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© Juan Hernandez


Cinq filles couleur pêche
Chassé-croisé avec Élisabeth Vitali, Irène Jacob, Camille Japy et Michaël Cohen pour
Le théâtre de l'Atelier crée "Cinq filles couleur pêche", d'Alan Ball, scénariste d'"American Beauty" et de la série "Six Feet Under". Ce jeune portraitiste de la société américaine nous fait participer, lors d'une noce, aux confidences échangées par cinq jeunes femmes à peine troublées par l'apparition d'un séducteur.
Élisabeth Vitali :
l'art de donner
Avec spontanéité, elle confesse une nature excessive : "Je m'apparente un peu à ces films italiens où le moindre mot peut devenir tragédie ou crise de fou rire." Après avoir eu le plaisir de la voir sur scène, on est surtout touché par sa générosité. Et l'on comprend aisément que jouer a toujours été pour elle une nécessité vitale. Son rôle, elle le doit en partie à l'amitié. Camille Japy a soufflé son nom au metteur en scène, Yvon Marciano. L'audition passée, elle est retenue. "J'ai accepté tout de suite et je dois dire que je n'aurais pas choisi un autre rôle que celui de Brenda." On la comprend ! "Cette lesbienne est un peu la parole d'Alan Ball, il l'a dotée d'un humour incroyable, arme fantastique contre l'adversité et la méchanceté. Elle est courageuse aussi, et se fait accepter par sa famille, sur place, en faisant front." Un rôle taillé sur mesure pour celle qui veut rendre tous ses personnages forts. Des rôles, Élisabeth Vitali en a joué de très différents, à commencer par Camille dans Horace qui lui vaut une nomination aux molières en 1997. Il y a peu, elle interprétait une femme-enfant dans La Tectonique des nuages, "J'ai eu du mal à quitter ce personnage, au point d'en pleurer", dit-elle avant de mentionner L'Étudiante qui n'a pas été sans effet sur sa notoriété, "les gens m'arrêtent encore dans la rue pour en parler !". Ceci dit, la notoriété, elle "s'en tape !". Et d'ajouter : "J'ai surtout envie d'avoir le choix et de pouvoir faire mon travail de manière dense, fouillée. Je sais que j'emmerde les gens avec mon travail ! Je ne crois pas que mon métier repose sur un don inné, mais sur la somme de boulot qu'on engage pour un rôle." Des rôles auxquels elle apporte son expérience, sa richesse, son goût des autres. "La curiosité et l'appétit que l'on a de nos semblables nourrissent les personnages que l'on doit incarner." Pas étonnant qu'elle ait été choisie pour le rôle-titre de Clémence (premier épisode diffusé sur France 2 le 29 octobre) dont elle parle avec passion : "On ose enfin faire un rôle de femme de 40 ans avec ses défauts, qui gamberge, nourrit des fantasmes, situé entre Ally McBeal et Sexe and The City. Cocasserie, drôlerie, folie, toute chose qui ferait presque office de nouveauté à la télé française !"

Irène Jacob :
sur tous les fronts
Un peu plus de vingt films dont La Double Vie de Véronique (prix d'interprétation féminine à Cannes en 1991) et Rouge de Krzysztof Kieslowski, ainsi que le récent Mille millièmes de Waterhouse, l'essentiel de sa carrière se passe au cinéma. Mais depuis 2000, le théâtre est revenu en force. "J'ai fait, après dix ans d'absence, Résonances avec Irina Brook, ici même. Ce fut ensuite la création de Madame Melville à Londres, suivie de La Mouette mise en scène par Philippe Calvario et de Jeanne au bûcher." Retour à l'Atelier avec Alan Ball. Irène Jacob dit avoir été attirée par ce huis clos féminin et ses personnages toujours dans la dérision, décalés par rapport à une société conformiste. Ici, elle prête ses traits à Julia, jeune femme généreuse qui cache sous un humour cynique un vide affectif lourd à porter : "C'est une fille qui assure, avec ses faiblesses et des traits de caractère exagérés que j'ai plaisir à jouer." Chemin faisant, l'actrice doit entamer deux tournages, tout en préparant un spectacle musical aux Bouffes du Nord avec le pianiste, Benoît Delbecq, mis en scène par Jérôme Kircher.

Camille Japy :
la corde sensible
Elle arrive sur scène une bouteille à la main et des cheveux coupés très courts. Impossible de la reconnaître dans la peau de Georgia ! "Mon personnage est frêle, fragile, perdu. J'aime son côté sans colonne vertébrale, en manque d'amour, en recherche d'idéal. Mais Alan Ball dépeint des prototypes de femmes et on peut toutes se reconnaître dans chacune d'entre elles." Du coup, la voilà à l'opposé de son dernier grand rôle, une femme au caractère affirmé dans Le Coût de la vie dont elle garde un beau souvenir. "Vincent Lindon - mon mari à l'écran - est un partenaire généreux. Sur le plateau, grâce au réalisateur Philippe Le Guay, tout était très apaisé. Le résultat final m'a plu." Fonctionnant au coup de cœur, éprouvant une attirance pour les rôles peu évidents, elle enchaîne Les Fantômes de Louba de Martine Dugowson, imprégné d'une certaine violence avec le film de Pascale Pouzadoux Toutes les filles sont folles. "Quand je fais un film avec une certaine gravité, j'ai envie ensuite d'une grosse comédie. Changer de rythme et d'univers est forcément enrichissant." D'autant que depuis le théâtre classique en passant par le court-métrage, Camille Japy a prouvé qu'elle savait tout faire avec un formidable talent.

Michaël Cohen : connaissez-vous son "Tripp" ?
Quand on parle de lui, fuse souvent un "ah !, le garçon de La Preuve". D'ailleurs, c'est après l'avoir vu dans cette superbe pièce de David Auburn que le rôle de Tripp lui a été proposé. Se pose à lui un cas de conscience : choisir entre l'Atelier et la tournée avec La Preuve qu'il a adorée. La peur d'une certaine routine lui permet de trancher. Du reste, il s'agit du même théâtre "contemporain, concret, on pourrait presque dire de proximité auquel je tiens beaucoup, et puis, j'aime bien la façon dont Tripp, seul représentant de la gent masculine, s'intègre au milieu de ces cinq femmes", précise-t-il. Michaël Cohen, qui tourna en dérision le rôle de jeune premier romantique dans Les Fausses Confidences de Marivaux et fut marqué par l'interprétation de Treplev dans La Mouette montée par Isabelle Nanty, a ressenti, très tôt, la nécessité d'écrire. À son actif, six pièces et une adaptation. "Jacques Weber a monté Les Abîmés, ma première pièce avec Serge Hazanavicius. Le Soleil est rare et le bonheur aussi a tenu l'affiche pendant plus d'un mois avec succès à La Criée grâce à Gildas Bourdet. Je viens d'écrire Le Sacrifice du cheval que je veux monter, j'y consacre toute mon énergie. Mais il n'y a pas beaucoup de lieux pour la création, Le combat est difficile."
Portrait par Philippe Escalier
Paru le 15/11/2003

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