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Christelle Reboul
© Bruno Perroud


La Vie rêvée d’Helen Cox
d’Antoine Rault au théâtre La Bruyère
Helen et Paul, tous deux divorcés et ouverts à une aventure, font connaissance lors d'un vernissage. Mais l'auteur s'éloigne rapidement de ce fait banal pour nous plonger avec délicatesse aux tréfonds du fantasme féminin... Pour la quatrième fois Christophe Lidon met en scène cet auteur qui l'enchante.
Christophe Lidon met en scène

Après avoir monté "Un fil à la patte", de Feydeau, il enchaîne en dirigeant de nouveau Christelle Reboul et Jean-Pierre Michaël. D'un spectacle l'autre, l'enthousiasme ne tarit pas. « La pièce d'Antoine est si particulière... Une femme au parcours classique se sépare de son conjoint et refait sa vie. C'est une pièce sur ce prolongement de soi que l'on appelle fantasme, et le fantasme féminin est un sujet magnifique. C'est aussi une mise en abîme du sentiment amoureux et j'adore le sous-titre qu'a mis Antoine : Et si vous rencontriez l'homme idéal ? Mais il y a autre chose d'important, c'est que vous l'avez peut-être rencontré sans vous en rendre compte, ce double idéal. Ce qui veut dire : restons vigilant, soyons à l'écoute de nos envies, de nos désirs et surtout ne le laissons pas passer cet idéal ! Ce que dit Antoine c'est : Vous l'avez rencontré, vous le rencontrez ou vous le rencontrerez. C'est une pièce magnifique et positive sur la féminité, située dans la société anglophone ce qui lui donne cet élan des comédies romantiques que nous connaissons bien. J'aime la façon qu'il a de parler des femmes, il signe là un portrait excessivement sensible. On dit toujours que le théâtre est un miroir tendu à la société. Antoine le tend à chaque fois, même au-delà des époques que ce soit Le système ou Le diable rouge, ça nous parle toujours. »

Plus que tout Christophe Lidon s'attache dans ses mises en scène à la direction de l'acteur, à ce que dit son corps, à la lumière, préférant à l'abondance des décors un plateau qui respire, une philosophie idéale pour aborder la difficulté de mettre en scène le rêve ? « Pour moi le plateau a plus de force quand on évite de l'encombrer. Il est capable de se remplir lui-même, c'est un endroit magique qu'il faut respecter, laissant l'imaginaire du spectateur le soin de se développer dans cet espace là. Les plus grands scénographes l'ont compris : Seul l'essentiel est indispensable sur le plateau. Dans le cas présent la proposition viendra de signes extérieurs tout en légèreté, la lumière, élément essentiel, va sculpter les corps, les faire vieillir et avancer dans le temps. Quant aux acteurs, je suis un chasseur à l'affût, je connais depuis longtemps l'excellent Jean-Pierre Michaël et je suivais le travail de Christelle Reboul qui a ce côté Catherine Frot, une grande comédienne qui a aucun moment ne met en avant les signes ostentatoires de son savoir-faire. Je voulais travailler avec eux, ça murissait, j'attendais le bon moment. Je savais qu'il arriverait."


Jean-Pierre Michaël est Paul et Robert

Si, après avoir quitté en 2005 la Comédie Française où il a passé près de vingt ans, on l'a surtout vu du côté des plateaux de cinéma ou de télévision, c'est parce qu'il avait le souci de préserver sa vie de famille. « J'avais beaucoup, beaucoup joué et je n'étais pas en manque de théâtre. » Mais le revoilà qui, du "Fil à la patte" passe à "La Vie rêvée d'Helen Cox". Un manque soudain ? « C'est vrai que ça commençait à me titiller, mais j'avais envie de défendre quelque chose qui m'intéressait vraiment. Et donc quand Christophe m'a proposé ce texte je l'ai trouvé tellement original et différent que je me suis dit qu'il y avait vraiment là, quelque chose d'intéressant à faire. De plus c'était avec Christelle et nous avions envie de jouer ensemble... Mais entre temps est arrivé "Un fil à la patte" que l'on a monté en trois semaines pour le jouer pendant l'été. »

C'est tout en s'amusant beaucoup chaque soir avec les petites lâchetés de Fernand de Bois d'Enghein, que l'acteur se prépare à jouer un double rôle en or. « Oui, c'est un défi que de pouvoir passer en une fraction de seconde d'un personnage du quotidien, ce dentiste qui a un cabinet à développer et des factures à régler en fin de mois, au personnage fantasmé d'Helen, celui de cette star hollywoodienne à l'ego démesuré. Ce qui veut dire montrer deux personnalités totalement différentes, deux façons de s'exprimer, de vivre... Pour moi, en tant que comédien c'est génial ! J'aime l'écriture contemporaine, très jouable d'Antoine Rault, avec de vrais dialogues, un cheminement réaliste avec cette dose de décalage, et une réalité de sentiments qui peut s'exprimer. J'espère maintenant que l'on va pouvoir exprimer ça aussi clairement que ça l'est sur le papier. C'est un peu le défi de notre aventure!»


Christelle Reboul est Helen Cox


Qu'elle joue les bourgeoises, les soumises, les rebelles, les séductrices... on applaudit, elle est épatante. La voici quittant un rôle en or pour un autre. Au comble du plaisir, elle raconte «En lisant la pièce d'Antoine j'ai été émue aux larmes. J'ai pensé que c'était un chef-d'œuvre, tout simplement. Je me suis sentie tellement proche de cette Helen, j'avais l'impression qu'on me tendait un miroir ! C'est évidemment ce que l'on cherche dans chaque rôle, mais cette fois, c'était déjà là et le travail consiste juste à apprendre le texte très précisément, et à traverser le miroir pour qu'Helen m'emporte encore plus loin que Christelle, dans des zones plus profondes que je ne connais pas. Il y a Helen, vendeuse en lingerie peut-être un peu rougissante, et Helen Cox fantasmée devenue créatrice de lingerie, une sorte de Chantal Thomass affirmée dans sa sensualité, dans sa féminité et qui n'a plus de tabous. Je rayonne, je suis la Grande Helen Cox ! Cette pièce parle du théâtre au fond, de l'actrice, parce qu'être actrice c'est devenir tout d'un coup, la Grande Christelle ! C'est la comédienne de Racine, la Champmeslé, qui disait ça. C'est drôle, mais je vais me servir pour jouer ce fantasme, de Lucette Gautier, le personnage de Feydeau que je joue en ce moment, qui sereinement a une grande confiance en sa séduction et tous les hommes à ses pieds. En ça je serai aidée par la mise en scène de Christophe qui sera, sans la moindre projection, très cinématographique dans sa proximité avec les acteurs à travers ces zooms intérieurs, ces "In et Out", les lumières et la musique. Et ce qui est formidable c'est cette expérience concomitante de jouer avec Jean-Pierre Michaël ! »
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 15/09/2018

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