend le travail et on apprend la vie. Madame Pylinska a vu arriver une grosse brute qu'elle a dégrossie pour en faire quelqu'un de sensible, d'attentif aux moindres nuances non seulement de la musique, mais du monde... Elle rendait tout, à la fois cosmique et comique. Elle m'a appris que je devais écrire en pensant à Chopin, c'est-à-dire en préférant le murmure au bruit, en ne m'adressant qu'à celui qui me lit, à son imaginaire. Voilà ce que je voulais raconter à travers cette histoire. Bien sûr, il s'agit de piano, il s'agit de Chopin, mais il s'agit de bien plus. J'ai voulu montrer comment ce rapport que j'ai eu avec elle n'a pas fait de moi un grand pianiste mais un écrivain, un homme capable d'écrire et de vivre chaque jour comme si c'était la première fois. Aujourd'hui, Chopin est pour moi une sorte de journal intime, je me lève le matin, je descends au piano et je joue.

Vous évoquez dans ce livre la métempsychose. Quel est votre sentiment par rapport à ça ?
Que ça ne peut pas être l'objet d'un savoir, mais seulement d'une croyance avec laquelle j'aime flirter. Elle nous dit que nous appartenons à un tout, que nous nous transformons pour prendre une autre forme. Une sorte d'écologie fondamentale si vous voulez ! J'aime ces rêveries poétiques autour de la métempsychose...

Comme pour "Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran" vous n'avez pas résisté à l'envie de monter cette histoire sur scène.
Je monte sur scène lorsque j'ai quelque chose d'important à transmettre et là, c'est une leçon de vie, de beauté. Je retrouve mon statut de conteur qui devient en même temps ses personnages. J'ai travaillé les accents, les voix, les énergies. Je m'amuse de ces métamorphoses instantanées qui me permettent ici d'être aussi une femme !

Votre théâtre Le Rive Gauche est un lieu de créations très apprécié...
Il est vrai que j'ai acheté un théâtre pour le diriger en artiste et ce qui m'intéresse, c'est d'accueillir de vraies créations, d'aller vers ce que l'on ne connait pas, c'est d'en appeler à l'intelligence et à la curiosité du public. J'ai eu peur pendant longtemps car il y avait tant de travaux à faire pour le remettre en état, mais ça y est, c'est maintenant une aventure très heureuse. Nos spectacles ont souvent été nommés aux Molière et on nous aime !
Interview par Jeanne Hoffstetter
Paru le 20/09/2019

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