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Charles Berling
au Théâtre des Quartiers d’Ivry
Comédien, metteur en scène inspiré et subtil, il aime, en les remettant à l'honneur, tirer de certains textes la substantifique moelle. Ainsi en est-il de la pièce de Bernard-Marie Koltès. « Dans la solitude des champs de coton ».
Vous avez monté, et interprété la pièce en 2016 aux côtés de Mata Gabin. Un retour chez Koltès après avoir incarné il y a une dizaine d'années, sous la direction de Jean-Louis Martinelli, Roberto Zucco.
Oui, j'avais un grand souvenir de cette écriture, et j'étais heureux d'avoir l'opportunité de la retrouver à travers cette autre pièce lorsque Léonie Simaga m'en avait parlé. J'aime reprendre durant un mois ou deux et pendant plusieurs années, les œuvres fortes. Grâce au temps une maturation s'opère dans le corps et les esprits, un peu comme le bon vin se bonifie au fil des ans. Metteur en scène ou acteur, je demeure l'interprète d'un auteur et je cherche toujours à aller au plus près de ce qu'il a voulu dire.

Un dealer noir et un client blanc se croisent une nuit... Sous couvert de cette rencontre, la pièce aborde de nombreuses thématiques dans une écriture magnifique empreinte de poésie mais extrêmement concrète et précise, tant dans la langue que dans le rythme.
Une œuvre majeure. Du dialogue pur. C'est en la montant que j'ai compris l'importance de certains actes comme le simple don d'une veste, le désir de toucher, de créer un lien. Sur l'écriture et l'importance de la ponctuation dans ce texte, nous avons fait un travail colossal avec Alain Fromager et Mata. Koltès est un génie qui nous ramène à des règles classiques, qui ne sont pas forcément les miennes, mais que je n'ai de cesse de vouloir comprendre pour les restituer sans qu'elles n'empêchent l'acteur de s'approprier totalement le concret du texte. Car il ne s'agit pas d'une musique, mais d'un combat, d'une danse, avec des mots précis et un dialogue fait de longues répliques au départ, et qui deviennent de plus en plus brèves.

La pièce a été montée plusieurs fois et de différentes manières, par Patrice Chéreau. Parlez-nous de votre propre vision, de votre travail.
Personnellement ce qui m'intéresse beaucoup dans cette immense pièce, et surtout aujourd'hui, c'est qu'elle nous raconte la confrontation entre un Africain et un occidental. Je la vois également comme une métaphore de l'esclavage. Elle dit aussi beaucoup de choses sur le commerce dans son ensemble, sur le rapport client-vendeur. Il m'a semblé intéressant de placer dans un endroit sombre sur le plateau, une figure noire inquiétante portant une capuche, et de faire émerger du public le blanc que j'interprète. On voit là toute l'imagerie de ce qui nous fait peur aujourd'hui. J'ai voulu faire du théâtre populaire en montrant que la pièce, si elle est complexe, n'est pas compliquée. Pourquoi voudrait-on qu'au théâtre rien ne nous échappe ? Est-ce le cas face à un grand tableau de maître ? Par la mise en scène, le travail sur le son, la lumière, l'esthétique, et celui des acteurs, nous avons fait en sorte qu'en une heure le public se laisse faire et suive les méandres de ce texte, s'y plonge sans en avoir peur. Et de ce point de vue nous avons réussi.
Interview par Jeanne Hoffstetter
Paru le 28/08/2017

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