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© Guy Delahaye


Jean-Claude Drouot
Toujours dans l’action
Cinquante ans après avoir interprété Rodrigue, il est Don Diègue dans une mise en scène audacieuse et belle du "Cid" unanimement saluée et signée Yves Beaunesne.* Retour sur la carrière d'un homme de théâtre libre et soucieux de ne jamais s'éloigner de lui-même.
« J'avais joué Rodrigue à l'époque où Maurice Escande était administrateur du Français et souhaitait que j'entre dans la maison. Le temps passe et je ne le vois pas passer... C'est ma troisième création avec Yves Beaunesne, après Claudel et Schiller. Ensuite nous enchaînerons sur "Le prince travesti" de Marivaux. »

En 1963 apparaissait sur nos écrans de télévision un jeune noble fougueux et séduisant qui l'entraîne vers des sommets si hauts qu'il préfère en redescendre : Il est le célèbre "Thierry La Fronde", qu'il appellera à plusieurs reprises au cours de la conversation, Thierry, comme il le ferait d'un ami. Mais le jeune homme refuse déjà de se vendre, sa quête personnelle est ailleurs, il ne renouvellera pas son contrat. Ce ne sera pas la dernière fois. « La première fois c'était avec Thierry, je n'ai pas voulu renouveler le contrat malgré les propositions financières impressionnantes qui pleuvaient, et l'avis de certains qui me croyaient devenu fou. La seconde fois c'était lorsque j'ai été nommé, trente ans après avoir quitté ma Belgique natale, à la direction du Théâtre National de Belgique pour un mandat de cinq ans, que je n'ai pas voulu renouveler non plus. Et la troisième c'était au Français, que j'avais auparavant refusé deux fois d'intégrer par crainte de me laisser enfermer dans les rôles de jeunes premiers. J'ai dit oui à la troisième proposition, en pensant que ce serait aussi pour moi une façon de refermer ma blessure de jeunesse de n'avoir pu faire partie de l'équipe de Jean Vilar, pour cause d'un cota d'étrangers déjà atteints! Mais au bout de deux ans j'ai dit à Jean-Pierre Miquel, l'administrateur qui était aussi un ami : Je m'en vais. Voilà... Et pourtant j'étais très fier et heureux d'avoir fait partie de cette si belle maison.»

C'est un bilan sur moi-même qui m'aide à rassembler tous ces morceaux de moi éparpillés

Depuis Jean-Claude Drouot a exploré nombre de grands rôles du théâtre classique, dont il ne reste jamais loin, sans pour autant s'écarter d'auteurs éloignés de ces règles comme le sulfureux Arrabal, comme Beckett ou Genet (dont il monte "Les bonnes" en 1984). Lorsqu'il découvre "Les poilus" de Joseph Delteil, un texte qu'il ne connaissait pas (1925) publié chez Grasset, il s'emballe, l'adapte pour la scène et l'interprète actuellement. Converser avec lui est passionnant, comme l'est la lecture du beau livre écrit de sa main "Le cerisier du pirate". « Pour moi c'est un bilan sur moi-même qui m'aide à rassembler tous ces morceaux de moi éparpillés, tirés par des personnages formidables mais qui ne sont pas moi, et qui représentent le danger de me perdre de vue. J'ai toujours revendiqué le terme de comédien et non celui d'acteur, le premier parvient à estomper l'ego qui nous colle à la peau comme du Sparadrap, pour aller vers le personnage. Les plus dignes exemples en sont pour moi Laurence Olivier et Michel Bouquet. L'acteur, lui, s'empare du personnage, le ramène à lui et c'est Gabin ou Jouvet... C'est une question de tempérament...»
* En tournée dans toute la France, au printemps en région parisienne
Portrait par Jeanne Hoffstetter
Paru le 04/03/2018

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