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©Philippe Escalier


Le portrait de Dorian Gray
au Théâtre du Ranelagh
L'adaptation magistrale du "Portrait de Dorian Gray", réalisée par Thomas Le Douarec et jouée par une superbe troupe au Ranelagh, permet de redécouvrir, dans un inoubliable moment de théâtre, la profondeur de l'œuvre d'Oscar Wilde.
Rien n'est plus difficile que d'adapter un roman à la scène, en particulier si l'on s'attache à en conserver toute sa force et son mystère. C'est l'exploit que Thomas Le Douarec a réalisé avec un "Portrait de Dorian Gray" qui nous plonge dans l'univers fascinant d'Oscar Wilde. Le maître des aphorismes qui disait avoir mis son talent dans son œuvre et son génie dans sa vie (et quelle vie !), réunit pourtant les deux dans ce récit qui, à sa sortie, fit l'effet d'une bombe. L'art, la beauté, la jeunesse, l'hédonisme mais aussi le thème de Faust sont les ingrédients de cet ouvrage publié en 1890, quand Wilde, dix ans avant sa mort dans la misère à Paris, est au sommet de sa gloire, objet d'une vénération rarement égalée. Avec son sens de la provocation, à coups de formules assassines, l'auteur parle de la société victorienne, mais surtout de lui, notamment de sa fascination pour la beauté à travers la relation d'un dandy cultivé, subjugué par un superbe jeune homme, (prémonition de sa rencontre, un an plus tard, avec son jeune amant, Alfred Douglas ?).

Thomas Le Douarec et sa belle voix chaude de stentor, incarne un Lord Henry cynique et détaché, qui, dans le regard égoïste qu'il porte sur la vie, se sert de l'humour pour cacher un mal-être évident. Il élève son personnage à des degrés de vérité et de perfection qui seront difficiles à dépasser. Face à lui, Michaël Winum surprend aussi par l'épaisseur qu'il donne au rôle titre, à la fois séducteur, fragile, dominant et dominé mais surtout amoral et terriblement torturé. Ce jeune comédien est insolent tant il est juste et vrai, au jeu tout à la fois énergique et très intériorisé. Fabrice Scott incarne lui, parfaitement et avec toute la sobriété qui convient, le peintre Basil Hallward, responsable de tout mais décidant de rien, consumé par l'amour de son modèle. Caroline Devismes, pour sa part, donne vie à plusieurs personnages, dont celui de la malheureuse Sibyl Vane, avec un talent de comédienne et de chanteuse évident, propre à envouter son audience. Dans le magnifique écrin du Ranelagh, on ne pouvait rêver meilleur endroit pour jouer cette pièce, ce quatuor nous donne à entendre toute la beauté et la subtilité d'une œuvre que Thomas Le Douarec a si bien su transposer en nous offrant cet inoubliable moment de théâtre déjà largement plébiscité par la presse et le public. Pour finir, contredisons Oscar Wilde qui disait que rien ne vieillit comme le bonheur et prenons le temps de ces deux heures de pur plaisir, dont nous sortons, sinon plus vieux, du moins heureux !
Zoom par Philippe Escalier
Paru le 11/02/2019

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