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© Scenes et Cité


André Marcon
au théâtre Dejazet
De sa belle voix grave et tranquille qui dissimule, il l'avoue, une légère angoisse, il parle de théâtre et de Thomas Bernhard. "Le faiseur de théâtre", qu'il va jouer sous la direction de Christophe Perton, occupe tout son esprit.
Car ce théâtre-là exige de ceux qui l'abordent une parfaite maîtrise, et l'on se réjouit qu'André Marcon ait mis fin à ses hésitations pour s'y plonger. Il sera Bruscon, homme de théâtre génial selon lui-même, parti à la conquête d'hypothétiques scènes provinciales, entouré de sa troupe, en l'occurrence son épouse, sa fille et son fils. La scène se passe à Utzbach où il doit présenter sa dernière création, La roue de l'histoire, ambitieux méli-mélo historique. Dans l'auberge du village, il pose en vitupérant les jalons de la représentation. Mais ici le jour du boudin est diablement plus important que les exigences d'un despote enfermé dans son monde. L'astre - alter ego de l'auteur - entouré de ses électrons se lance alors dans une logorrhée haineuse et hilarante envers l'Autriche, ses habitants, Hitler, le théâtre, et ses proches auxquels il sait pourtant par-ci-par-là témoigner son amour ...

Maintenant on va « fabriquer le bonhomme » et j'espère qu'il sera bien !


« Il y a évidemment beaucoup d'éléments biographiques dans "Le faiseur de théâtre" que je considère comme une des meilleures pièces de Thomas Bernhard. L'amour et la détestation sont toujours ambivalents chez lui, mais derrière cette méchanceté affichée, se cache un chant d'amour pour le théâtre, ceux qui l'écrivent, le font, l'interprètent et le mettent en scène. Qui l'a jouée sait que cette langue qui se répète comme une ritournelle, ces phrases qui reviennent pour mieux repartir ailleurs, sont d'une difficulté sans nom. Alors j'ai énormément travaillé pour apprendre le texte, comme un pianiste qui inlassablement chaque jour s'emploie durant des heures à mémoriser l'œuvre qu'il va jouer. Ce personnage me passionne au point que je me surprends hors du cadre du travail à vitupérer sur son mode à lui, ce qui ne fait pas toujours la joie de mon entourage !» raconte André Marcon en s'amusant, avant de prendre plaisir à exposer la mise en scène de Christophe Perton, sous la direction duquel il a déjà joué "L'annonce faite à Marie".

Quant au Dejazet, où il jouait l'an passé Le malade imaginaire, c'est vraiment, dit-il « Le théâtre qu'il faut. » Si il aime beaucoup Molière, il affectionne aussi les auteurs vivants, Valère Novarina, Yasmina Reza... « J'aime ce qu'ils écrivent et j'ai avec eux une relation de profonde amitié. » Lui parler de son lien aux metteurs en scène, à la décentralisation théâtrale, c'est voir surgir Klaus Michael Grüber, « Un grand parmi les grands, curieux de tout chez l'acteur qu'il avait en face de lui, pas seulement de ce qu'il devait produire sur scène. » C'est aussi évoquer Jean Dasté, père de la décentralisation. « Il était déjà très âgé quand il est venu me voir jouer chez Planchon Pierrot dans "Dom Juan", et il avait eu cette phrase qui m'est restée : Il est bien ton bonhomme. Le bonhomme, c'est exactement ça ! Je ne crois qu'au travail fait avec sérieux et humilité. C'est lui qui fait tout. Et plus que des idées, c'est une pensée qu'il faut avoir. Voilà. Maintenant, on va fabriquer le bonhomme et j'espère qu'il sera bien ! »
Portrait par Jeanne Hoffstetter
Paru le 19/02/2019

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